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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 08:23

Encore un note à la machine dans les "files" des archives Mariette. En marge, de sa main

Argentine 1948

Mariette Lydis, raconte, avec recul ses rencontres, ses sentiments, elle observe les nouveaux citoyens avec qui elle sympathise dans son nouveau pays depuis son arrivée en juillet 1940 et les décrit dans ses petits textes comme elle les "croque" à la mine de plomb ou avec ses aquarelles.

 

Une visite.

 

J'avais désiré cette amitié depuis longtemps déjà. J'avais l'impression d'une famille de qualité non commune. J'en avais connue une autre. Celle-là vivait en Hollande sur un des vénérables et superbes Grachts. C'était dans les environs de Buenos Aires, dans une belle Quinta ancienne, où j'étais en ce moment. Dans cette famille presque tous sont grands et forts, les femmes des Walkyries créoles, mais de tonalité claire, les hommes religieux, cultivés, amant de livres. A tel point que je découvris le maître de maison, lorsqu'il me faisait le première visite et que j'étais occupée à autre chose, absorbé à lire soigneusement chaque titre de chaque livre sur la table à coté de mon lit. Cela m'amusait fort et m'inquiétait un peu aussi: à peine parti je me précipitais pour voire ce que le hasard avait rassemblé sur cette table de nuit. Lui, professeur éminent, patriarcal, quoi que jeune encore, elle claire, irréprochable, d'une haute intelligence, d'une moralité réfléchie, sans tare, fille d'un père qui fait la gloire d'un pays, supérieure et accessible, une femme de classe. C'était une soirée d'été orageuse lorsque j'arrivais, il y avait là plusieurs personnes et dans le fond on voyait sous de vieux arbres beaucoup d'enfants, filles et garçons, presque tous de la famille. Lorsqu'une fois par an toute cette famille est réunie, il y en a de 80 à 90. Quelques enfants venaient dire bonjour, les autres continuaient à courir, à sauter, à passer et à repasser à cheval, ou à bicyclette. Les petites filles en bombachas, les cheveux au vent, se tenaient sur les chevaux comme sur leurs jambes. Elles naissent sur les chevaux. Il y avait aussi l'éducatrice de presque tous ces enfants, une personne qui jouit ici d'une position exceptionnelle.

Beatrix vient vers moi: voulez-vous voir tuer un chat?

Je vous avertis pour que vous ne vous effrayez pas si vous entendez tout à l'heure des cris effroyables. Je ne comprends pas tout de suite, "tuer un chat"? Non, non, Dieu, je ne veux pas le voir et je vous prie même de ne pas le tuer du tout. Je vois en même temps une joyeuse cohue d'enfants armés de bâtons, de pierres, de pelles. Le chat, terrifié, est caché sous un pont. On se prépare d'allumer une flambée d'un coté pour l'obliger à sortir de son abri, pour l'assommer avec pierres et bâtons. C'est à cela que l'on m'invitait, pour m'amuser. C'est cela que cette mère exceptionnelle permet et organise pour ces enfants... L'éducatrice dit en souriant "le corbillard est préparé".

Une visite.

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Published by Dreamer - dans Mariette Lydis
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