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Mariette Lydis rue Boileau

com

Dans la "revue du médecin"  du 30 Mars 1937, directeur  François Debat

Laboratoires Debat (*1)

 

Photos Jean Roubier (2)

 

La fresque qui décore un mur de la salle à manger de Mme Mariette Lydis. (*3)

Puis la grande, la puissante artiste en divers endroits de son atelier où tout indique le goût le plus ferme et à la fois le plus délicatement féminin.

 

 

Notes de Francis de Miomandre.

 

  • Tous les artistes obéissent à la grande loi du renouvellement, tous sentent que le salut est là. Mais certains tournent la difficulté : en changeant de sujet ou bien en adoptant une technique étrangère. Je crois, pour ma part, reconnaitre les plus grands à ceci qu’ils se contentent de persévérer dans leur voie, d’approfondir leur domaine au lieu de l’étendre, d’ajouter des variations de plus en plus riches et de plus en plus significatives à leurs thèmes essentiels.

 

  • Ainsi Mariette Lydis, dont les progrès chaque année m’étonnent, sans que je puisse dire, d’une année sur l’autre, en quoi ils consistent. Chaque fois un peu plus de ferveur, chaque fois un peu plus d’humanité.

 


  • Une certaine cruauté, ou plus exactement une certaine curiosité de clinicien impassible devant les tares du corps humain moderne (victime de qui sait quelles hérédités incontrôlables), un certain détachement d’ailleurs propice au travail, ont peu à peu cédé à une sorte d’émotion encore très réticente, très pudique, mais que l’on sent d’autant plus forte et plus profonde. Cette émotion, une fois qu’on a décelé sa subtile présence, on la retrouve partout : aussi bien dans les nus pitoyables de ses faubouriennes mal nourries que dans les effigies exquises de ses patriciennes raffinées, dans ses figures enfantines, traitées comme des bouquets, dans ses fleurs, si vivantes, presque humaines, dans ses têtes d’expression (gamme infinie allant de l’extase mystique à la plus lourde perversité, par touts les intermédiaires psychiques), dans ses animaux caressés, si je puis dire, au passage, d’une main franciscaine, dans ses compositions visionnaires enfin, où surgissent, au milieu de troubles lueurs, des masques empreints d’un effarement presque sacré.

     
  • Cette émotion, aucun risque qu’elle ne devienne jamais la chose un peu suspecte qu’on nomme la sentimentalité. Contre un tel danger, Mariette Lydis est défendue par son tact, et aussi par sa lucidité, sans cesse plus aiguë, plus vive, et par la force qui la pousse à chercher sans cesse ce qu’il y a derrière les apparences, ce je ne sais quoi, ce secret qui affleure à leur surface en réponse à l’interrogation passionnée de l’artiste.
     
  • Il est significatif que cet art si net, si calligraphique, subisse toutes sortes de tentations qui cherchent à le séduire, à l’égarer hors de ses limites. Par exemple l’appel du mystère, si évident dans ses œuvres les plus récentes. Mais, tel le héros des contes protégé contre tout par sa formule magique, Mariette Lydis avance au milieu de la forêt des épouvantes avec la double assurance de son ingénuité de femme, de son infaillibilité de peintre. Ainsi peut-elle se risquer sans crainte dans les domaines terribles où règnent les maîtres de l’angoisse. Tel ce Hogarth qu’elle aime, et qui eût reconnu sa fille spirituelle dans la tragique illustration de The Beggar’s opera. (*4)
  •  C’est ainsi qu’idéalement je me la figure, entrant au pays des truands, des aveugles et des larves avec son innocent cortège de banquistes, de funambules, de fillettes, de poupées, de fleurs, d’animaux aux pelages doux et aux yeux purs, de mappemondes imaginaires, afin de charmer, nouvel Orphée, les habitants de ces enfers et de les intégrer, doucement, dans l’univers plausible où nous vivons…

       Plus sur Miomandre ? ICI      

     


    *1/ Les livres éditées pour les "bibliophiles" sont des exercices artistiques sur beaux papiers, avec des techniques traditionnelles d'impression avec de merveilleux caractères parfois de casses anciennes, et des compositions complexes. Généralement illustrés par des gravures, spécialité de Mariette Lydis, ils coûtaient cher à produire, se diffusaient en petit nombre et les clubs de bibliophiles recrutaient souvent parmi les médecins. Pour les laboratoires accompagner leurs publications sur les spécialités médicamenteuses d'articles sur les arts et les artistes était une forme de captation de l'intérêt du praticien en lui faisant joindre l'utile à l'agréable.
    *2/ Les photos de Jean Roubier sont sous droits gérés par les descendants Roubier.  Il couvrit de nombreux reportages et fut l'illustrateur des éditions Lapina (entre autres) pour plusieurs ouvrages régionaux.
    *3/ Il s'agit de l'appartement qu'elle louait au 55 rue Boileau à Paris. Ce n'est qu'après la guerre en 1962 qu'elle put enfin acheter cet appartement après des démarches difficiles menées par l'agent immobilier Vié et son notaire maître Charles Poisson. Sa naturalisation dont la publication au journal officiel n'est que Septembre 1939, son contrat de mariage avec Giuseppe Govone en Août 1934 étaient nécessaires.  (Témoin au contrat André Doderet le traducteur de d'Annunzio, ami de Govone).
    *4/ Cette visite relatée en mars 1937 correspondant à la "promotion" de l'édition d'un livre tiré en plus grand nombre que les tirages habituels des éditions Govone pour un éditeur américain dans une période ou l'édition d'art en France est dans la tourmente, nous le détaillons dans la page qui lui est consacré.

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