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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 17:15

Comme à son habitude, Mariette Lydis note de sa grande écriture , en Français, ses impressions de lecture, sans retenir ses sentiments, avec un retour de jugement sur elle-même, sorte d'autocritique.

Ce papier de décembre 1953 (ou 1955?) nous informe un peu plus sur ses expériences et ses envies, ses motivations.

 

Je suis en train de lire les souvenirs de Käthe Kollwitz. Je l'ai connu[e[, il y a beaucoup d'années à Berlin, je l'ai vue une seule fois et je l'ai vénérée et aimée dès que je l'ai aperçue. Même frêle, avec une noble figure de paysanne et une qualité intérieure qui se répendait, qui faisait un halo autour d'elle. [De[ Tout ce qu'elle touche que ce soit ses souvenirs, ses gravures, sa sculpture, émane la même humilité, vérité, cet être absolu dans toute sa gloire que j'ai cherché toute ma vie. Si je l'avais approchée ma vie en aurait été enrichie. Mais peut-être à ce temps-là, étais-je trop élégante - j'aimais trop les êtres soignés, très bien habillés et que je n'aurais pas su apprécier suffisamment cette petite femme si simple comme une bonne ouvrière consciencieuse. 

Souvenir d'une rencontre

Artiste allemande de la génération 20 ans plus jeune que Mariette Lydis, Käthe Kollnitz a très jeune commencé par la gravure. Sa biographie diffusée en 1948, après son décès en 1945, par son fils ainé Hans à partir de ses propres écrits et ses lettres, pourrait être l'objet de la lecture citée ici comme mémoires.

 Il est possible, surtout si la date de 1953 est retenue, que ce livre ait été procuré à Mariette par sa relation récente avec Dore Hoyer, une première fois en tournée à La Plata et à Buenos Aires en 1952.  Une dance avait été créée en 1946 par Dora sur le thème Dances for Käthe Kollwitz.

 

Pour en savoir plus sur Käthe Kollwitz, il faut se reporter au site anglais ou allemand de Wikipédia, la version française, bien que Kollwitz soit venue en France étudier la sculpture a été très peu développée. La division de l'Allemagne après la guerre n'a pas simplifié la diffusion de son oeuvre.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 14:16

C'est un nouvel article sur la publication de l'édition de Jacques Vialetay d'une version illustrée du roman de Gustave Flaubert. J'avais déjà raconté ma rencontre avec Jacqueline Favre, la sœur de l'éditeur et les conditions dans lesquelles l'oeuvre fut illustrée pendant le séjour de Mariette Lydis à Paris en 1949. C'est en trouvant dans un lot de documents photographiques une enveloppe poussiéreuse et décolorée marquée "Documents pour Madame Bovary - lieux où elle vivait" que je n'hésite pas à y revenir.

Le modèle qui posait pour Emma, n'était rien moins que la jeune épouse de l'éditeur, Madame Jaubert qui figure sur la photo parmi les invités au mariage, devait avoir peu insisté auprès de Mariette qui était séduite par le modèle, la pose dut être écourtée d'après le témoignage de Jacqueline.

Nous avions aussi témoigné du soin que Jacques Vialetay mettait à procurer les documents nécessaires au travail de Mariette Lydis, nous trouvons des notes et des éditions des oeuvres à illustrer afin de laisser le choix des passages et des chapitres à sélectionner, le texte (réduit en édition de luxe) devant s'adapter au goût de l'artiste. Ici c'est un reportage photographique qu'apportait Jacques Vialetay. Au dos des 8 photos contenues dans l'enveloppe on trouve ses annotations non dépourvues d'informations pour inspirer Mariette. S'y est ajoutée une mini carte commerciale sur une maison de Rouen du XV siècle.

 

Rouen, maison rue Saint-Romain

Rouen, maison rue Saint-Romain

Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949
Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949
Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949
Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949
Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949
Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949
Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949
Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949

Vues de RY sur Andelle prises le 13 mai 1949

RY Façade du Lion d'Or

RY Intérieur de la cour du Lion d'Or

RY La grille au fond du jardin par laquelle Delphine Delamare sortait. traversait le petit ruisseau sur une planche et se rendait à la Huchette.

RY Montée de l'église et Lion d'Or

RY L'église

RY Porche d'entrée de l'Eglise en bois sculpté

RY Porche en bois sculpté

RY Pharmacie Homais aujourd'hui mercerie Lecomte  13-4-9

Il m'a fallu cette mise en contact avec le reportage de Jacques Vialetay pour que je m'intéresse à cette légende des sources du roman. On trouve une contreverse, la terminaison du nom du personnage, les relations démontrées de la mère de l'auteur avec la mère du médecin Eugène Delamare qui était ancien élève de son père à l'hôtel Dieu de Rouen,  peuvent largement étayer la thèse revendiquée par tout un village qui doit sa fréquentation touristique au succès du roman. Enfin une bonne histoire que l'on découvre maintenant facilement grâce à internet. Un visiteur:  https://williamnavarrete.wordpress.com/2013/04/23/au-pays-de-flaubert-ry-sur-andelle/   Terre d'écrivains  http://www.terresdecrivains.com/Ry-et-Madame-Bovary  L'office du tourisme http://www.ot-ry-troisvallees.com/fr/selection/madame-bovary

 

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 17:24

Avant et pendant l'invasion de la France par l'armée allemande en 1940, des Autrichiens se sont réfugiés à Winchcombe près de Cheltenham. Ce fut le cas de Mariette Lydis, de son amie Elizabeth Janstein, des Braun et de bien d'autres. Dans Corndean Lane, Ringinglow, la propriété des Montfort était assez grande pour loger quelques réfugiés.

Mariette qui habitait dans la rue principale avec Erica Marx (face au boucher) étant partie en 1940 pour Buenos Aires, ce sont les lettres d'Erica qui lui apportaient des nouvelles de son amie Elizabeth, pourtant en janvier 1945, ce fut Winifred Montfort qui lui fit la description des derniers jours d'Elizabeth dans une longue lettre.

Felix Braun et sa soeur Käthe Braun-Prager raconteront leur séjour.

Ringinglow – Corndean Lane – Winchcombe

Jan. 1945

Chère Mariette       Je dois essayer de vous écrire. Jusqu’à présent, je n’en avais pas trouvé le temps. Qu’allez-vous ressentir lorsque vous recevrez cette lettre ? si ce n’est que de la tristesse. La seule autre chose dans cette lettre est l’amour. Erica est venue en vitesse pour nous aider, et elle nous aida beaucoup. Nous ne nous en serions sortis sans elle. Elle vous a écrit tout de suite, mais maintenant je dois vous en dire plus. Mariette, vous devez le comprendre, je suis si terriblement triste.et malheureuse et perdue que je peux à peine vous écrire. Si cette lettre ne vous dit pas tout ce que devez désirez savoir, c’est que je veux laisser de côté nos agonies et nos larmes. Elisabeth parlait depuis longtemps de subir cette opération, parce qu’elle avait toujours ces vieilles douleurs de temps en temps, et elle était si fatiguée de ne pouvoir manger si peu. Mais pour elle, elle était toujours bien et gaie, même quand elle souffrait un jour, elle pouvait se reposer et rester au lit ici, et bientôt elle était à nouveau joyeuse le lendemain. Quand nous étions à Midhurst, elle est allée voir un médecin autrichien à Londres, et à mon grand soulagement, il a dit « Il ne faut pas d’opération », et ainsi, elle écarta cette idée pour quelque temps, et nous en étions tous heureux. Mais, alors qu’elle regagnait de la force, la vieille idée revint, et elle rencontrait des gens qui ont subi cette opération, et graduellement cette idée fit son chemin jusqu’à ce qu’elle soit déterminée à l’avoir. Je lui ai rappelé les mots du médecin, mais elle se sentait plus forte maintenant. Elle est allée se faire examiner par le docteur de Cheltenham qui l’opéra avec succès lorsque vous étiez là. Il lui a fait un bon examen : cœur, pression sanguine et tout était bon. Elle a passé une radio et tous les examens usuels. Le médecin a dit que ce serait bien de le faire, sinon elle pourrait avoir des problèmes plus tard. Au vue de cette certitude,  je pensais que ce serait égoïste de ma part de m’y opposer plus longtemps, comme elle était bien décidée.  Je pensais : « suppose que cet ulcère cré soudain des problèmes et qu’il faille la transporter d’urgence à l’hôpital, ainsi que tout ça le laissait supposer ». Je me suis sentie obligée de dire « Si vous devez le faire, faites-le. Cela ne prendra que 3 semaines, et ainsi elle sera plus forte, et Elisabeth semblait si déterminée de l’avoir rapidement et que ce soit terminé, et enfin se sentir bien. Ainsi, avec un grand courage et une grande confiance, elle retourna à nouveau dans le petit hôpital. Elle a décidé de ne pas vous en parler car elle savait que vous vous feriez du souci, vous si éloignée, et elle pensait qu’elle pourrait bientôt vous écrire et vous dire comme elle est bien. Mariette chérie, vous étiez dans ses pensées, dans toutes les choses qu’elle faisait, l’effet que ça aurait sur vous, ce que vous en pensez, toujours, chaque jour. Bien, l’opération fut réussie, mais 2 jours après des complications survinrent. Ceci, dit le docteur, est malheureux, juste pas de chance, mais tout devrait s’arranger bientôt, et aller bien. Nous nous faisions du souci et étions déçus et essayions de nous dire qu’avec le temps, elle guérirait. Le chirurgien est venu la voir à deux reprises et a toujours dit : Soyez patiente, cette complication s’arrangera avec le temps. Naturellement Elisabeth voulait ardemment revenir à la maison, et nous souhaitions l’avoir ici, et nous étions terriblement déçus lorsque son retour fut reporté et reporté jusqu’à ce que son absence dura 5 semaines. Pendant cette période, Maud alla la voir chaque jour, emportant une lettre de ma part et tout ce dont elle avait besoin. Elle refusait et refusait de me laisser venir, disait qu’elle ne pourrait pas le supporter et implorait que je ne vienne pas. Donc, dans la peine et la douleur, je n’y suis pas allée, mais restais à la maison, faisant et arrangeant tout ce que je pouvais. Nous restions proches pendant tout ce temps. Nos chers voisins « les Pussies », dont vous avez dû entendre parler, y allèrent tous les après-midi, et Mr et Mme Ruhemann également, ainsi elle n’est jamais restée sans une attention aimante. Puis, enfin, à notre soulagement, une joie, le médecin a dit qu’elle pouvait rentrer à la maison. Donc, en voiture, avec toute l’aide que nos cœurs pouvaient lui apporter pour la soulager, elle retourna à la maison. J’ai été très choquée lorsque j’ai vu son cher visage, si émacié et si pâle, et sa voix si faible, mais sa joie d’être revenue (23 décembre) était si grande, et son soulagement d’être dans son propre lit et dans sa chambre avec tous ses livres et ses objets aimés tout autour d’elle. Dès qu’elle fut au lit, elle a dit « Oh c’est divin » et après avoir conversé un peu elle s’est endormie et a dit combien elle se sentait relaxée et heureuse. Elle a dormi longtemps. Votre télégramme, avec son message chaleureux, arriva juste à ce moment, et elle l’a gardé près d’elle tout le temps. Elle était anxieuse de nous donner les présents de Noël qu’elle avait préparés depuis longtemps, mais elle se fatigua vite et a dormi un grand moment. Oh Mariette, nous avons fait tout ce que nous pouvions. Nous ne lui laissions pas voir combien nous étions anxieux, et fuyons de la chambre pour cacher nos larmes et nos angoisses. Comme il n’y avait pas d’amélioration, le Dr Haslett vint de Cheltenham. Elle l’aimait beaucoup, et avait une grande confiance en lui, et après sa visite, elle semblait soulagée et pleine de confiance, et a même dit fermement « Je l’aime ». Mais à nous, il révéla clairement que les muscles de son cœur étaient très faibles, mais qu’il ferait tout ce qu’il pourrait. Il lui a fait des piqûres plusieurs fois par jour, et elle pensait qu’elles lui faisaient du bien. Je pense que ses craintes – si elle en avait de temps à autre – disparaissaient. Nous avions une infirmière deux fois par jour pour l’aider et qu’elle soit bien (confortable). Maud et moi rentrions et sortions de sa chambre à chaque fois qu’elle était éveillée, et toujours quelqu’un pendant la nuit. Puis après les injections pour le cœur le soir, elle était plutôt bien éveillée, nous lui donnions des boissons chaudes, un peu à chaque fois, aussi souvent qu’elle pouvait les prendre. Tôt le matin, après une boisson chaude, elle a dit à notre chère aide « maintenant je peux aller dormir » et Ms Marshall (notre aide) l’installa confortablement avec ses petits oreillers et des bouillottes chaudes et vint nous dire qu’elle allait dormir. Elle a dit « soir, soir » à Mme Marshall et sembla s’installer confortablement. Elle a dormi plus longtemps que d’habitude, nous jetions un coup d’œil de temps à autre, toutes les portes ouvertes et la sienne. Puis après avoir regardé plus attentivement, elle a dormi encore et encore, pour toujours, tranquillement, sans avoir bougé de sa position confortable et tous, à la maison, chère Mariette, ne sachant rien de son voyage. Qu’est-ce que je vous écrit ! il semble impossible d’accepter, et je ne sais pas comment vous en parler, ma perte désespérée – et la vôtre -. Notre tranquille bonheur de chaque jour, est changé, tous les futurs projets anéantis. Vous savez bien comment vous occupiez ses pensées tous les jours. Elle voyait les choses avec vos yeux, et en lisant, sentait instinctivement vos réactions. Tout ceci vous le savez et le savez. Je dis seulement que c’est bien que je vous connaisse suffisamment bien et vous aime, que ses conversations à votre propos devinrent une partie de ma vie aussi. Puis Erica est venue et elle fut d’une grande aide sympathique et merveilleuse. Dans ses façons anxieuses, elle laissa des instructions, pas par prémonition. Je pense, mais parce qu’elle pris des dispositifs avant de partir. Toutes les informations concernant elle-même soigneusement écrites, de la plus grande pour moi. J’ai écrit à Lilian, Winifred Holmes, « Win », Felix Braun et beaucoup d’autres amis. Tout le monde aimait énormément Elisabeth, pas juste aimer. Erica doit vous avoir parlé de Helmut Ruheman et de la façon merveilleuse dont il a fait « l’adieu à Elisabeth ». Elle m’a demandé de ne pas y aller, dans ses « instructions », et d’une certaine façon je n’ai pas pu, mais tous ceux qui furent là l’aimaient profondément et chaque étape était empreinte d’amour et de tristesse. Chère Mariette, vous me mettrez en contact avec Iris Origo quand ce sera possible. Son « aide » (financière) à Elisabeth a rendu ces 5 années aussi heureuses que possible, et a donné à Elisabeth un repos de l’esprit qu’elle n’aurait pas eu autrement. Je ne pourrai jamais lui en être suffisamment reconnaissante et elle semble avoir toujours été une amie véritable et impliquée pour Elisabeth. Les années semblent avoir passé en un éclair. Nous avons été si heureux. Si ma santé est revenue, et c’est probablement le cas, Elisabeth l’a fait. Je n’aurais jamais supporté cette longue « cure » sans elle,  jamais, aide ??? (page 5 en bas) et une délicieuse compagnie. Les lettres mettent tant de temps entre vous et nous, et j’ai tant envie de vous parler au lieu d’écrire de façon si raide. Chère Mariette, nous sommes déterminés à ce que son livre et autres écrits soient publiés. Felix Braun, Ms Ruhlman, et d’autres vont le réaliser. Felix B. viendra ici en Avril pour examiner tous les papiers et faire un projet. Nous devons le faire traduire. Nous le ferons. Chère Mariette, je pense à vous, à votre perte et à votre cœur rempli de tristesse. J’espère que vous sentez toujours son amour, même plus proche maintenant. Je vous écrirai à nouveau bientôt. Je me sens encore si anéantie que je n’arrive pas à écrire comme je le voudrais. Maude fut si bonne et sereine et serviable et aimante, je peux vous le dire. Mais vous devez continuer et laisser Elisabeth vous aider encore dans votre œuvre, cette œuvre qui lui plaisait tant et dont elle était si fière, ma très chère Mariette.  Votre affectueuse Winnie

(Winifred Montfort)

 

Les vêtements sont arrivés. Elle les a admirés et nous a dit de les prendre. Depuis le colis avec les lainages et les travaux manuels et vos coupures de presse et le poème..

 

{Lettre en anglais, traduite par nos soins.}

Pour en savoir plus sur Elizabeth: http://www.aim25.ac.uk/cgi-bin/vcdf/detail?coll_id=7578&inst_id=14

Sur Felix Braun https: //de.wikipedia.org/wiki/Felix_Braun

Sur Helmut Ruhemann http://www.hki.fitzmuseum.cam.ac.uk/archives/helmutruhemann

 

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 17:11

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Before coming to this country I have only once sold one of my pictures myself. This is a most delightful souvenir and it happened like that: I was working in my study, avenue de Versailles, Marie had just arrived from Vienna, it must have been around Xmas. The bell rings and Fernande announces Mr. et Mme Dupuis from Casablanca. I dont know Mr et Mme Dupuis from Casablanca and I dont want to know them. People who want to see artists must respect their time, must ask for an appointment by telephone, cant drop in like that. All this is said impatiently to the impasssible Fernande who answers "Quecheque je vais dire Madame?" - "Dites-leur de téléphoner et je leur fixerai un jour et une heure." Here Marie intervenes. "Do see them, now that they are here, like that you get it over quickly, who knows what it is about". I see that she is right and I let them been shown in. Here is a very French couple, middleclass, middleagged and unattractive to look at, she especially. I am beginning the conversation and hear that he is a doctor, and the minute they talk, they seem agrrable to talk to and have an attractive atmosphere. " Could we see your Drawings and Paintings?"

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"Yes, of course", and while I am taking them upstairs to the exhibition room with the Terraces I reflect that it would not be bad, if I sold something. Just touday I had that my household was short of money, alltought nobody ever let me know anything like that. It was more the state of things that seemed a bit dried up, the quality of the fruit that had been served for lunch - We are now in front of my Pictures and I am as usual silent and a bit ashamed. They are enchanted, and I am invaded by a dark wave of happiness - I know that they have the right feeling for my work, of deep keens manship, understanding affection of compassionate humanity. They look at every one of my paintings, carefully and silently and I stand there silent too. I hate painters, who talk in front of their paintings, its so shameless. I stand there and delibarate. I ought to say something encouraging about un achat. How shall I ever get it out! I try - I cant. - I reflect. Shall I say: "Avez-vous l'intention d'acheter quelque chose?" or shall I say: "Voudriez-vous peut-être acheter un dessin?" Both seem unpleasant, especially when I think how agrable their presence is to my pictures and to myself. But then I think of that charming household of mine

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and about those little signs of financial difficulty and also of around the Madeleine the lovely shops full of fascinating things. Then, like throwing myself into the water or swallowong a pill I have showed around in my mouth for some time, it suddenly slips out of my mouth "Voulez-vous acheter quelque chose?" - "Oui, deux tableaux pour notre maison. Nous n'avons aucun tableau."

I get a bit faint, it sounded so lovely, it had all been so easy, so simple, they had hust waitd for that question. A little later I have a bunch of many thousand franc notes that I throw high up into the air and they all flutter down around me and have now settled on the parquet. Giuseppe has cole home at this minute and I get many compliments for my heroism.

Welle this was the first and only time in Paris. I never could say a price myself, it seemed impudique, I just could'nt ça me gène, ça me dérange, ça m'embarasse.

Well, I have had to make up my mind to do it here and be quite brazen, decided, and unflinching about it.

The other day came Mr. et Mme. Loewenberg du "Plaza Hotel", comme ils s'annoncent. They use the Plaza Hotel as an attribute. Loewenberg ist pronounced à la Française: Leuvenbère. Madame parle mal le Français, et Monsieur

 

 

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ne le parle pas du tout. They want to buy a Madonas, probably because Madame expects a baby. She speaks such revolting French, with a Berlin dialect, that I decide to talk German with them. They look at my humble and innocent Madonas, and Madame finds anather flatterind and enthousiastic word for each of them.Monsieur does not let himself go, afraid it could highten the price. Lets be unmoved, scarce of compliments - genre connaisseur. She has already laid aside 3 different drawings when he asks to see paitings . Large or small ones? Smallish ones. I get out paintings of last year and others done in Paris, in England, some well remembered, firmly attached to my heart and memory, others a pleasant surprise, others also an unpleasant one. --

They decide on a small Madonas, who has a concentrated expression in her eyes, one of those faces one should like to live with, not because of beauty, it is the inside that seems so lovable to me. "What is the price of that one?" - "500 pesos".

When they come back the third time Herr Loeawenberg Monsieur Leuvenbère says, that he was not prepared to pay that much for a small draing. Not that he underestimates my qualities and renown, but that he thought it was less, and could I not make a small discount,

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I am so embarrased about that kind of talk I say, all right, 450 pesos. To that he quicly says 400 pesos, but I say no, 450, as I have already said.

After the third visit to may studio (I have got so little time) they decide on that one. Herr Loewenberg comes alone to to his butchering unattended

would on give them my help for the framing and allthough it takes up precious time, I like to know that my picture is in a dignified attire, and here it is prepared in a white sculptured frame, very simple and looks lovely to me. Herr Loewenberg approaches reluctantly looks at it on the easle, is silent, looks again, approaches it quite near and now scratches on the glass. What is that? I dont know and I dont care and I dont look. He goes on scratching and says "now it is gone." But the frame? It is different of the one he saw, he says it is thicker, it has another finish. No, it is the same on. I remark, that I am not a frame-shop, that painters as a rule, dont occupy themselves to frame the things people luy and that he must for that consult the frmeshop. He has not mentioned qhat is under the glass, inside the frame. But now he asks, "what is the orice? - "I told you: 450.." - "No, you said 400". Now I fell awfully 

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ashamed for him. I look at him and imagine this fat redfaced man in his fine clothes, wild leather shoes and gold cigarette case in the concentration camp he ought to think of. It is he and all the others of his sort, who have made the world what it is. How is it that it has not taught him a lesson of humility, homesty, decency - nothing at all - he is the rich man of the bible, sure of himself and of his awful money - superior to everything, nothing can touch him, nothing can change his abominable outlook on others, on life.

Only he counts, he and his litter.

Selling one of my pictures.

Ces pages de souvenir reconstitués ne sont pas datées. Marie Stiasny l'amie d'enfance avait été accueillie par Mariette à Paris en 1927, l'info était adressée dans une lettre à Bontempelli et Giuseppe Govone son futur mari est bien l'Italien dont elle parlait dans ces lettres. Cette petite histoire est probablement frappée entre 1941 et 1944, car à partir de de 1945 c'est Rachel Abrisqueta qui s'occupera des négociations, comme pour l'Europe Carmen Jaubert l'a fait à partir des années 30.

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 09:35

Une série de textes de Mariette Lydis sont parus dans les années 20. Réflexions sur les modèles qui posaient pour elle à Paris, avec une présentation de la série par Joseph Delteil. Elle a fait taper par sa secrétaire à Buenos Aires d'autres textes, avec des traductions en Espagnol, en Allemand et copie en français. Dans la pochette: ces quelques pages à la mine de plomb.

Gabrielle est moitié arabe moitié française. Elle estpiquée de petite vérole, elle a de beaux yeux, elle a "un type" - Elle est peintre, elle pose pour pouvoir peindre après. Elle pose dans ces académies, au même endroit où elle dessine, dans les cours du soir. Elle est mariée, elle est intelligente, elle est sérieuse. Elle me raconte beaucoup d'histoires dont voici les deux les plus amusantes. Elle va poser, chez un peintre, américain. Elle se déshabille, la voila nue. C'est le moment où il va vers la porte, la ferme à clef et commence à se dévêtir à son tour. Lorsqu'elle proteste il se met de très mauvaise humeur, il menace qu'il ira se plaindre, qu'elle n'est pas très gentille. Il y a, à l'académie, une petite chambre au fond où tout le monde peut amener un, deux, dix modèles, les faire déshabiller en prétextant de chercher une certaine forme de seins, de jambes, des fossettes au bas du dos ou d'autres spécialités.

Voici un monsieur qui appelle Gabrielle - un monsieur qui semble sérieux, d'un certain âge, qui reste dans un coin éloigné à la suivre du regard. Elle se deshabille la voila nue, elle montre sa façade, elle montre son dos, le monsieur ne bouge pas, ne dit rien. Elle se rhabille, tant pis, je ne fais pas son affaire, oense Gabrielle. Mais lorqu'elle est toute prête, coiffée, son manteau sur elle, le monsieur demande doucement "deshabillez-vous" Gabrielle se met en colère - est-ce que vous me prenez pour une poire? Je viens de me deshabiller et vous ne dites rien, je me rhabille et vous me demandez de me redehabiller! Elle est rouge d'indignation- Ne vous fachez pas, je vous donnerai dix francs, j'aime tant voir des petites femmes se deshabiller - je suis médecin de femmes6 Gabrielle se deshabille....

 

 

Olga

Coup de téléphone: c'est de la part de qui? Vous ne me connaissez pas, j'aime votre art, je voudrais poser pour vous. - Bon - Venez me voir - et on fixe un jour.

La voilà, moyenne de taille, mince et bien faite, des yeux langoureux et très maquillés, très brune, de peau, d'yeux, de cheveux taillés à la garçonne, bien habillée.

-Bien, vous m'intéressez - On commence à travailler. J'apprends qu'elle n'est pas modèle, qu'elle aime la peinture, les peintres, ma peinture spécialement. Elle apprend l'anglais, elle s'ennuie dans la vie, veut voyager. Elle voudrait devenir mon amie.

- Si vite c'est difficile, je suis lente à me lier d'amitié - Pendant le repos elle est minutieusement occupée à la réfection de son maquillage - son teint est sa préoccupation capitale et la neurasthénie. Elle est garçonnière et troublée - quand même elle voudrait savoir ceci et celà: on dit de vous que vous êtes lesbienne "---" De qui ne le dit-on pas? - Evidemment. -Vous fumez? -Oui= je veux bien.

Je lui offre le coffret plein de cigarettes. -On voit que vous aimez l'Italie - Je suis étonnée - comment a-t-elle vu cela au fond de la boite à cigarettes? - C'est parce que je vois que vous fumez des cigarettes qui viennent d'Athènes. - J'objecte: "Athènes est en Grèce" Cela l'ennuie, la fait rougir et s'excuser. - Merci c'est fini.

La dernière demi-heure de travail m'a été gâtée par la préoccupation du règlement, faut-il, ne faut-il pas la payer? Je décide que je préfère être refusée que de ne pas essayer? - Non, merci madame, j'aime poser pour vous mais je n'accepterai rien. Quand pourrais-je revenir poser? Je viendrai quand vous le voudrez, je suis si heureuse d'être près de vous. Je fixe une date - Elle est absorbée par son maquillage, un quart, une demi-heure. La voila prête

- Au revoir madame

- Au revoir mademoiselle.

La voix grave, avec un long regard elle dit: ne me dites pas mademoiselle, dites moi Olga

- Docile, je lui dit Olga et elle dit merci.

 

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 15:43

Je pose ce titre, comme un engagement à développer dans les prochains jours cet article sur le Professeur de Mathématiques Julien Guadet au Lycée Hoche de Versailles.

J'ai déjà parlé de lui dans l'article Hyacinthe Azaïs le résistant. http://www.malydis.eu/article-hyacinthe-azais-resistant-89854698.html Je vous dévoilerai l'état de mes recherches sur son rôle dans l'éducation.

Julien Paul Marie est né le 18 juin 1886 à Paris 5eme. Il fut professeur à Versailles de juillet 1920 à septembre 1948, et habitait Chaville alors en Seine et Oise. Décédé à Biskra le 8 octobre 1960.

Il fut professeur au lycée de Pontivy (ouest éclair 16 juillet 1914: "Puis on procéda à la remise du drapeau aux boy-scoutts. M. Guadet, professeur au lycée, prononça à cette occasion un discours empreint du plus pur patriotisme."

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 13:25

Un échange de courriers entre Edmond Saint, éditeur à Buenos Aires et le comte Giuseppe Govone, époux de Mariette Lydis, sollicité pour ses avis et conseils dans cette édition de luxe de la nouvelle "L'enfant de la haute mer". Mon exemplaire (Hors Commerce n°3 sur papier vergé coloré bleu) comporte une dédicace de Jules Supervielle faisant mention de son fils ami de Solido, fils des destinataires.  

Buenos Aires le 9 juin 1941

Monsieur le Comte Giuseppe Govone

Via Emilio Motta 17

Milano

Cher Monsieur:

N'ayant pas le plaisir de vous connaître, je suis cependant heureux de vous écrire car nous parlons bien souvent de vous avec notre chère amie Mariette, et j'ai parfois l'impression de vous avoir toujours connu.

Mariette vous a probblement mis au courant de son projet d'illustrer un livre d'un auteur argentin. En principe son choix s'est arrété sur "L'enfant de la haute mer" de Jules Supervielle, urugayen de naissance mais très connu à Bs.Aires.

Je crois qu'il est convenable pour Mariette de posséder le "Copyright" de cette édition sans toutefois en être l'éditeur, puisque, suivant vos conseils, elle ne voudrait pas que son nom apparaisse directement dans une affaire de librairie. En causant ici au "Rincon", où Mariette a passé avec nous des moments que nous n'oublierons pas et ooù elle a tellement bien travaillé cet été, je lui ai offert de publier ce livre. Il faut maintenant que je vous dise pour votre tranquilité, que je suis directeur d'une entreprise industrielle qui possède un atelier d'impression très bien monté. Nous ne sommes pas spécialistes en éditions de ce genre, mais nous imprimons fréquemment des livres de médecine et nous avons fait aussi une édition de luxe du "Faust" pour Amigos de Arte, illustrée par Basaldua. Je m'occupe personnellement de cet atelier et je suis amateur de belles éditions. Mariette n'aura donc à se préoccuper de rien, évitera l'intervention de libraires, sauf pour la distribution, et son bénéfice sera plus intéressant de cette façon.

Le format de ce livre a été fixé de 23,5 x 30 cm. comportant trois illustrations de Mariette, tirées par procédé offset à trois couleurs: un noir et deux gris à fin d'obtenir la délicatesse de tons que cette reproduction exige. Le texte se compose de 26 pages et nous avons choisi les caractères typographiques de Bauers.

J'ai le plaisir de vous remettre une première épreuve ave les corrections de Mariette, et la deuxième sur papier teinté bleu, déjà corrigée mais cependant un peu pâle. Je dois vous expliquer qu'il s'agit d'une réduction du dessin original, mais que les deux illustrations suivantes seront dessinées par Mariette au format naturel, de façon qu'il ne sera pas nécessaire de réduire l'original pour la reproduction et le résultat obtenu sera sans doute meilleur. Le papier dont vous pourrez juger la qualité par l'échantillon, viendra directement de Londres, car en ce moment les stocks de Bs Aires sont épuisés à cause de la guerre.

Le tirage de décompose de la façon suivante:

250 exemplaires numérotés de 1 à 250

 50      "               de luxe dont 25 sur papier teinté bleu, coloriés par Mariette, numérotés de I à L

Le prix de vente a ét fixé à:

$ 16  le volume ordinaire, donc   250 * 16     =  $   4.000.-

$ 100 le volume de luxe     "      50 * 100   =   $   5.000.-

Total . . . . ..             $   9.000.-

Les frais sont les suivants:

Coût de l'édition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...... $    1.750.-

Droit d'auteur (15% sur les exemplaires ordinaires) . . .  "       600.-

Copyright                        . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . "        50.-

Commission au libraire 30 %    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . "   2.700.-

Total  . . . . $  5.100.-

Bénéfice probable : 9.000 - 5.100  =  $ 3.900.-

 

Un grand nombre d'exemplaires sera placé sans l'intervention du libraire, donc la commission sera certainement inférieure à la somme fixée.

Croyez-vous nécessaire d'ajouter une suite en couleurs ou plutôt un essai de couleurs puisque les dessins de Mariette pour cet ouvrage sont en noir? Je voudrais bien connaître votre opinion à ce sujet.

Je vous demande pardon de vous importuner avec ces détails, mais vos conseils seront très utiles. J'espère si cet ouvrage a du succès qu'il sera par la suite très intéressant de publier d'autres volumes illustrés par Mariette. Notamment les contes pour enfants manquent presque totalement à Bs. As, en éditions de luxe, bien entendu.

Nous attendons votre réponse avec impatience; veuillez cher Monsieur recevoir l'assurance de mes sentiments entièrement dévoués.

Edmundo Saint

Herrera 855

Buenos Aires

République Argentina

 

Mariette ajoute un mot de sa main:

Envois si tu es d'accord un mot aussi rapidement que possible - mille baisers   Mariette

M et Mme de Saint

Avenida Alvear 2684 B.A.

 

 

On apprend que le choix de l'ouvrage a été à l'initiative de Mariette, que Edmond n'était pas préparé aux difficultés de la vente d'éditions de luxe. Son calcul semble tabler sur une vente complète des exemplaires, l'absence d'autres œuvres à part la monographie de 1945, semble être un signe de succès très mitigé, bien qu'actuellement on trouve peu cet ouvrage et qu'une vente d'un exemplaire en salle se soit bien comportée il y a quelques années. Edmond Saint s'exprime parfaitement en français, il est le mari de Julia mais était à l'ambassade en France l'année précédente, où d'ailleurs il a d'une française une fille, Clara née en 1940. Se reporter à mon article sur des lettres imaginaires : http://www.malydis.eu/article-quelques-lettres-en-forme-de-confessions-116149490.html et l'article Malraux: http://www.malydis.eu/article-malraux-en-galerie-ou-en-galere-109895080.html

La réponse de Govone ne s'est pas trop fait attendre, malgré les aléas de la distribution du courrier à cette époque. La pelure de copie de la réponse datée du 22 juin comporte des rectifications en attente d'une seconde frappe, seule la première page est conservée, il est possible qu'il ne manque que la formule de politesse. Govone en général se contente d'une page quitte à ajouter une simple formule à la main.

Le colophon de l'édition du 2 septembre 1941 détaille: un total de 304 exemplaires dont 200 ordinaires sur pur fil (de 51 à 250) dont 10 HC. 50 exemplaires sur vergé teinté bleu (de 1 à 50 dont 5 HC) et 54 exemplaires de luxe sur papier Coat Skin Parchment, divisé en 4 + 15 + 35, donc conseils de Giuseppe suivis.

Milan 22 juin 1941

 

Cher Monsieur,

J'ai été enchanté d'avoir votre aimable lettre et les belles images que vous avez voulu m'envoyer. A mon tour je dois vous dire que je vous connais beaucoup à travers les lettres de Mariette et que je vous suis profondément reconnaissant de l'accueil que vous lui avez fait et de la chaleur amicale qu'elle a trouvé dans votre maison.

Dans les circonstances actuelles et notre la cruelle tragédie de la séparation à laquelle nous sommes contraints, je vous assure que c'est une joie et une consolation de savoir Mariette dans un pays qui l'a si bien reçue et où elle a eu la chance de rencontrer des amis comme vous et Madame Saint.

Je suis bien heureux que vous vous occupiez de l'édition de Mariette et que votre goût personnel et la circonstance d'avoir votre imprimerie vous permette de réaliser directement ce beau travail.

Je n'ai aucune remarque à faire sur le projet de l'édition que vous avez certainement fait en tenant compte du marché local; je me demande seulement pourquoi des 50 exemplaires de luxe - tous au même prix- seulement 25 sont sur le papier bleuté; et les autres 25 sur quel papier sont-ils? et ont-ils tous les mêmes reproductions? Pour parler avec les idées d'avant sept. 1939 moi j'aurais publié en plus des 250 exemplaires ordinaires:

30 ou 35 de luxe sur papier X avec la suite coloriée par l'artiste

20 ou 15 de luxe  "   "     Y avec une suite en noir et la suite coloriée

et en fixant les prix à 80 et 150 respectivement j'aurais

35 * 80           $  2800

15 * 150          $  2250

Total des luxes   $  5060

Je n'ai pas bien saisi votre question concernant l'éventuelle suite en couleur à ajouter; je trouve que si les exemplaires ordinaires ont la suite en noir, les exemplaires de luxe devraient avoir si on fait 50 exemplaires pareils les deux suites noire et coloriée.

Je trouve que suivant votre projet ce serait bien que les 50 luxe aient tous une suite en noir et la suite coloriée par l'artiste; au contraire dans le cas proposé par moi ce serait bien de donner les deux suites seulement aux 15 exemplaires plus importants.

Moi aussi je serais très heureux pour le présent et pour l'avenir de ce succès éditorial de Mariette et en plus je trouve très beau que le nouveau monde maintienne en ce moment le flambeau culte de la belle édition.

Quant à la reproduction je trouve comme vous un peu pâle l'épreuve sur papier teinté; mais certainement  les deux tirages en gris l'enrichiront en ton et en profondeur; je crois que un des deux gris devrait être assez fortement bistré, surtout pour le papier bleuté. Vous aurez une bonne surprise en faisant un essai avec l'un des gris assez fortement bistré.

Edition de 1941, Jules Supervielle Buenos Aires. Illustrations de Mariette Lydis.

Edition de 1941, Jules Supervielle Buenos Aires. Illustrations de Mariette Lydis.

L'Enfant de la Haute Mer
L'Enfant de la Haute Mer
L'Enfant de la Haute Mer
L'Enfant de la Haute Mer

Mais cette nouvelle de Supervielle, imaginée probablement pendant ses voyages entre l'Europe et l'Amérique, sous forme de conte pour enfant, comme le remarque Edmond Saint, n'a plus la même destination dans une édition "de luxe" qui se veut précieuse et Mariette ne s'y trompe pas. Ses dessins sont conformes à son interprétation, des êtres surnaturels perdus dans les songes et le merveilleux. En droite ligne avec les albums parus chez Calman Levy. Il faudra la version de Gallimard jeunese pour retouver le public des enfants.

http://www.amazon.fr/Lenfant-haute-mer-Supervielle-Jules/dp/2070614867/ref=sr_1_39?s=books&ie=UTF8&qid=1455374617&sr=1-39

http://www.amazon.fr/Lenfant-haute-mer-Supervielle-Jules/dp/2070614867/ref=sr_1_39?s=books&ie=UTF8&qid=1455374617&sr=1-39

Supervielle était en voyage en Uruguay et fut surpris par la guerre en 1939. Il est resté jusqu'en 1946 en Amérique du Sud. Plusieurs ouvrages sont produits en 1944 à Buenos Aires où il contribuait à des oeuvres pour aider les enfants réfugiés. Une amie commune avec Mariette était probablement Victoria Ocampo comme en témoigne leur correspondance.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:08

J'ai su d'une mère japonaise qui disait à ses cinq enfants très aimés, lorsqu'ils s'absentaient: surtout ne m'écrivez pas, je ne veux pas m'émotionner.

Quelle sagesse!

Il est en général désagréable de recevoir des lettres.

         Les unes sont sans aucun intérêt, les autres en ont de trop et vous laissent l'appétit éveillé, une envie d'en entendre davantage, ou d'être à l'instant même à portée de la main de votre correspondant. L'un et l'autre vous laissent un peu le coeur débordant, la langue paralysée et la main vide.

         Il y a encore de celles que l'on porte avec soi pendant des jours, des semaines. Il serait prudent de ne jamais plus en recevoir de cette personne, il se peut que jamais il ne pourra dépasser le bonheur que cette missive vous a procuré.

         On la lit, on la relit, jusqu'au jour où elle a perdu sa séduction, sa puissance. Elle est usée, elle ne donne plus son charme, son pouvoir s'est éteint, elle est fanée.

         Une lettre arrive, elle a un visage. Elle est là, apparemment inerte, isolée de son entourage, elle vous observe, elle vous attend. Je la considère à mon tour, peut-on si fier?

         Je la regarde de loin. Je ne l'ouvre pas, je ne m'en approche qu'avec précaution, quoiqu'elle ne saurait plus s'envoler. Elle est voyageuse, mais à l'heure qu'il est, elle est captive, arrivée au but de sa mission.

Elle vient de loin pour se poser inocemment sur ma table.

          Je ne lis immédiatement que les lettres ou indifférentes ou désagréables, les autres je les soigne, je les garde, j'y pense pendant la journée, mais je ne les lis que la nuit, au lit. Les lettres devraient être lues comme elles ont été écrites: lettres de jour, lettres de nuit.

          Et les vieiles missives que l'on garde! Les lettres dont on ne peut se séparer, moins encore les détruire; qui sont, lorsqu'on les relit ou anodines, ou indifférentes, elles vous produisent une brûlante douleur.

          J'avais ainsi pendant de longs mois un îlot dans un de mes déménagements. Des caisses de lettres que je regardais avec angoisse. Impossible de les lire, impossible de les garder, impossible de les détruire. Une forteresse inattaquable et indestructible. Alors un jour je trouvais le sol déblayé: un être qui savait tout de moi les avait fait disparaître sans me consulter. Je lui en ai été reconnaissante comme d'une action héroïque.

          Ne gardez jamais des lettres. Elles changent, ne produisent plus l'effet d'actualité, elles ont perdu leur éclat, leur message, leur souffle.

Mais sachez! Un morceau de papier peut briser une existence.

Heureusement pour nous, les collectionneurs, Mariette  conservait ses correspondances. Mieux après coup elle a restauré de mémoire certaines des premières lettres adressées à Montherlant, afin de reconstituer leurs échanges qu'elle comptait éditer. Mais à la lecture de cette "confession" on apprend aussi que nous n'aurons pas la trace des lettres de ses parents, probablement un tas manquant dans les combles de l'immeuble parisien. Probablement Giuseppe qui devait être l'être qui la connaissait le mieux, nous a fait disparaître l'histoire de son père à La-Chaux-de-Fonds et de sa soeur à Florence, sa Mère à Paris, ses tendres amies d'enfance à Vienne ou Grünenwald, ses deux premiers maris en Hongrie et au Pirée, tourner la page avant son départ pour l'Angleterre et le début de sa quatrième vie à Buenos-Aires.

Ces petits morceaux de papier, elle les a beaucoup disséminés. Ses proches en ont conservés, qui se retrouvent parfois et peuvent justifier sa conclusion: Marguerita Wallman, Marie Stiasny,  Erica, Julia, enfin Abrisqueta ont toutes reçu des traits d'amour et des jets de reproches parfois cruels.

Correspondance
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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 08:23

Encore un note à la machine dans les "files" des archives Mariette. En marge, de sa main

Argentine 1948

Mariette Lydis, raconte, avec recul ses rencontres, ses sentiments, elle observe les nouveaux citoyens avec qui elle sympathise dans son nouveau pays depuis son arrivée en juillet 1940 et les décrit dans ses petits textes comme elle les "croque" à la mine de plomb ou avec ses aquarelles.

 

Une visite.

 

J'avais désiré cette amitié depuis longtemps déjà. J'avais l'impression d'une famille de qualité non commune. J'en avais connue une autre. Celle-là vivait en Hollande sur un des vénérables et superbes Grachts. C'était dans les environs de Buenos Aires, dans une belle Quinta ancienne, où j'étais en ce moment. Dans cette famille presque tous sont grands et forts, les femmes des Walkyries créoles, mais de tonalité claire, les hommes religieux, cultivés, amant de livres. A tel point que je découvris le maître de maison, lorsqu'il me faisait le première visite et que j'étais occupée à autre chose, absorbé à lire soigneusement chaque titre de chaque livre sur la table à coté de mon lit. Cela m'amusait fort et m'inquiétait un peu aussi: à peine parti je me précipitais pour voire ce que le hasard avait rassemblé sur cette table de nuit. Lui, professeur éminent, patriarcal, quoi que jeune encore, elle claire, irréprochable, d'une haute intelligence, d'une moralité réfléchie, sans tare, fille d'un père qui fait la gloire d'un pays, supérieure et accessible, une femme de classe. C'était une soirée d'été orageuse lorsque j'arrivais, il y avait là plusieurs personnes et dans le fond on voyait sous de vieux arbres beaucoup d'enfants, filles et garçons, presque tous de la famille. Lorsqu'une fois par an toute cette famille est réunie, il y en a de 80 à 90. Quelques enfants venaient dire bonjour, les autres continuaient à courir, à sauter, à passer et à repasser à cheval, ou à bicyclette. Les petites filles en bombachas, les cheveux au vent, se tenaient sur les chevaux comme sur leurs jambes. Elles naissent sur les chevaux. Il y avait aussi l'éducatrice de presque tous ces enfants, une personne qui jouit ici d'une position exceptionnelle.

Beatrix vient vers moi: voulez-vous voir tuer un chat?

Je vous avertis pour que vous ne vous effrayez pas si vous entendez tout à l'heure des cris effroyables. Je ne comprends pas tout de suite, "tuer un chat"? Non, non, Dieu, je ne veux pas le voir et je vous prie même de ne pas le tuer du tout. Je vois en même temps une joyeuse cohue d'enfants armés de bâtons, de pierres, de pelles. Le chat, terrifié, est caché sous un pont. On se prépare d'allumer une flambée d'un coté pour l'obliger à sortir de son abri, pour l'assommer avec pierres et bâtons. C'est à cela que l'on m'invitait, pour m'amuser. C'est cela que cette mère exceptionnelle permet et organise pour ces enfants... L'éducatrice dit en souriant "le corbillard est préparé".

Une visite.
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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 15:06

Pâle enfant,

fleur chétive des bois,

je connais le lieu où poussent tes racines, C'est le lieu de la première solitude

vivant, immobile

au creux de la mémoire.

Dans un temps à la lisière du temps

j'ai senti ton visage ourlé d'humides corolles

rafraîchir les nuits brûlantes de mes lèvres.

 

Je te revois comme alors, fille des brumes,

émerger parmi les algues,

les cheveux emperlés d'eau luisante,

les lèvres obstinées

closes sur le secret

que j'effeuille dans le vent.

 

Sœurs passagères,

blonde et brune flammettes

qui coure deux à deux sur le miroir des eaux,

cette course d'un jour sans nom

soulève-t-elle encor votre cœur

du même rythme inquiétant

qui fait battre mes tempes.

 

Je t'ai déjà vue dans ta parure d'autrefois

douce jeune fille à la figure pensive.

Je t'ai vu promener dans la foule

un regard nostalgique d'ailleurs.

Regarde.

Vois de ce palais la façade translucide.

C'est la vieille lumière s'irisant au fond des fables.

C'est l'ancienne splendeur où s'éternisent

nos songes les plus beaux.

 

Dans votre atmosphère d'images

je vous retrouve tous,

Vous qui parcourez mes distances intérieures

pour recouvrer au delà des vastes plaines de l'oubli

cette lueur d'éternité qui descend

sur l'arbre premier et la première extase.

 

Susana Giqueaux.

 

Les feuilles, soigneusement dépliées, sont conservées dans des chemises mal identifiées. Je découvre des noms, des dessins, des mots crayonnés. En recherchant l'auteur de cette page écrite à la machine adressée de Conception del Uruguay mais non datée, j'ai trouvé une présence dans un lot de la revue AMISTAD de 1958-1961, derrières les noms de Jean Cocteau, Jules Supervielle, Susana M. Giqueaux, qui se trouvent dans le même dossier.

Mariette a t'elle fait la connaissance de Suzanne Matilda Giqueaux lors de son édition illustrée de Jules Supervielle dont Susana a édité une traduction de poèmes en 1965 dans la collection des éditions Cuadernos Julio Herrera y Reissig ? Descendante de la famille des banquiers Rabiot de Mesle par sa grand mère, elle est décédée à l'âge de 100 ans en 2004.

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