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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 17:09

La lettre de Montherlant à Banine, publiée dans le chapitre Banine de Montherlant.be, figurait parmi les correspondances de Banine de l'année 1952, en réponse à ses réflexions (lettre du 21 juillet 1952)  sur l'article "Pantin-parisien" publié par Montherlant dans le numéro 53 de La Table Ronde de Mars 1952 (*1). Cet article est étrange où il parle de la mort, du bonheur, "notre équilibre intérieur dépend, je pense,lui dit Banine, avant tout de nous même. Vous me répondrez qu'encore faut-il avoir de la volonté ..." 

 

Elle évoque également l'article de François Mauriac dans le même numéro "comme s'il voulait vous donner la réplique - parle de l'acte de volonté qu'exige la conquête de la foi. Il se peut qu'il ait raison" .

 

 En effet Montherlant prétextant une promenade dans les cimetières parisiens plutôt sinistre "Un Parisien qui veut finir à la fosse commune n'en trouve plus qu'aux cimetières "parisiens" (c'est à dire: réservés aux habitants de Paris) des communes banlieusardes de Bagneux, Pantin et Thiais. Plus une fosse commune dans Paris. "Hors du camp!" était la formule du Moyen Age contre les lépreux." y pousse une réflexion sur la fin de vie et la recherche du bonheur. "A partir d'un certain âge, une journée de bonheur éclatant (sous le signe amoureux, il va sans dire) appelle un lendemain de mélancolie, plus que la journée morne." ..."Ainsi votre réaction devant la pensée de votre mort peut varier du tout d'un jour à l'autre." ... "Quant à moi, je ne me décide pas sur ce qui est raisonnable pour une fin de vie." Il se réfère à Pascal, ... et débouche sur une pensée de vie éternelle dans la foi "Ce qui était chez moi vision de la vie sera renforcé par l'approche de mon éclatement individuel. ..."  et finalement "Le vieillard qui a une forte foi religieuse n'a qu'à attendre avec patience la fin de son intermède terrestre, ... ! Mais il faut une foi de roc: tout est perdu au moindre doute."

Dans l'article "Pages de Journal" Mauriac effectivement comme en écho à Montherlant évoque la mort "Mais il faut bien que l'approche de l'éternité comporte quelques privilèges."  appelle aussi Pascal à la rescousse,  et expose ce qui motivera la citation par Banine: "Comment peut on avoir la foi? J'hésite toujours à répondre ce que je crois vrai: qu'elle est affaire de volonté et qu'il faut commencer par vouloir croire."

 

 Puis de Yourcenar: "Je pense avec admiration et beaucoup d'envie à la femme la plus étonnante que je connaisse, à son équilibre intérieur qui semble bâti sur un soc inébranlable - à Marguerite Yourcenar. Vous avez lu sans doute son admirable Hadrien. Encore une rencontre qui ne m'a pas déçue. Cette femme est sympathique malgré des caractéristiques qui auraient pu la rendre odieuse. Elle a fait une très forte impression même à Jünger, ce qui est un tour de force."

 

Dans sa lettre du 24 Juillet Montherlant répondait férocement à la fois au courier de Banine et à l'article de Mauriac de LTR qu'il avait forcément lu: ""Ceux qui, toute leur vie, ont vécu avec une foi religieuse sont ou des esprits débiles, ou de bons esprits, mais avec un coin véreux: ce coin véreux où se loge "Dieu". Pour eux, il me semble qu'on peut avoir l'indulgence que mérite la faiblesse humaine." 

Montherlant semble faire peu de cas de Jünger:"Vous m'avez envoyé un livre de Jünger. Je vous ai répondu, il me semble, que je le lirais cet été, ce qui est toujours dans mes intentions." Quant au sujet principal de Banine, l'article dans le cimetière parisien, juste une allusion: "Merci pour ce que vous me dites de mes pages de la Table Ronde."

 

Banine dans sa réponse du 28 juillet insiste sur les 3 sujets qui lui tiennent à coeur:

1- JUNGER"Ma question ne concernait pas le Journal (*2) de J. mais un petit livre que j'avais déposé à la NRF. Vous m'aviez écrit que vous ne l'aviez pas reçu. J'ai réclamé, et on m'a assurée que vous le recevriez. Depuis ce temps, je ne sais plus rien. Mais - comme je l'ai déjà dit - ce livre n'a pas d'autre intérêt que bibliographique. J. l'avait fait imprimer en 200 ex. à l'intention de ses amis."

2-  La FOI "pour trouver un équilibre intérieur (et non par peur de la mort...)"  "Je n'aimerais pas vous fâcher, mais la certitude des athées me parait pour le moins aussi présomptueuse que celle des croyants. Personne en cette matière ne peut en fin de compte prouver quoi que ce soit. ... Et puis, se tromperaient ils même, il ne me déplairait pas de me trouver en compagnie de Tolstoï, de Bouddha ou de Goethe.   

3- Yourcenar  "En ce qui concerne Hadrien; ce livre n'a rien de commun avec les histoires dites romancées: c'est en quelque sorte la reconstruction d'une âme, faite avec une intelligence, une subtilité et un lyrisme qui mettent M.Y. au rang d'un grand écrivain. ... Je vous assure que vous auriez tord de ne pas le lire."

 

Cette lettre est dactylographiée mais en PS  manuscrit elle ajoute:

"Si je vous disais que M.Y. vous admire beaucoup, vous me diriez sans doute que cela vous est égal. Mais là encore vous auriez tord: l'admiration d'un écrivain comme elle n'est pas chose négligeable."

 

Bien admirativement à vous        Banine"

 

Dans une lettre du 30 décembre 1953, pour ses voeux et en remerciement de la réception du petit livre de "Spiriot" [sic] (*3) elle lui fait part de son admiration avec quelques réserves en le comparant à ses autres préférences: "... ce que j'aime le plus décidément en vous ... c'est votre attitude devant la vie, votre personnage. Que de résonnance il éveille en moi, ce qui m'étonne car enfin comment peut-on être attiré à la fois par Tolstoï et par Montherlant? aux antipodes l'un de l'autre. ...  Et si j'aime moins votre mépris pour l'humanité , je ne le comprends que trop, étant littéralement ravagée de mépris et m'en défendant en vain. ... "Il faut toujours combattre la tentation de mépriser" dit Jünger dernière manière. Je suis de raison avec lui, de coeur avec vous.: l'humanité est beaucoup plus méprisable qu'admirable. Mais là devrait intervenir  cette charité dont vous parlez aussi beaucoup"...(*4)

 

En marge cette annotation de Montherlant: "Connaître les hommes et ne pas les mépriser"

 

  /*1   Repris dans chapitre XVIII de Fichier Parisien.

  /*2  Tome 2 du Journal 1941-1945 chez Julliard, dont un extrait figure dans LTR 70 d'octobre 1953

  /*3 Montherlant par lui même Seuil , Pierre Sipriot première édition 1953

  /*4 Montherlant n'était pas en reste sur son admiration de Tolstoï , il écrivait dans ses carnets (années 60 de Garder tout en composant tout gallimard 2001) "Hommage à Tolstoï, Tolstoï est un des écrivains étrangers qui ont le plus compté pour moi. Bien plus que Dostoïevski. Je ne pense à lui qu'avec une admiration affectueuse, bien que sachant tout ce qu'on peut lui reprocher. J'insiste sur ce mot "affectueuse". ...  "C'est donc non seulement comme écrivain, mais comme homme, que j'ai une gratitude véritable pour Tolstoï."

 

 

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Published by Dreamer - dans Montherlant
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