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24/1/50

Vous trouverez deux orchestres à mon nom dimanche 29 en matinée.
Merci pour votre lettre au ton si amical. A quand la prochaine "nuit pleine de prodiges"? "J'aime me confesser aux femmes. C'est un penchant que j'ai." (Ferrante)[*1]

Pourtant il ne me semble pas vous avoir parlé l'autre soir de cette sorte d'horreur dans laquelle je vis. Elle date de loin puisqu'elle a passé dans Ferrante. Elle est d'être entouré de ce que je vois, de ce que j'entends, et submergé du plus juste mépris.

Elle est aussi du désaccord qu'il y a dans ma vie, que, par faiblesse de caractère, je laisse dévorer par des soins matériels (tous les "soucis" que me cause mon oeuvre: contrats, artistes, étranger, traductions, etc.) Alors que le pourquoi de ces soucis -ma renommée- m'est indifférent. C'est vous qui jadis m'avez cité Colette parlant de cette mère dévorée par sa progéniture. Moi aussi.

Et il y a une bonne issue à cela, puisque, si je vis, mon oeuvre sera toujours plus abondante. Jusqu'à ma mort. (Au contraire, ce sera de pire en pire)
Et Dieu sait pourtant si je suis entouré, "servi"!
Ne pas pouvoir "être à soi-même" quand on n'aime que cela. Et que ce mal vous vienne, précisemment, des oeuvres qu'on a créées!

J'espère vous voir plus d'une fois avant votre départ. Beaucoup de choses ont germé dans ma tête après notre dernier entretien.

A vous
MT


300
+ 1950ou 51

Samedi
Je vous écris très rapidement au courant de la plume. Je vous crois très innocente de cette lettre, qui ne me peine que pour la personne qu'elle semble menacer, qui, elle et sa famille, n'ont jamais eu pour moi que gentillesse et indulgence, elle et sa famille, (sic) alors qu'ils auraient pu me faire toutes sortes d'ennuis (dépucelage de leur fille, rupture de fiançailles, etc.) Attendons la suite de tout cela, s'il y en a une.

....Je vous retourne votre article sur la Rose sur lequel je n'ai rien à dire: les roses m'ennuient, et la véland ?? où j'ai cherché en vain qqchose de vous. Je vous ai envoyé hier Malatesta. Je garde qq. jours l'autre article d'Arts, que je pourrai poster à Laprade et l'article sur Miller. Je n'ai pas l'article s/ clot. Je vous renverai le reste en mesure que je l'aurai lu. Je vous retourne notes s/ Huxley et mes carnets.
Et ce que je veux Un seul homme? je préfererais l'ages et le ms d'Inigo, celui-ci recommande!
Vous pouvez donner suite à votre idée de "déjeuner avec moi". Voici, également en courant, si vous étiez sur le sujet pour avoir effleuré. Envoyez-moi votre article; je  l'y mettrai au net. Je ne veux pas perdre tout aspect sur la forme hâtive ni que vous les envoie; ce serait une trahison.

"Pour qui a lu l'histoire, les chroniques et les mémoires, les évènements présents -sans qu'on veuille les minimiser, ce qui serait grotesque ou odieux- n'apportent rien qui ne se soit passé, n'apportent rien non plus dans la connaissance de l'homme. Ce qui me saisit, ce ne sont pas ces évènements, c'est combien (dans leur essence, bien entendu) ils ne font que répéter: on dirait la reprise d'une pièce ancienne avec de nouveaux acteurs. Il y a dans tout cela quelque chose de classique, qui sait qu'on sait d'avance comment cela se déroulera.

301
3/
que Nilsen l'a fait, pour un livre vieux de 25 ans, sans que vous les lui demandiez  (dites bien"les Presses de la Cité? car  ne connaissent ils pas Nielsen). Il me semble qu'ils ne peuvent pas vous refuser cela, et, s'ils le refusent, ce sera moi qui l'exigerai. Mais pour le moment je n'en ai pas parlé! Il faut que cela vienne de vous.
* * *
Vous me dites que vous avez confiance en ... N'ayez confiance en personne.
* * *
Pour que ma lettre parte ce soir, je ne vous parle pas de vos impressions, d'ailleurs, puisque votre ms. part demain. Je vous en parlerai quand je les aurai lues.
Un e seule chose à vous dire: que j'ai bien dans la tête de les faire accepter un ms. + long que 340 ou 350 pp.

Mon procès Grasset vient Mardi. Ne vous étonnez pas de qq. jours de silence de moi.
A vous
M.


 

Paris 11 juillet 1950
voyages, amitiés

(dicté)
.................
Rien n'est plus éloigné de mon tempérament que ce besoin de chaleur "humaine" que semblent montrer vos allées et venues en vu de voir des amis. Quant à l'infidélité de votrechatte! Donner aux animaux le pouvoir de vous faire souffrir quand on doit être si prudent déjà à donner ce pouvoir aux êtres humains! Je commente par le mot de Plutarque attribué à Jules César voyant à Rome des étrangers se promener avec dans les bras de petits chiens ou de petits singes; Jules César leur aurait dit: "vos femmes ne font elles pas d'enfants que vous ayez tant de tendresse pour ces animaux?".


+4/ août 50

Je ne vous oublie pas non plus, mais j'attendais pour vous écrire de pouvoir vous annoncer où passeraient en articles certains chapitres de votre livre. Je suis assuré de CARREFOUR [*1] et de HOMMES ET MONDES[*2]. C'est tout pour le moment et voici pourquoi.
Vous devez sentir combien il est délicat pour moi de demander qu'on passe des pages consacrées aux femmes et à moi: c'est l'auteur qui devrait faire cela et non le sujet (1). Si je savais que tel de mes confrères cherche à placer des articles sur "lui et les femmes", je ferais la grimace. Et cela, qui est vrai en temps normal, l'est bien plus encore dans une période que les évènements internationaux rendent inquiéte, sinon grave, comme en ce moment. Je devine quelle serait la réaction: "Voilà donc à quoi pense M. en ce moment!... "Il y a longtemps déjà - trois semaines - qu'il me fut répondu deux fois, alors que je demandais des articles sur le livre de Laprade [*3] que "les évènements de Corée [*4]ne laissaient pas la place ..." Je souhaite que tout cela soit tassé - mais incertainement, hélas en novembre, sinon votre livre en pâtira.

Je vous renvoie votre photo comme vous me l'avez demandé.

Le petit livre de moi "Coups de soleil" [*5] est en tirage limité, qui réunit de très anciens tirages limités de l'époque 1929. Je n'en ai pas fait de S.P. car il sera repris un jour en édition ordinaire.

L'actrice qui jouera Christine [*6], dont vous m'avez demandé le nom, est Mlle Hélène Vallier, qui n'est pas demoiselle, venant d'épouser le fils de l'ex-ministre Christian Pineau, et qui n'est pas Vallier, étant russe s'appelant de Poliakof[*7]. C'est la soeur d'Odile Versois. Elle a dix-huit ans.

Amitiés.
M.

1- En n'étant pas "en place" pour bien distribuer toutes ces pages dans les revues, vous payez votre éloignement de Paris. C'était à vous à faire tout cela.

... notes du transcripteur:
*1/  carrefour revue hebdomadaire
* 2/ hommes et mondes revue mensuelle
*3/  Le Théâtre de Montherlant, par Jacques de Laprade. 1950
*4/
*5/
*6/ Hélène dans le rôle de Christine Vallency
*7/  les 3 soeurs: avec Marina Vlady









14/9/50

Chère amie,

Voulez-vous m'excuser, une fois pour toutes et plus que jamais, de ne vous écrire que du concret V.V rendez compte de ce que sont ces 2 pièces à la foi! A ce propos, j'ai fait ajourner jusqu'à début 1951 mes entretiens radio. C'était trop.

Hors du concret, je ne reprendrai que 3 choses dans votre dernière lettre.

A/ votre expression "la vertu de pureté" m'a paru tellement "henaurme", tellement inouïe - odieuse et surtout ridicule, à la fois - que j'ai passé près d'une matinée à relire CELLES pour essayer de la placer dans la bouche de Christine. Mais ça ne collait pas.

B/ Tendresse seulement avec désir. Oui - et si bien que, si je n'ai pas beaucoup aimé ma mère, j'ai toujours très bien su pourquoi: pc q je ne la désirais pas.

C/ Je ne sais quelle ville - puis Mâcon - puis Genève ... Vous avez la bougeotte des gens qui ne sont pas heureux.

...




malentendu, la lettre au Progres, public
28/1/51
Chère amie,

J'ai été heureux de votre lettre si chaleureuse sur Malatesta et déplore qu'une fois de plus vous ayez été mal placée. Mais comme vous dîtes, cela vient de la demande faite si tard.

Je ne suis pas sûr que le public y voie autre chose qu'un spectacle. Une fois de plus, j'ai l'impression qu'il y a aujourd'hui comme hier un rideau de fer baissé entre celui qui ressent avec pathétique les sentiments humains - moi - et le public.
.....
Avez-vous fait votre conférence?
Votre
M.


+9/4/51

Chère amie,

Je viens d'envoyer à OPERA [*1] un article de Mme Lauze très aimable pour votre livre [*2] et très désagréable pour celui de Mlle Pomès[*3]. Il paraîtra sous son nom de jeune fille, dans le numéro suivant celui de demain, avec votre photo, j'en ai reçu l'assurance. Egalement l'assurance ce matin que notre fameux dialogue paraît dans le N° de ce mois du bulletin Plon.

Fait envoyer un petit "Sur les femmes" [*4]à Mme de la Luz en lui faisant demander de me le retourner, car j'en ai en tout 4 exemplaires, et c'est épuisé. Pas retourné, depuis trois semaines.

Je suis entouré de dames "de lettres" Marie Mad Martin[*5], grand prix Gobert, qui écrit une vie de Malatesta. Et Mme Odette Micheli, suissesse,[*6] qui écrit également un volume sur Malatesta, afin de contredire Mlle Martin.

M. Jean Datin[*7], haut fonctionnaire aux Travaux publics écrit un livre: "les idées morales et sociales dans Malatesta de M. Vous n'auriez pas envie, par hasard, d'écrire sur Malatesta?

Je ne perds pas de vue la réimpression de votre bouquin et en parlerai au moment psychologique - surement avant fin juin.

Il y a tout un livre de Ferrero[*8], que j'ai lu, sur le pouvoir des femmes dans l'ancienne Rome. Mais c'était surtout un pouvoir politique.

La lettre du Dr Mouêzy-Eon[*9] est intéressante, mais on croit rêver quand on est jugé par quelqu'un qui a lu "2 ou 3" de vos oeuvres. Et pourtant je juge sans cesse des auteurs dont j'ai lu ... 1 ou 2 chapitres. Ce n'en est pour lui, que plus méritoire, car c'est assez bien.

Malgré mon récent amour du froid, je suis moi aussi fatigué de cet hiver sans fin. Il est question que Malat. soit joué en italien devant la rocca (le castellum) de Malatesta même à Rimini. Mais les projets de théâtre aboutissent une fois sur vingt.

Amitiés
M.

....notes du transcripteur

*1/  Revue dirigée par Roger Nimier de 1951 à 1952,
*2/ Jeanne Sandelion Montherlant et les femmes, editions Plon 1951 190 de m.b

*3/ Mathilde Pomès: A Rome avec Montherlant edit. André Bonne 1951 (départ en voyage le 17 septembre 1947)
194 sur m.be
*4/ Sur les femmes Sceaux. Le Palimugre, ed. [J.-J. Pauvert]. 1946. In-8° broché. 91 pages. Tres bel exemplaire. Le 2e livre que publia Jean-Jacques Pauvert ; Montherlant étant, à ce moment-là, frappé d'interdiction de publier.  

*5/ Marie-Madeleine  Martin, La vie de Sigismond Malatesta. préface H. de Montherlant, Paris éditions du Conquistador, 1951, In huit, 169 pp broché couverture dessinée par Pierre Dardel-  190 de m.be

*6/ Odette Micheli, héroïne dans la Croix-rouge suisse, traductrice de l'anglais et de l'allemand, mais pas d'ouvrage sur Malatesta connu. (Elle était la premère épouse du musicien Franck Martin...).
*7/ Jean Datain ‎MONTHERLANT ET L'HERITAGE DE LA RENAISSANCE ‎  ‎Traduit de l'italien par Marthe Yvonne Lenoir. La femme dans la Rome Antique ; Livie ; Les filles d'Agrippa ; Tibère et Agrippine ; La femme de Caligula et le mariage de Messaline ; La mère de Néron.  PLON PARIS 1930 241 pp IN8 Broché‎
voir aussi
Grandeur et décadence de Rome.

Editions Plon, 1906-1908. Traduit de l’italien par Urbain Mengin.
Six volumes.I : La conquête, 426 p.– II : Jules César, 458 p.– III : La fin d’une aristocratie, 334 p.– IV : Antoine et Cléopâtre, 312 p.– V : La république d’Auguste, 294 p.– VI : Auguste et le grand Empire, 342 p.

*9/ peut être: Albert Mouëzy-Éon  qui publiait articles et ouvrages sur l'homéopathie, entre 1925 et 1953 dont "Vous êtes née !... Du premier souffle au premier pas"  1930, Les Médicaments du suicide -1951, ed. medicales Paris 1923,  etc.

‎Suivi de : le sang des malatesta et Montherlant et les généalogiste par Louis de Saint-Pierre.  AMIOT-DUMONT PARIS 1956 238pages IN8 Broché‎

*8/ probablement: Guglielmo Ferrero.




Août 51
carte postale, vue d'Alger, écrite à Paris.

Chère amie,

Petit saut à Alger (en avion) qui me permet de raviver de vieux souvenirs. Mais il fait très chaud.
Quel beau pays! Quand je pense qu'il y a de pauvres diables qui passent leur été à Paris, je me sens plein de sentiments sociaux(?) et je me redis avec le Nucingen de Balzac: "Comme j'ai eu raison d'avoir beaucoup d'argent!"

Amitiés
M.


+ Paris le 8 février 1952 (dictée)


Chère Jeanne Sandelion,

Mes voeux vous accompagnent dans votre voyage que je vous conseille cependant, avec une prudence toute sénile, de faire en bateau; gardons les avions pour les trajets où nous sommes réellement pressés, ce que vous n'êtes pas (la postérité, à laquelle vous confierez sûrement cette lettre, ne comprendra pas tant de pusillanimité d'un coté avec les provocations aux taureaux, et autres excentricités, de l'autre).

J'ai hésité à vous dire que la soirée de Pasiphaé était le jour même de votre départ, car j'aurais trouvé absurde que vous changiez celui-ci pour une simple manifestation de ce genre. Il y avait sept cents personnes dans une salle de 250 places, ce qui est le comble de la réussite dans ce genre de choses. Les gens n'ont rien vu ni rien entendu, ce qui est également très bien. Les dames ont perdu leurs fourrures, les messeurs leurs cache-cols, leurs gants et leurs slips.

Donnez-moi de vos nouvelles quand vous serez arrivée à Alger et, là-bas, fermez vos oreilles aux sifflements calomniateurs de mes ex-amis et amies.

Amicalement vôtre.
Month.

+26/2/52

Alger, il me sugg. le bateau,   cela nous amène à Alger

Chère amie,

Voilà la mer étincelante et le bleu dansant de méthylène! Mais j'avais écrit il y a 25 ans un quatrain
"A condition d'emporter un scaphandre on peut très bien hiverner à Alger, c'est un conseil qu'il est bon de répandre: pour vivre rue d'Isly apprenez à nager.

   (plusieurs lignes rayées car il ne se rappelait plus):

le sens était qu'on vivait à Alger dans des déluges d'eau. Peut-être en faites vous aussi l'expérience.

Votre voyage en avion me fait dresser les cheveux.

Je suis content que vous soyez à Alger. Je crois que ce dépaysement vous fera grand bien. Pour moi, je n'ai plus envie d'y aller. Les cartes postales que j'envoie, sans quitter Paris, me suffisent largement.

Je ne vois rien à vous dire, et déjà la rédaction de ce petit billet m'a pris à peu près 25 minutes.
Tout mon génie passant dans mes oeuvres, c'est l'évidence même qu'il coule plus qu'au ralenti dans ma correspondance.

Amitiés

M.

Attention! Vous redevenez ...



+4/5/52
 Alger

Chère amie,
Je vous remercie de vous être employée pour moi à Alger; si je ne vous ai pas répondu tout de suite, c'était un peu pour vous renvoyer la balle: vous m'avez laissé bien longtemps sans nouvelles. Si vos traversées aériennes se sont bien passées; tant mieux: votre mort sera pour la prochaine fois.

Je ne sais que vous dire d'ici, où je vis à l'écart de tout et de tous. Je ne publierai pas de livre cette année: il y a aussi les oeuvres des autres qu'il faut lire et relire, relire surtout quand on n'a pas de mémoire.

J'ai fait la connaissance de Marie Noël[*1], venue à Paris pour ses yeux et lui ai dit que c'était par vous que j'avais appris son existence.

Je serai content de vous revoir entre le 20 mai et le 15 juin. C'est la grande saison de Paris - au cours de laquelle, pour rien au monde je ne sortirais de ma chambre.

Où en êtes-vous avec X...? Je découvre - ou j'ai découvert ces dernières années - que l'éditeur est le pire ennemi de l'auteur, sauf exceptions rares.

Bien amicalement

MT

notes du transcripteur:
*1/ Marie Rouget née et a vécu à Auxerres, écrivit poèmes et nouvelles sous le nom de Marie Noël (1883-1967),


15 mai 52

Je pense que vous avez lu ceci. Je suis touché de tant de choses gentilles que vous avez dites sur moi. Je n'aurai eu d'amis que chez les femmes et les enfants.

Je suis accablé en ce moment par le départ de La Reine Morte pour l'Amérique du Sud (Cdie fse) qui part dans des conditions abracadabrantes. J'aspire après mon petit mois de congé non payé (août) qui me permettent (sic) de travailler ('il y a un an que je n'aurai pas pris la plume sérieusement) Et c'est cela, la célébrité!

A vous
M.


31 août 52

Chère J.S.
J'ai fait taper et envoyer votre papier à Sipriot. Un peu court. Il aura l'originalité d'être la seule présentation désagréable parmi la quinzaine d'autres présentations, faites par des incommus la plupart du temps. On ne peut attendre moins de l'amitié!

Ma dernière lettre était, elle aussi, un peu désagréable. Les raisons que vous m'envoyez sont des raisons féminines, des raisons mauvaises, du pipi de chat. Vous aviez, il y a 20 ou 25 ans, le talent, la sensibilité, le loisir - que vous vous étiez créée de faire une oeuvre. Vous ne l'avez pas faite. Vous me dîtes que moi, j'ai de l'argent. J'ai de l'argent, pcq j'en gagne en faisant des oeuvres de valeur: vous n'ignorez pas que je n'avais, en débutant, nulle fortune personnelles. Je vous dis que vous perdez du temps à trop lire, et trop de choses inutiles: vous me répondez que je suis bien content qu'il y ait des gens qui lisent.  (C'est une réponse de femme.) Ce n'est pas sérieux! Il valait mieux faire un peu plus de livres, et de livres bons, que d'en lire tant. Et ce n'est pas certes, que je veuille que tout le monde fasse des livres! On n'en écrit que trop. Mais vous aviez, vous, de quoi en écrire, et bons, et, si je vous reproche d'avoir failli à votre destinée, c'est un reproche qui est dicté par l'estime et l'amitié.
A vous.
M

Ayant préfacé mon livre ca l'a déçu

28 juillet 53

Ma chère J.S.

Certes, je vous gronderais pour toutes vos lectures indisciplinées. Pour moi, je ne lis que des ouvrages des 17° et 18° siècles sur Port-Royal, écrivant une nouvelle pièce sur ce sujet, à la place de celle écrite en 1940-42, qui ne me satisfait plus.
Une fois de plus, je compte rester à Paris, le bon air, la nature et toutes ces choses ne me valant rien. Je suis comme vous: je ne vis que pour le bon Dieu en ce moment,. Mais cela passera avec ma pièce, tandis que vous , ça dure.

Vous êtes citée au moins 3 fois dans l'édition des Bestiaires que donneront en oct. les classiques Larousse.
Le commentateur s'est aperçu qu'il n'y avait que vous à avoir jamais écrit sur ce roman.

Bon été, bonne santé, bonne amitiés, bon travail, bonne religion.

MONTH.


pas de double

24/2/55

Ma chère J.S.

Je ne vous écris qu'à pas de chat, sachant que mes lettres seront vouées par vous à l'immortalité. Ce qui mérite l'immortalité, c'est votre rencontre avec notre ex-ami. Je ne suis pas surpris ni de son succès, ni de la qualité de ce qu'il dit dans sa conférence.

Les beaux jours d'Alger ne me tentent pas. Je n'aime plus ni le soleil ni la chaleur - depuis longtemps. Je recherche le frais et la pénombre. Quand il se passe de tels retournements dans un corps, comment s'étonner qu'il s'en passe de semblables dans l'âme?

Je me suis remis à travailler depuis le 1° février. Je réalise un rêve vieux de cinquante ans: ne plus m'occuper que des Romains. Je l'avais dit dans une interview à F. Lefèvre vers 1923: "Je compte consacrer les dernières années de ma vie à l'étude de l'histoire romaine."[*]

Je vous dis donc: à mai! Si l'un de nous deux n'est pas mort d'ici là.
Amicalement

Montherl

(1) Bcp de morts et de maladies autour de moi cet hiver; excusez-moi; c'est ce qui me dicte cette restriction.

* Frédérique Lefevre Rédacteur en chef des Nouvelles Littéraires


 

sensibilité

 

30 août 55

 

Mais non, pas accidenté, du moins jusqu’à l’instant où je vous écris. Ce soir peut-être…

 

J’ai passé trois semaines à la Baule et dix jours en Normandie. Je suis toujours dans les Romains, mais les étés me paraissent longs…

 

Les évènements d’Afrique du Nord vous donnent-ils grande envie de retourner dans ce pays ? Je suis sensible à ces choses comme j’étais sensible à la défaite et à l’armistice. C’est ma destinée de souffrir de choses qui laissent mes compatriotes dans une telle indifférence et insouciance.[JS a effectué son dernier voyage à Alger du 26/1/59 au 8/5/59]

 

Je ne crois pas que le livre de Mlle C. ait marché. Son éditeur est en dessous de tout. Et une préface de moi arrête plutôt la vente.

 

Amitiés

MT



17 décembre 57

... Mme G. Théron m'écrit: j'ai trouvé remarquables les derniers poèmes de madame Sandelion, intitulés la vie en rouge[*1] et Enfant de paix[*2], qu'elle vient de m'envoyer; elle y atteint un ton et une intensité dignes des plus grands poètes.

Amicalement
*1/
*2/


+12/9/58

Ma chère Jeanne Sandelion
Ne soyez pas fâchée et donnez un peu de vos nouvelles. Et comprenez que je suis (et ai toujours été) quelqu'un pour qui c'est une véritable épreuve d'écrire des lettres.

Et puis on ne sait jamais où vous êtes. Thoissey? Nice? Alger? Paris?

A vous
MONTH.


+sans date

Chère J.S.

Je ne vous ai pas écrit plus tôt parce que je ne suis pas en ce moment dans une phase "divine"; ca reviendra, sûrement. (Je veux dire que votre "Dieu" m'a pas mal agacé dans vos poèmes) mais "mon" Dieu agace aussi beaucoup de gens dans le Maître de Santiago et je m'applique donc, en vous lisant, ce que je leur dis à eux: qu'il ne faut voir que l'oeuvre d'art. Et la vôtre est très réussie.

Amitiés
M.


+sans date (beaucoup plus ancienne)

Chère Mademoiselle

Je suis emporté, submergé par cette crue soudaine et ce torrent sandelionesque: vous êtes comme ces rivières de montagne ou ces oueds sahariens, à sec pendant très longtemps et qui brusquement se raniment et inondent tout. Puisque vous viendrez à Paris lundi, téléphonez-moi un matin. Je vous promets de ne pas faire répondre que je ne suis pas là.

Bien à vous
MONTH.






>>>>> HM a JS 60




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