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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 15:57

Les noms de famille des autrichiens d'avant 1914 ne manquent pas de subtilités pour les observateurs français. On se trouve un peu perdu comme dans un labyrinte heureusement pour le nom de naissance de Mariette Lydis, ça semblait assez simple, pas de voyelles accentuées, l'origine probable de la partie hongroise du pays n'avait pas eu de répercution sur l'écriture du nom, par contre c'est de l'usage de diminutifs dans les prénoms que vint la difficulté dans les recherches.

Nos recherches récentes nous ont permis de compléter une généalogie dans GENI, et par de nouvelles lectures de journaux professionnels suisses, nous pouvons tenter une hypothèse.

La Fédération Horlogère Suisse met en ligne cette revue hebdomadaire depuis son premier numéro en 1886, les recherches se font en mode texte pour les généralités et nous permettent la sélection des numéros pour un mois, ensuite les images sont lisibles sans recherche, mais la revue de la Chaux-de-Fonds est heureusement en Français.

fleur-de-lys.jpgNous trouvons la présence de Franz Ronsperger sous diverses formes: sa présence lors de réunions dans l'hôtel de la "Fleur de Lis" où régulièrement la présence des représentants de commerce étrangers est signalée: "liste dressée lundi 14 octobre 1889 à 5h du soir" par exemple. Dans le numéro du 5 Mai 1892 à coté d'un premier article sur l'exposition de Chicago qui joua un rôle si important dans la vie et l'oeuvre d'Adolf Loos, la liste des marchands présents est dressée le 3 mai à 5h puis le 6 mai toujours à 5h.

En Mai 1892 un article polémique d'un artisan inquiet dénonce la concurrence qui pourrait naître de l'installation "d'étrangers" comme maison d'horlogerie suisse. Y est distingué l'enregistrement de l'établissement au 26 rue du Progrès à la Chaux-de-Fonds de Franz Ronsperger citoyen de Vienne sans même un fondé de pouvoir, un contrôle est demandé par le journal qui publie la réponse de l'administration qui justifie la régularité de l'inscription du 29 avril 1892.

Le journal donne même en première page la parole au représentant des importateurs des produits suisses en Autriche-Hongrie pour un article résumé comme "la défense des montres à marques", en faisant remarquer la compétence et toutes les qualités commerciales dont l'auteur, Franz Ronsperger, fait preuve dans sa pratique. Ceci dans le numéro 12 de la 25eme année de parution donc le 12 février 1910, quelques mois avant que ses deux filles Marietta puis Edith fassent la démarche d'abandon de la religion juive à Vienne, probablement en vue de leur mariage. 

Par un article plus consistant en janvier 1914, c'est sous la signature "un vieux fabricant" qui veut exprimer que si tant de défauts de paiement d'acheteurs étrangers provoquent des faillittes chez les fabriquants, il se félicite lui de travailler depuis bientôt quarante ans avec le correct Monsieur Franz Ronsperger, en fin d'article la rédaction se joint aux félicitations. Il conviendra donc d'estimer à 1874 le début des activités d'importation des montres à Vienne.

Après son décès survenu en 1918, ce n'est qu'en 1919 dans un avis publié dans le journal n°94 du 26 novembre que les "fournisseurs de F. Ronsperger de Vienne sont invités à prendre connaissance de la communication du Dr Julius Bondy pour effectuer une démarche collective".   

Enfin tristement en page 652 de l'année 1921, soit dans le numéro du 10 décembre 1921 on lit l'avis: "Les créanciers de la maison Feu Franz Ronsperger à Vienne pas touchés par la circulaire du 6 courant sont priés de s'annoncer immédiatement au bureau de l'Information Horlogère suisse".

Avec le décès de son principal animateur la maison de Vienne ne devait pas résister longtemps dans la tempète politique et économique de l'après guerre autrichienne que les Suisses observaient, surtout dans l'horlogerie avec le cours de l'or et de l'argent suivis chaque semaine dans leur revue. Un article titré "misère autrichienne" faisant le principal contenu éditorial du numéro du 21 décembre 1921 sera édifiant à cet égard. Peut on expliquer par là la dislocation de la famille de Mariette, son départ avec sa mère pour la Grèce et l'Italie avant la France en 1926, le suicide d'Edith à Florence dès janvier 1921?

Recherche Ronsperger

Dans les annonces du journal Neue Freie Press de Wien, nous trouvons le 22 Janvier 1873, la nomination de Franz Ronsperger comme directeur de la société Ed Selikowsky, cette société a retiré sa procuration en début janvier 1874. Puis le 16 janvier 1874 c'est l'enregistrement en société personnelle de Franz Ronsperger installé Klostergasse, 4.

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 12:45

Une grande lithographie coloriée, c'est la version tirée à 200 exemplaires, que les amateurs ont pu s'offrir dans les années 30 puisque le tableau original avait été acheté pour les collections nationales lors de sa présentation au salon d'automne.

Ce tableau, d'abord exposé au Jeu de Paume (d'après la monographie de Mariette Lydis de 1938) est référencé par le Centre Beaubourg qui m'a informé de sa mise à disposition au musée d'Art et d'Industrie de Roubaix, "la piscine" depuis 2001. J'avais appris par la conservatrice que l'oeuvre était exposée, je devais bien allé voir sur place ce qui fut fait en début de semaine.

Ce musée est un magnifique écrin pour les oeuvres exposées, et la récupération des espaces, la mise en valeur des éléments d'origine mettent le visiteur en confiance dans un lieu qu'il s'approprie rapidement. P9300553-web.JPG

Nous avons parcouru l'ensemble des salles, en suivant ce qui semble le cheminement naturel, le tour du bassin, les salles thématiques, pour terminer la fin du parcours par les animaliers, c'était donc le dernier tableau à voir.

P9300551-web.JPGJ'ai pris plusieurs photos pour les détails, le texte sur cette oeuvre on le trouve dans une publication de titre "l'album" publié en 2012 pour les 10 ans du musée: page 61: 

Dans la même veine, avant de rejoindre le restaurant, sur notre gauche, une toile malicieuse de Mariette Lydis (1890-1970), Music Hall, 1925. Avant d’entrer en scène, une jeune montreuse d’animaux, affublée d’un large tutu et d’une veste qui laisse montrer un sein, rassemble ses compères, trois caniches dont un couple à poils gris. Dressés fièrement sur leurs pattes arrières, et habillés d’un costume ridicule, ils font penser à un marin qui sort sa cocotte. Tout excités, ils font le beau en attendant ses ordres. Une manière comme une autre, après ce beau parcours, très enthousiasmant, de plonger à nouveau dans le réel.

 

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 06:56

J'avais été intéressé par l'article de Vehesse, sur le décès de Roland de la Poype. Dans la foulée je m'étais procuré un exemplaire de ses mémoires, l'aventure du Normandie-Niemen. Ce n'est que pendant ces congés que j'en fais la lecture. Dans le récit de son aventure courageuse, il décrit son départ de France pour le complément de formation en Angleterre dès juin 1940, son attente de l'action, il cite en 42 la participation de certains de ses amis aviateurs français à la couverture de l'expédition de Dieppe, et surtout découverte! il décrit le périple de l'équipe d'aviateurs français envoyés par De Gaulle auprès des Russes. La traversée de l'Europe occupée ne pouvant se faire, il a fallu contourner par l'Afrique rejoindre le Caire et ce fut sur le Highland Princess, le Cargo emprunté par Mariette Lydis en juillet 1940 pour rejoindre Buenos-Aires avant sa réquisition en transport de troupes.

Comme il en faut des hasards et des lectures, pour compléter une histoire. 

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 17:48

L'hôtel Crillon va se transformer, 

il a changé de main, ce sont encore les riches capitalistes du golfe (ici les Saoudiens parait-il) qui investissent pour l'avenir, le temps où ces pays auront épuisé leurs réserves de pétrole. Alors puisqu'ils sont eux-mêmes souvent les clients, autant qu'ils soient aussi les propriétaires.

J'ai une émotion chaque fois que je passe devant la façade prestigieuse, ce souvenir de la photo de Mariette penchée par la fenêtre et devant un minuscule balcon, invité l'année dernière au repas qui clôturait l'AG des mes participations du temps des entreprises, j'avais déjà senti un serrement, entre le coeur et l'esprit, visité par le chef, je ne pensais qu'à Mariette, mais en 1948 ou 1954, les fauteuils étaient ceux d'avant puisque la déco refaite en 1981. Avant la nouvelle transformation, "tout doit disparaître", les meubles, les accessoires, les tenues de service, les cheminées et les rideaux, tout, les services, les vaisselles, les ustensiles, les meubles et appareils de cuisine, les caves, tout, les tapis et les poignées de porte.

 

Oui Mariette Lydis, quand elle venait d'Argentine, logeait au Crillon, à Buenos Aires elle faisait "monter" un portrait dans les airs au dessus de l'obélisque, elle pensait toujours à Paris, et à la Concorde.

Dans sa bibliothèque figurait un guide "photos de Paris", la publication Hachette, comporte les traces des marque-pages sur les monuments qu'elle distinguait.  Mariette, avait une partie d'elle toujours dans son Paris. C'est de sa chambre au Crillon, qu'en 1949 elle avait appelé Jacques Vialetay, pour qu'il apporte en pleine nuit, des pierres lithographiques.

cendrier-1747.jpgJ'ai visité le dernier jour, l'exposition préparée par Artcurial pour la vente sur 5 jours, de tout.  Les deux heures de queue étaient méritées, le catalogue (50€!) sera le seul souvenir, car il n'y avait pas de petits lots, "souvenir Crillon" non la vente était vraiment orientée, vers les riches. Les prix "estimés sur catalogue, pouvaient laisser espérer quelques achats, pas le bar "César" bien sûr, mais par exemple un cendrier de couloir estimé  150-200€, ou un bureau plat style Directoire, "en bois mouluré et sculpté, le nécessaire de bureau en cuir, et la corbeille à papier. On joint ...une chaise à la reine de style Louis XVI" dans une fourchette de 200-300€. bureau-1813-200-300.jpg

L'inscription sur le site d'enchère, indiquait heureusement que les montants étaient plafonnés, donc pas de folie prévue, j'ai noté les frais exceptionnellement élevés 29,9% TTC, alors prudence dans l'enthousiasme de l'enchère, et j'ai le premier jour eu la curiosité de suivre un peu les flux.    Mais qu'est-ce qui leur prend ? des paires de fauteuils avec une estimation de 400€ démaraient à 800, puis rapidement montaient à 1500, 3000... mais c'est du faux, le bois n'est pas mentionné, solide certes, mais pendant l'expo, il n'était pas possible de "toucher", vérifier la qualité, tirer les tiroirs, donc acheter à l'aveugle, des copies de Louis quinze ou Directoire, fabriquées en, 1980 ou après, ce n'est pas du meuble d'époque, je me suis dit ce sont d'anciens clients, ils doivent vouloir le souvenir du digne dépôt de leur séant, un jour de passage à Paris... tous les lots que j'ai suivis sont ainsi partis entre 5 et 20 fois l'estimation. C'est une belle affaire pour la maison de vente, belle affaire pour l'acheteur-vendeur et je suppose une belle opération pour la balance des échanges extérieurs.  cognac.jpg

Le record fut peut être le bar César, à, si je me souviens bien 240 000€ soit 24 fois la cotation, fou je vous ai dit, tous fous, lui au moins il est unique et signé. Alors trouvera t-on sur ebay, dans quelques semaines quelques pièces détachées de ces lots, pour agrémenter ma collection, d'un petit objet marqué du monogramme du bel hôtel?

 

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 17:45

 

MONTHERLANT

Comment est Montherlant ?

Combien de fois m’a-t-on posé cette question, car Montherlant est invisible, inaccessible, entouré de légendes, de mystère.

Son téléphone est dressé, il a des journées interdites – il n’est pas un moyen de communication – plutôt le contraire. Montherlant habite une forteresse.

Montherlant m’invite à dîner. J’arrive Quai Voltaire à huit heures. Le domestique m’introduit dans la pièce que je connais, froide, pleine de statues romaines, vide de tout confort. Mon préféré un masque troué de guerrier.

Le domestique est un long type qui s’appelle de Monthéri malgré qu’il soit russe. Il se qualifie au téléphone comme « Ordonnance de M. le Comte ». Montherlant commente : « et voilà les gens qui me détestent qui doivent dire « il a dressé son domestique comme s’il était général ». Au début, il y a dix ans, à peine entré à son service, il demandait « M. le Comte moi pouvoir faire pipi ? » à la suite Montherlant l’engage de le faire sans autorisation.

Quelle vue noble celle de ses fenêtres sur le Louvre au-delà de la Seine ! Quel calme, cette fin de journée au mois d’Août !

Montherlant ne ressemble à personne, ni physiquement et encore beaucoup moins dans sa personnalité. Les soirées avec lui – car grands travailleurs lui et moi, nous ne nous permettons le luxe de nous rencontrer qu’à la fin du jour.

Je sens avec lui une liberté de parole dans tous les domaines comme avec personne. Son grand esprit libère des restrictions que l’on a besoin de s’imposer généralement. La qualité multiforme de son esprit étonne toujours à nouveau. Sa conversation produit une étincelle, une vibration inégalable ; on devient plus intelligent à son contact. C’est comme si des régions en vous s’éclairaient, qui, généralement, étaient restées dans l’ombre. Tout cela malgré une apparente sécheresse, une distance qui le font paraître rêche et infléchissable. En plus, lui, que l’on appelle cynique, ce qui devrait être traduit par pudique, pudeur du sentiment de ceux qui sont ultra sensibles, ultra-vulnérables, lui, que l’on appelle égocentrique et Dieu sait qu’il l’est, cependant est le seul être, qui sache écouter avec respect, intérêt, concentration et mémoire.

Combien de fois l’ai-je entendu dire : je me souviens de ce que vous m’avez raconté il y a dix ans. Qu’elle est la personne qui se souvient de ce qu’on lui a dit, il y a dix ans ?

Espèce de déité en acier, indépendant de tout contact humain, il n’a besoin de personne.

Sa franchise, sa clarté de jugement sur le monde et sur lui-même sont désarmantes.

Pour tous ceux qui aiment ce prestigieux auteur, écrivain de première ligne, je transcris ici des passages de notre correspondance, suivi de deux lettres qui lui ont été adressées par des inconnues.

 

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 17:57

Parmi les notes et réflexions de Mariette, cette page écrite comme à son habitude. Née en 1887 Mariette Lydis est âgée de 70 ans lors de cette traversée, elle ne décèdera qu'en 1970 et fera d'autres traversées en paquebot, à vrai dire on ne sait dans quel sens, était-ce pour quelque temps un long séjour en France qui se prolongera par des expositions en Europe, à Rome, à Bruxelles en 1959? 

 

 

Traversée sur le Provence en mars 1958

 

 

Combien de fois ai-je dit que c'était ma dernière traversée? Qu'importe - c'est une fois encore cette interminable dernière traversée, [*1] où, toute seule, j'ai le temps, et peut-être la nécessité, de faire le bilan de ma vie-- me rendre bien compte , ce que j'ai - ce que je n'ai plus-

 

J'ai encore une reprise instantanée, comme une bonne voiture - j'ai une possibilité de joie instantanée, mais à d'autres moments une sensation de solitude complète.

 

J'ai eu une vie pleine et riche - je n'ai jamais ni économisé mes forces, ni lésiné tendresse, amour et une dédication totale. Quelle bétise, celle, de croire que mon travail, béni soit-il - me comble en entier! non  -  non - j'ai toujours un besoin absolu d'amour total, je l'attends toujours après l'avoir trouvé deux fois de ma vie - l'un, sans ombre - l'autre effacé par une fin inattendue [*2], une désillusion totale.

Toujours est-il que j'ai, pendant beaucoup d'années, pu croire que c'était un état éternel et immuable et déjà cela est à compter--

Aujourd'hui, où suis-je? Prête à partir lorsque je serai  appelée , humblement reconnaissante de toute la richesse qui m'a été concédée  - d'une vie noble et belle - et de beaucoup d'amour.

 

-*1/  La durée du trajet sur le Provence entre le Havre et Buenos Aires durait environ 11 jours.

-*2/ probablement Govone son 3eme mari, et peut-être Julia, son amie en Argentine.  

              

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 11:28

verlaine-1.jpgTrouver des traces de la méthode de travail de Mariette Lydis, puisque cela elle ne l'a pas écrit, est un véritable plaisir que je savoure lentement. Ainsi j'ai repéré, regroupé les éléments mais je ne m'y attaque pas tout de suite. Je m'y prépare doucement. Je feuillette quelques lettres, je les déchiffre, pour certaines je les transcris sur des feuilles individuelles. Je fouille d'autres liasses pensant y trouver un calque, un essai lithographié sur une chute de papier au dos d'un autre essai, parfois en plusieurs passages comme si l'on avait essuyé le cuivre. Ainsi ce petit recueil de pages extraites d'une publication d'oeuvres de Verlaine. Ces pages dont je n'ai pas encore trouvé l'édition d'origine, sur une sorte de papier bible, dans un format qui me rappelle les éditions de Jean Jacques Pauvert, étroit et vertical : 17x9,7 cm. Ces pages sont rassemblées et "scotchées" dans un petit livret en carton, une feuille sert de couverture sur laquelle est frappé à la machine "VERLAINE".

542 XXIIILes textes sont sélectionnés et séparés en 3 parties, Mariette a marqué d'une écriture au stylo bille bleu un titre pour chaque partie, des numéros de pages parfois quand ils ne sont pas imprimés, et sur les replis de la couverture en premier "Commencé le 21 Janvier 1966", en fin, les numéros de page ou les numéros du poème assortis du mot objet de l'attention. En parallèle à la page indiquée, une phrase soulignée une marque dans la marge de la strophe, enfin devant le titre ou le numéro du poème retenu une croix ou un cercle, parfois un gros point rouge.

  

Maintenant il est temps de rassembler et comparer, avec l'ouvrage paru la même année.

Jacques Vialetay l'éditeur [*2] qui depuis 1949 avait été pressenti par Carmen Guillard, avait il passé commande? Lui avait il adressé le livre des poésies, comme il l'avait fait pour le Baudelaire? En Argentine ce n'est pas comme pour Madame Bovary, Janick la jeune femme qu'il avait épousé en décembre 1949 ne pouvait pas poser pour Mariette.  Ce sont donc des modèles argentins dont elle s'est servi. J'ai nettoyé le vieux scotch, je liste les références en fin de couverture.       

  CHANSONS POUR ELLE   page

 *

525

 

tu n'es pas vertueuse

Tu n'es pas du tout vertueuse,

Je ne suis pas du tout jaloux:

C'est de se la couler heureuse

Encor le moyen le plus doux.

I

 

 

 

O

   
526

car sans toi rien ne puis rien de rien

Je vais gueux comme un rat d'église, ...

Car, sans toi,

Rien ne puis,

Rien ne suis.

II

 

X

   
528

l'air faux de sale méchanceté

Or, malgré ta cruauté

Affectée, et l'air très faux

De sale méchanceté

Dont, bête, tu te prévaux,

J'aime ta lascivité!

IV    
XIII

es-tu brune ou blonde ? 535

Es-tu brune ou blonde?

Sont-ils noirs ou bleus,

Tes yeux?

Je n'en sais rien, mais j'aime leur clarté profonde,

Mais j'adore le désordre de tes cheveux.

X    
XIV

femme trop bien mise 536

Fi d'une femme trop bien mise!

Je te veux, ma belle , en chemise,

-- Voile aimable, obstacle badin,

Nappe d'autel pour l'alme messe,

Drapeau mignard vaincu sans cesse,

Matin et soir, soir et matin.

--------

Chemise de femme, armure ad hoc

XIV

O

 

 

 

 

 

XV

   
XVI

la pauvreté

La pauvreté, notre compagne,

dont nous nous serions bien passés,

Vainement menait la campagne

Durant tous ces longs mois glacés...

      Nous incaguions l'intruse,

      Son astuce et sa ruse.

O     *1 
XXII

je révais cette nuit

"J'ai révé de toi cette nuit:

Tu te pâmais en mille poses

...

Au réveil, ce fut dans tes bras,

541    
 

"ROMANCES SANS PAROLES"

ARIETTES OUBLIEES

     *2
111 extase langoureuse I    
122

Il pleut

Il pleut dans mon coeur

Comme il pleut sur la ville

III    
123

soyons 2 enfants

Soyons deux enfants, soyons deux jeunes filles

IV    
124

en sa longue robe

Place! en sa longue robe bleue

Toute en satin qui fait frou-frou,

C'est une impure, palsembleu!

Dans sa chaise qu'il faut qu'on loue,

VI    
125

la plaine

Dans l'interminable

Ennui de la plaine

La neige incertaine

Luit comme du sable.

VIII    
126

ô voyageur

Combien, ô voyageur, ce paysage blême

Te mira même toi-même,

IX    
129

l'allée

L'allée est sans fin

Sous le ciel, divin

(Estaminet du Jeune Renard, août 1872.)

II    
130

chevaux de bois

Bruxelles, (Champ de foire e Saint-Gilles, août 1872.)

     
132

ma froide soeur

Vous êtes si jeune, ô ma froide soeur,

...

Vous juriez alors que c'était mensonge

Et votre regard qui mentait lui-même

Flambait comme un feu mourant qu'on prolonge,

Et de votre voix vous disiez: "Je t'aime!"

Hélas! on se prend toujours au désir

Qu'on a d'être heureux malgré la saison...

Mais ce fut un jour plein d'amer plaisir,

Quand je m'aperçus que j'avais raison!

*

Je vous vois encor. J'entrouvris la porte.

Vous étiez au lit comme fatiguée.

Mais ô corps léger que l'amour emporte,

Vous bondîtes nue, éplorée et gaie.

*

Par instants je suis le pauvre navire

Qui court démâté parmi la tempête,

O

 

 

 

 

 

 

 

 

 

O

 

 

 

 

 

O

   
135

vos 2 mains blanches

AQUARELLES

GREEN

Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches

Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

SPLEEN

Je crains toujours, - ce qu'est d'attendre! -

Quelque fuite atroce de vous.

X

 

 

X O

   
136

streets

J'aimais surtout ses jolis yeux,

X    
137

child

CHILD WIFE

 

O

   
138

Kate

J'ai peur d'un baiser!

Pourtant j'aime Kate

J'ai peur d'un baiser!

O    
  "ODES EN SON HONNEUR"      
574

Ô Sainte Ô Reine

Tu fus une grande amoureuse ...

Oui, tu fus comme une héroine,

...

O femme forte, ô sainte, ô reine, ...

Tu m'as , chère, pour te défendre,

573

I

O

 

II

   
576

tu n'es pas vierge

....vierge

Et martyre. ...

Tu n'es pas vierge, hélas! mais encore martyre ...

... Douce et naïve

Comme ta voix d'enfant aux notes paysannes.

Douce au pauvre et naïve envers tous et que bonne

IV

 

 

XO

   
578

un torse

De l'épaule et du sein,

Faut sur un autre mode

Dresser une belle ode

Au glorieux bassin.

Faut célébrer la blanche

Souplesse de la hanche

Et sa mate largeur,

Dire le ventre opime

Et sa courbe sublime ...

VI

 

O

 

   
579

Fifi s'est réveillé

FIFI s'est réveillé. Dès l'aube tu m'as dit

Bonjour en deux baisers, et le pauvre petit

...

De la plante des pieds au bout des cheveux sombres ...

VII

 

 

X

   
580

Cruelle

Tu fus souvent cruelle

Même injuste parfois,

Mais que fait, au ma belle,

Puisqu'en toi seule crois ...

Et c'est enfin la nuque

IX

 

 

O

 

   
584

nez retroussé

Nez retroussé quêtant les seuls parfums

De la santé robuste, yeux plus que bruns

...

Longs cheveux noirs dont le grand flot soyeux

 

XI

 

 

X

143  
"

femme nue

...

Croupe superbe éprise de loisir

...

--Tel le pastel d'après ma femme nue.

 

XI

 

X

  *3 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*1/   Je me suis beaucoup demandé comment Mariette avait pu interpréter la strophe qu'elle a remarquée dans le XVI La pauvreté.

J'ai recherché incaguions soit le verbe incaguer. Mon Petit Robert l'ignorait, et j'ai trouvé le mot dans mon dictionnaire de l'Académie de 1777. Par curiosité je vais chercher sur internet, une première question wiki n'ayant rien donné. (Voir le commentaire). 

Dans la suite de cet article je vais rapprocher les poèmes retenus dans l'édition, ainsi que comparer les 16 gravures. Dans le tableau figure la page de l'édition Vialetay

Le livre de Vialetay fut tiré à 250 exemplaires in-quarto dont 50 sur BFK Rives avec une suite en couleur, après 31 sur Japon nacré.

Un exemplaire sur Japon nacré, "exemplaire unique" fut réservé à Mariette Lydis, il comporte en plus des suites, les 8 dessins originaux non retenus, il fut donc exécuté 24 dessins. Nous avons 26 annotations dans notre liste préparatoire.

 

*2/ Le titre retenu fut Romances sans paroles, et les trois chapitres reclassés Romances sans paroles, Chansons pour elle, Odes en son honneur.

 

   *3/  Vialetay avait installé ses bureaux 23, rue de l'Abbé-Grégoire où il exerçait avec sa soeur Jacqueline Favre, que j'ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs fois, à Paris et près de Fontainebleau en 2001 où elle avait archivé de nombreux documents sur leurs productions. Après le décès de Jacques , elle continua les éditions en cours avec l'aide principalement d'Henri Jonquières (qui a effectué la maquette de ce Verlaine)  au 22 rue Serpente à Paris sous le nom "Société de Diffusion Jacques Vialetay".   Mariette Lydis a illustré deux autres Verlaine: Parallèlement en  1949 avec Georges et Nadine Guillot et Trente Poèmes en 1955 avec Vialetay.

 

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 13:52

Manuscrits de Mariette Lydis et tapuscrits corrigés et mis au point. 

Jamais adressés, bien entendu, en 1940 elle a 53 ans.

 

QUATRE LETTRES D'ADIEU ECRITES EN L'ANNÉE 1940.  (*1)

 

Mon Giuseppe chéri(*2), c'est difficile et triste et un peu ridicule de t'écrire une lettre d'adieu comme celle-ci, lorsqu'on est parfaitement bien portant, et on n'a aucune envie de mourir. Mais c'est alors qu'il faut l'écrire et longtemps déjà j'ai voulu le faire, mais le moment n'était jamais le bon. Depuis la guerre, depuis que le destin nous a brusquement arrachés l'un de l'autre (*3), cela m'a travaillé souvent; enfin, ce soir, je me décide, tout en espérant que je te reverrai - je l'espère d'une manière si fervente - je pense toujours que cette séparation Rue de la Paix ne peut être définitive.(*4)

 

Si toutefois cela devait être je te remercie, mon cher compagnon, pour ton amour si exclusif, pour tout ce que tu m'as donné de toi-même, mon bachelor à moi toute seule; j'ai été très heureuse avec toi, notre home était une chose si précieuse, avec mon travail et le tien. Tu m'as aidé avec ton enthousiasme, ton respect, avec ton affection, ta haute culture, et matériellement aussi (lorsque tu m'as enseigné la lithographie, par exemple). Combien de fois m'as tu remontée lorsque j'étais déprimée, lorsque mon travail n'allait pas. Tu avais un si beau, un si noble respect de mon travail, j'en [ai] été touché toujours, infiniment. Presque toujours nous aimions et nous n'aimions pas les mêmes personnes et les mêmes choses, tu étais même plus exclusif que moi, qui le suis déjà tellement. Tu n'es réellement pas [facile] à atteindre, et moi je t'ai atteint.

 

Je le sais mon cher trésor. Je tremble que tes lettres ne m'arrivent plus, que l'Italie n'entre en guerre! ... (*5) ce serait une perte terrible pour moi. Tes lettres sont un tel réconfort, une si chère chose vivante. Je les aime tant!

 

A commencer par leur extérieur, si net, si harmonieux comme toi-même. A ce sujet il faut que je te dise combien tu m'as plu toujours. Droit et mince, avec tes cochi grigi que j'aime tant, tes nobles mains longues et tes pieds d'archange.(*6) Bonnes à toucher, tièdes et lisses et dures. Tends-la moi, cette belle et chère main, adieu, toi.

 

Mariette.

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1940.

Meine Marie,(*7) meine Geliebtes, Du bist meine älteste Freundin, Du weisst alles von meiner Kindheit und Jugend, Du hast mich durch all Jahre begleistet mit Deiner Treue; ich danke Dir dafür. Ich hab Dich geliebt, seit ich sechs Jahre alt war und immer mehr. Du bist für mich eine Sonne gewesen, Wärme und Licht - so unveränderlich lieb, so gewissenhaft, so tapfer, so voll Vertauen inalles und Alle Danke, mein Geliebtes.

Deine Mariette.

Ma Marie,(*7) ma bien-aimée, tu es mon amie la plus ancienne, tu sais tout de mon enfance et de mon adolescence, tu m'as accompagnée fidèlement toutes ces années. Je te remercie pour cela. Je t'ai aimé depuis mes six ans et toujours. Pour moi, tu étais un soleil, chaleur et lumière - amour donc immuable, avec tant de diligence, si brave, si plein de confiance en tout et tous je te remercie, ma bien-aimée. 

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Mein schwarzes Munti, dies ist ein Abschiedsbrief, er ist nicht schwer zu screiben, denn ich ganz gesund und hab gar keine Absicht zu verschwinden Sollete es aber doch gescheben (früher oder später) so ist dieser Brief um Dir adieu zu sagen und danke für Deine grosse Liebe, für Dein reines eigensinniges Herz, Deinen grossmüttigen und domütigen Charakter, Deine seltene Persönlichkeit. Du hast in meinen Leben eine grosse Rolle gespielt. Du hast zu mir gehört - Danke für alles, liebes Herz, Geliebtes.

Deine Mariette 

  Mon Pierrot noir,(*8) c’est une lettre d'adieu, elle n’est pas difficile à écrire, parce je suis en très bonne santé et n’ai pas l’intention de disparaître, mais si cela devait arriver (tôt ou tard) cette lettre est là pour te dire adieu et te remercier pour ton grand amour pour ton cœur pur et obstiné, ton caractère humble et généreux, ta personnalité rare. Tu as joué un grand rôle dans ma vie. Tu m'as écouté - Merci pour tout, cher cœur bien-aimé. 

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Erica dearest, herewith I am saying goodbye ti you and thank you, sweet dogsbody for everything. - You have helped me in my daily life and work, you have been a delightful companion and I have loved you -. Thank you for everything.

Mariette.

 

 

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poissons-rouges.jpg 

-1/ C'est le 2 juillet 1940 que Mariette s'est embarquée sur le Paquebot qui emmenait ses oeuvres pour l'exposition Müller à Buenos Aires. C'est la grande déchirure où elle part seule sans savoir qui l'accueillerait. D'où certainement une grande angoisse, ces notes furent probablement tapées plusieurs années après, une fois installée, mais le manuscrit des 2 premières est daté du 22 avril 1940.

-2/ Elle avait quitté son mari le Comte Giuseppe Govone depuis la Rue de la Paix en voiture en compagnie de son amie Erica Marx en Août 1939. 

-3/ Avec le fascisme les avoirs de Govone étaient bloqués en Italie et rien ne le retenant à Paris, sans activité d'édition, il partit en fin 1939 dans sa maison de Menagggio, puis à Turin, d'où il correspondait régulièrement avec Mariette bien que souvent avec des lenteurs, les lettres se croisaient. 

-4/ C'est en 1946 que Govone réussit à rejoindre Mariette à Buenos Aires, et il l'accompagna à son exposition chilienne, Mariette submergée par le succès y restera un mois de plus que lui. 

-5/ Cette note est donc bien écrite en Angleterre, l'Italie déclare la guerre à la France et au Royaume Uni le 10 juin 1940, soit quelques semaines avant le départ de Mariette de Winchcombe où elle laisse Erica et les autres réfugiés dont Elisabeth Janstein, ancienne correspondante à Paris du journal viennois Der Tag.

 

mains.jpg 

-6/ On connait plusieurs dessins des mains de Govone, dont un fut déposé par les amis italiens des Govone à Menaggio, Ignacio Vigoni et Alessandro Erdely au "Vittoriale" musée mausolée de D'Annunzio de Gardone. Mariette était particulièrement attachée à l'observation des mains comme du regard, elle conservera dans ses papiers plusieurs exemplaires des photos de ses mains par Laure Albin Guillot.

  Laure-Albin-Guillot-mains.jpg

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-7/ Marie Stiasny, secrétaire de Hermann et Génia Schwarzwald, amie d'enfance qu'elle accompagne dans les sorties organisées par Génia Schwarzwald, où elle rencontre les artistes célèbres qu'attire l'enseignante de renom. Elle lui ressemble aussi beaucoup. Le couple Scwharzwald s'est réfugié en Suisse en 1939 où Hermann est décédé à Zürich, les Docteurs Génia et Marie organiseront un réseau d'expatriation entre Vienne et Zürich mais Génia décède le 16 Août 1940, et Marie obtiendra grâce à Mariette un visa pour l'Argentine, Giuseppe financera le voyage. 

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-8/ Munti est maintenu sur tous les exemplaires refrappés, ou pouvait penser Mutti, donc ici peut-être une expression pour désigner sa mère en deuil. La tristesse et le grand amour sont les caractéristiques que l'on retrouve toujours dans les sentiments exprimés par Mariette au sujet de sa mère. Ses parents revenaient bouleversés de l'établissement où était placé le frère Richard. Le père, Franz Ronsperger décédait en 1918 peu après le second mariage de Mariette et en 1921 la soeur (sa seconde mère!) Edith se suicidait à Florence. Eugénie a donc accompagné Mariette à Milan en 1924 pour son exposition, puis s'est installée avec elle pendant un an à la villa Ruspoli à Fiesole au dessus de Florence. Elle l'a suivi ensuite en 1926 à Paris, où elle décédera probablement en 1934

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-9/ Erica Marx rencontra Mariette lors de la première exposition aux Leicester Galleries de "Ernest Brown & Phillips Ltd" et la suivit à Paris. Elle entra en apprentissage chez Govone qui installa à Paris, les Editions du Raisin en association avec Alberto Tallone qui reprenait l'atelier de Maurice Darantière dans l'hôtel de Sagonne. Réfugiées dans le Gloucester'shire dans l'année 1939, Mariette et Erica éditèrent The Turn of the Screw, livre qui fut imprimé difficilement sous les bombardements et distribué à 200 exemplaires après le départ de Mariette, dans une maison d'édition "The Hand and Flower Press".  Erica utilisa nom et logo quelques années plus tard pour une collection bon marché "Poems in Pamphlet" pour diffuser de jeunes auteurs de poèmes dont elle-même produisit un recueil sous son nom et un sous le nom masculin de Robert Manfred.

 

  hand-and-flower.jpg

 

Des "lettres"  il y en a plusieurs qui sont restées  dans les classeurs de Mariette, ce sont ces confessions ou réflexions sur son existence, sur ses amours, sur le fond de sa pensée qui permettent aussi de voir autre chose dans les yeux, les contorsions de ses personnages. La lettre ci dessous en est même titrée:

  "LETTRE SANS DESTINATAIRE"

A qui pourrais-je bien adresser cette lettre pleine d'ennui, de solitude, de nostalgie, de grand besoin? Je ne vois que des noms qui ne sont plus, qui ont accompagné ma route un temps pour y laisser un vide, un trou noir de solitude. Quel prix faut-il payer après, pour ceux que l'on a perdu, qui ne peuvent plus vous accompagner de leur sollicitude, leur amour, même de loin! Ils sont trop loin, ils ne sont plus.

 

Je vis dans un pays qui m'est cher, quoique je m'y sente étrangère. Je serais ingrate de ne pas reconnaître et apprécier profondément l'affection, l'admiration, l'appréciation que j'ai reçu dans un pays qui n'est pas le mien. Mais non, mon coeur est sans amour. La reconnaissance n'est pas un équivalent, ne peut me combler. Ce que je possède est mon travail qui me rempli de bonheur, mais je n'ai pas à coté de moi ce que je possèdais: cet être qui, plus que moi, était ému de ce que je produisais. Ce que l'on ne peut partager, ne vous donne qu'un transport, qu'une élévation passagère, renouvelable avec un spectateur que l'on sent vibrer. Que ferais-je sans mon travail? Sans ces êtres que je crée pour ma joie, ma compassion, ma protection, ce monde à moi, créé par moi?

 

Je ne regrette pas de ne plus être jeune, ô non, mais mes belles mains ne sont plus si belles. Et j'ai honte d'être honteuse d'elles, qui ont bâti, construit, rempli mon Univers, m'ont fait vivre, m'ont donné succès, bien-être, adoration; m'ont procuré toutes les belles et bonnes choses desquelles je suis gourmande.

 

Mais je ne cesse d'être "self conscious". Je me réprimande, je me raisonne, j'ai comme une obsession, une honte de ce qui a changé de mon extérieur, quoique je reconnais[se] que je suis ingrate vis-à-vis de mon extérieur qui est relativement appréciable, comparé à d'autres.

 

Il me semble que ce qui est le plus sensible c'est la distance d'âge que sentent ceux plus jeunes que moi-même, et que l'on ne partage pas. Les attentions exagérées, les opinions des autres, qui vous donnent raison par vénération. La vénération en elle-même, quelle parole pénible et offensive! [offensante?] Au fur et [à] mesure que l'on vieillit on devient plus exigeant, au lieu de devenir plus tolérant. Quel ennui se dégage de presque toute conversation, quelle envie que rapidement, cela se termine ...

 

Voilà une lettre sans destinataire, pleine de plaintes et, malgré tout, on se sent allégée même si c'est dans le vide que se dissout cet apppel à l'aide, cet ennui, ce désespoir sans issue.

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Une date figure en tête , elle est soigneusement "gribouillée" au stylo, par contraste et grossissement on pourra peut être la déchiffrer. Que venait-il de se passer dans sa vie, le Comte Govone auquel semble s'adresser cette remarque sur l'émotion partagée est décédé en 1948, mais elle devait avoir près d'elle Julia la femme du riche Edmond Saint et Marie qui travaille à la boutique du Plaza Hôtel depuis 1941 et  Raquel Abrisqueta sa dernière compagne et "agent" pour l'Amérique du Sud.  Mariette fut très généreuse envers les oeuvres sociales argentines, on compte un dizaine de lettres de remerciements à Raquel après son décès, pour les dons reçus. Mais l'inauguration de son Christ pour la Chapelle des Emigrants en 1965, ses afffiches pour l'enfance, lui valaient déjà la popularité des pauvres. Elle eu la chance d'avoir eté fêtée en 1967 pour son 80 eme anniversaire, puis sa donation au musée des Beaux-Arts de Buenos Aires en 1969 fut accueilli avec une grande ferveur et force discours. On dit à présent que ses oeuvres ont été mal conservées, certaines disparues au point qu'une exposition est désormais impossible depuis les ressources de cette donation. Elle eut aussi la chance de ne pas être atteinte d'une maladie dégénérative, qu'elle craignait tant, son cancer de l'estomac ne fut traité que les trois derniers mois de sa vie et elle put écrire une belle lettre d'estime à Montherlant dans le mois qui précède son décès en mai 1970. Par contre le soucis de son état extérieur se retrouve sur les différentes photos des dernières années, il est rare d'en trouver une non "corrigée" par quelques traits d'encre noire, ici pour amincir le cou, là rectifier la courbe des épaules, ces photos retouchées pouvaient être adressées à des journaux pour illustrer quelque article sur une exposition, ou une manifestation. Des coupures furent adressées à ses correspondants avec ses voeux en particulier en décembre 1967, année qui lui donna surement le plus grand bonheur.

 

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 13:32

Cette note de Mariette Lydis,  tapuscrit avec corrections daté Décembre 1950.

 

Avec quels problèmes est-on des fois confrontée !!

 

Je vis de mon travail. Je vis de mon travail confortablement. Je travaille le maximum de ce que l'on peut travailler. Je fais quand même attention: un jour ces mains, ces yeux pourraient faire grève, cesser le travail, qui sait?

 

Ceci est la préface pour une petite histoire.

L'autre jour je passe les dessins faits à Santiago (*1) et je trouve le dessin d'un petit garçon que j'ai beaucoup aimé pendant le travail et qui a une mère pour laquelle j'ai eu beaucoup d'affection.

- Tiens, je vais lui en faire cadeau du dessin avant de partir. Et j'en suis toute heureuse.

Une demie heure après arrive mon représentant (*2) et me dit entre autres choses:

-Mme X (cette amie à laquelle je voulais faire le cadeau) voudrait acheter le dessin de son petit garçon et en demande le prix.

 

. Je suis perplexe, je suis tiraillée, je suis pleine d'indécisions multiples; ma conscience me dérange, je suis plongée dans une profonde méditation ...

 

Et puis je nomme un chiffre.

__________________

 

 

-1/ Santiago du Chili en 1946 chez Ramon Eyzaguirre où l'accompagnait son mari Govone, ou à la Librairia Francesa en 1950?

 

-2/ En 1950 probablement pas encore Raquel Abrisqueta, mais peut être Müller qui était son premier agent en Argentine pour les expositions depuis 1932 jusqu'en 1954.

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 13:47

Rare, de trouver ce travail de Paul Guadet, architecte ayant travaillé avec les frères Perret dont il fut le condisciple aux Beaux-Arts dans la classe de son père Julien Guadet.

IMG.jpgA Drouot jeudi 21 mars sera dispersée la collection de Jacques Lorcey(*1), consacrée aux arts du spectacle. Entre affiches de théâtre ou de film, caricatures de beaucoup d'artistes ou écrivains (*2), portraits et statues, j'y ai trouvé quelques livres de poésie et des manuscrits(*2) ou correspondances. Un beau catalogue avec quelques belles pièces et en particulier en lot 204 une aquarelle ayant servi pour le livre de Paul Guadet et Henri Prudent: Les salles de spectacle construites par Victor Louis à Bordeaux, au Palais Royal et à la place Louvois. Ce livre constitue le lot 205. Édition en 1903 à Paris, Librairie de la Construction Moderne, qui était l'éditeur de la revue de l'architecture. Cette belle aquarelle originale de 88x69 cm représentant la salle du Palais Royal en 1790, est estimée d'après le catalogue entre 25.000 à 30.000€.

Ce sera un test pour l'intérêt porté à l'architecture française du début du 20ème siècle et au talent de Paul Guadet (1873-1931).

 

 

  Notes:    Vente Ader "Théâtre et Arts du spectacle- Drouot Richelieu salle 9 jeudi 21 mars 2013. 

 

-1/ Jean Piat le présente: "Acteur formé à l'école de la Comédie Française", Alain Decaux écrit "J'ai applaudi le collectionneur", "Quel magnifique jardin d'âmes" s'exclame Francis Huster, et dans sa préface le collectionneur en une page explique le parcours de sa quète, et son espoir de transmission en de bonnes mains.

-2/ En particulier une série d'Henri de Montherlant et de certains de ses interprètes (lots de 390 à 412), une lettre d'Octave Mirbeau qui parle de la tournée Baret avec sa pièce scrupules, dont on trouve aussi le manuscrit. (lots 321 et 322). Tout au long des dessins souvent de Jan Mara et André Lebon.  

 

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