Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 10:32

de Victor Brombert[*1]  Les trains du souvenir:

 

Curieux de voir que le "Flaubert par lui-même" Num 4 de la collection microcosme au Seuil, en version 1951 est écrit par La Varende puis remplacé en 1971 par une nouvelle version écrite par Brombert, je me suis procuré les 2, je trouve aussi le Flaubert de Henri James, et tout celà à partir des réflexions de Georges Normandy dans la correspondance de Flaubert et Maupassant. Je reviendrai dans un autre topic sur la description des plages normandes dans cette correspondance.

 

Quand on cherche sur l'auteur de la nouvelle édition, il est déjà dommage de ne pas avoir un éditorial de l'éditeur pour expliquer la raison du changement. Ensuite La Varende était prestigieux et qui est Brombert?  Dans la présentation d' Amazon, professeur de littérature française en Université américaine, mais quand on voit son parcours, émigré de la Tchécoslovaquie autrichienne en France puis l'exode et émigré aux États Unis, engagé pour la libération de l'Europe il débarque à Omaha Beach, fait les Ardennes, et va jusqu'à Berlin, après sa démobilisation en 1946 il reprend ses études. Je ne pouvais passer à coté de la lecture du livre de ses mémoires. J'en extrais cette description qui me rappelle mon prof d'allemand en seconde, qui me faisait photographier les trains depuis l'amphithéâtre du lycée Colbert qui donnait sur les voies de la gare de l'est, récent rapatrié de Constantine où il avait tout abandonné dont le réseau de train de sa jeunesse, il était terriblement nostalgique et très ému à chaque passage de train. Comme j'avais attrapé le virus de la photographie et me promenais depuis mes 11 ans avec mon box, il avait trouvé l'aide idéal. J'ai récemment manipulé de vieux paquets de photos dont une série dont il fait partie. Je ne sais si c'est le voyage qui est à l'origine de l'émotion et du souvenir, ou le mode de transport, entre le train et la voiture, l'avion ou le bateau, les descriptions des parcours en calèche n'étaient pas moins émouvants. Mais il est vrai que mon souvenir de mon premier voyage seul à 12 ans pour rejoindre à Hanovre la famille de mon correspondant, est beaucoup plus fort que beaucoup d'autres escapades. La traversée nocturne de la Belgique, avec les lumières des passages à niveau, les gerbes d'étincelles lorsque nous longions les aciéries très animées, les conversations des employés aux arrêts en gare, tout est resté dans ma mémoire, avec des sensations que j'ai retrouvées lors de mes fréquents aller-retour lors de mon service en Foret-noire dix ans plus tard. manet-chemin-de-fer.jpg

 

"Bien des fois, j'ai cherché à pénétrer le secret du tableau de Manet intitulé "Le chemin de fer" où l'on voit une fillette debout, qui regarde les rails sous le pont de l'Europe à la sortie de la gare Saint-Lazare. Les barreaux de la grille qui séparent la fillette de ce qu'elle fixe du regard ne font qu'augmenter l'énigme du tableau.. Que voit cette petite fille, elle même vue de dos? A quoi songe-t-elle, pendant que la jeune femme assise, un chiot sur les genoux et un livre entre les mains, semble interroger le spectateur du regard? Ce que la fillette voit ou cherche à voir est en grande partie voilé par des nuages de fumée blanchâtre. Est-ce l'ensemble des rails, un poste d'aiguillage, une locomotive à oeil de cyclope? La petite fille désire-t-elle partir pour un grand voyage, rêve-t-elle d'une liberté indéfinie? Les barreaux à travers lesquels elle laisse couler son regard se prêteraient à un tel rêve d'évasion."

 

  /*1  Bombert  sur Wiki

 

 

 

 

Repost 0
Published by worlddream - dans Blogage
commenter cet article
4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 09:08

Dans les dernières chroniques du site Montherlant.be  une présentation d'un correspondant de Montherlant que je vous laisse découvrir: Patrick Barriot. 

 

 

 

http://www.montherlant.be/article_64_barriot.html

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by worlddream - dans Montherlant
commenter cet article
18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 19:28

rome-pauline-chateau.jpg 

Enfin trouvé la reproduction du tombeau de Pauline, que Montherlant voulait tant voir lors de sa visite de Rome avec Mathilde Pomès. ("A Rome avec Montherlant "1951 Ed. André Bonne).

 

http://mh.viviani.org/chat1/3pauline.html

 

On connait l'estime de Montherlant pour l'écriture de Chateaubriand :

 

" Les pensées de Pascal, les Mémoires de Saint-Simon et les Mémoires d’Outre-Tombe sont les trois ouvrages qui ont créé la prose française moderne.

Tous les trois sont des ouvrages posthumes. " Carnets XIX 30-44 p990 Essais Pléiade.

 

" Chateaubriand a écrit que la mémoire était une Muse. L’oubli lui aussi est une Muse, en ce qu’il nous permet d’écrire en toute bonne foi, comme venant de nous, d’excellentes phrases que nous avons chipées à nos confrères. » (idem carnets XX P 1001 mai à nov 1931)

 

" Le côté de moi qui ne croit à rien aime Chateaubriand. L’autre homme en moi est refroidi par son manque de sérieux. …. " (idem nov 1931 à avril 1932 P1031 et suite et note de 1960)

 

" Chateaubriand _ Comme phraseur, nous n’avons pas mieux dans la littérature française. Chateaubriand genuit Stendhal : il fallait le contraire(*1). On peut cependant aimer les deux, comme je fais. [… ] Énorme bonhomme, mais, pour un auteur grave, il me fait rire trop souvent. Dans ce rire cependant je ne cesse de le respecter. Et je ne partage pas la suffocation de X… qui semblait suffoqué que quelqu'un eût intitulé un article : Goethe et Chateaubriand. Pas de proportions ? Pas de la même classe ? Je demande à réfléchir, et je n’ai pas sursauté. "  (*4)

 

"" Le Français aura beau faire, il ne sera jamais qu'un courtisan, n’importe de qui, pourvu que ce soit un puissant du jour "" (CH OT IV 141)

" Il y a exactement la même pensée de Goethe, quelque part. …

" Même horreur, de Goethe et de Chateaubriand, pour Dante : il les épouvante. … " (idem carnet XXVIII oct 1934 à fev 1935 p1151 et suivantes)

 

Mathilde Pomès écrit dans son journal du voyage du 15 Octobre 1947 avec Montherlant,  au 4 Novembre(*2) :

 

"-...Allez à Saint-Louis (*3) tandis que je m'habille, je vous y rejoindrai.

Il préfère m'attendre. Saint-Louis est à deux pas. Il lit l'inscription et trouve l'image funéraire surprenante, suggestive d'érotisme.

- On voit trop que Chateaubriand a été l'amant de la morte.

- Et puis après? C'est de la suffisance, c'est entendu et une suffisance indiscrète. Mais qui nous prouve que ce n'est pas aussi de la piété?

Dans la rue il me cite les trois phrases les plus "atroces" de Chateaubriand, en particulier celle où celui-ci se flatte de pouvoir, à volonté, faire cracher le sang à sa femme. Et il est étonné que je ne m'en indigne pas davantage. Comme s'il n'était pas lui-même un homme de lettres et capable de l'écrire, pis encore, de faire ce que disent les mots! S'il ne sait pas que je tiens cette gent-là pour ce qu'il y a au monde de plus a-humain, c'est qu'il ne me connaît pas encore.

..."

 

 

   

 /* 1   Chateaubriand engendra Stendhal: il fallait le contraire.    merci à :  http://www.lillechatellenie.fr

 /* 2 P 79

 /* 3     Saint-Louis des Français

/* 4  Cette item dans les carnets date de 1934, faisait-il allusion à une page de Barrès, dans  "Amori et dolori, La Mort de Venise" paru en 1903? "Quelle opposition dans les deux domaines classique et romantique où s'enferment ces deux pélerins! Mais c'est moins par leurs doctrines que par leur élan que les hommes nous entraînent. Goethe qui voulait se former une conception sereine de l'univers, et Chateaubriand qui courait conquérir la gloire pour mériter à Grenade une jeune beauté, nous sortent l'un et l'autre des basses préoccupations. Avec Iphigénie en Tauride aussi bien qu'avec Les Martyrs, nous prenons en dégoût les asservissements de la vie..." (extrait).

 

 

Repost 0
Published by worlddream - dans Montherlant
commenter cet article
9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 09:31

Comme sur Wiki  cet article est une ébauche, première version, que je complèterai jusqu'à enlever cette mention. Version 28/12/2011. 

 

 

 Parmi son recueil de nouvelles paru en 1970, Le Treizième César [voir la lettre de HM à JS de janvier 1962 ] est la nouvelle dont Montherlant a choisi de donner le titre au volume.

Dans une publication dont on retrouve le texte en ligne, Christian Lançon, mentionne les signes avant coureur que l'on pouvait ressentir à la lecture de cet ouvrage, et mentionne l'importance du livre qui a en partie façonné la vie de Montherlant, jusqu'à sa mort: Quo Vadis.

J'avais parcouru ce livre trouvé dans les quelques livres de jeunesse de mon père, mais ce gros volume relié, d'aspect vieux n'avait pas davantage attiré mon attention, je voulais maintenant en savoir plus. quo 1900 revue blanche

 

La première question: quelle pouvait être la version lue par Montherlant, en consultant le livre (et le site) de H de Meeûs, dans la bio, j'avais quelques infos, difficile d'en savoir plus dans la Pléiade puisque le tréizième César est paru en 1970 donc après le volume des Essais, peu de chose dans l'Album, je ne suis pas allé voir le sans masque de Sipriot (j'appréhendais une nouvelle histoire sordide), donc j'ai questionné et c'est finalement Monsieur Pierrre Duroisin (*1)  qui m'a orienté, d'abord Montherlant précise qu'il a reçu ce livre de sa grand mère en 1904, le Quo Vadis de Sienkiewicz était traduit du polonais au français par  Kozakiewicz  et Janasz  et publié en 1900 à la Revue Blanche(*2) , une édition expurgée pour la jeunesse en 1901 aux éditions Lethielleux et  chez Flammarion une édition illustrée par Jan Styka à partir de 1901 puis en volume en 1904. 

 

 Une pièce de théatre en est produite par Coquelin Ainé dès 1901 au Théatre de la Porte Saint-Martin, Sienkiewicz reçut le prix Nobel en 1905. A partir de là, c'est une série de publications pour tous publics: Garnier, Hachette à la bibliothèque verte, Nelson en 1913, Ferenczi avec sa propre traduction reprise par Albin Michel,  d'autres traductions qui ont même fait l'objet d'analyses et de thèses, les éditions se succèdent encore actuellement: livre de poche, GF, etc.(*3)

 

quo vadis Théatre porte st martin 1901Quo Vadis ? a obtenu le plus grand succès, non seulement dans la patrie de l'auteur, en Pologne, mais encore dans tous les pays où ce roman a été traduit.

Mis à la scène à Paris, Quo Vadis ? obtiendra la même faveur que dans le livre. L'ouvrage garde toutes ses qualités tour à tour charmantes ou tragiques. Nous irons tous suivre les intrigues amoureuses entre Vinicius et Lygie; nous applaudirons l'intrépide Ursus; nous haîrons puis aimerons Chilon Chilonidès qui, de fourbe, devient martyr, et nous saluerons la superbe figure de l'apôtre Pierre.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'une oeuvre de Sienkiewicz est adaptée au théâtre. Le plus remarquable et le plus heureux des adaptateurs de Sienkiewicz est certainement le célèbre acteur anglais Barret(*4). Quo Vadis ? a été joué à Londres avec grand succès.

Plusieurs dramaturges polonais ont mis également à la scène les trois épisodes du célèbre roman national Par le fer et par le feu, aussi populaire dans les pays slaves que Quo Vadis ?

 

 

 

L'histoire? Je transcris ici "Le pitch" de la pièce tirée du roman par Emile Moreau, tel que paru dans le programme illustré par Maurice de Lambert. Partie musicale de Francis Thomé, Orchestre et choeurs sous la direction de M. Louis Laporte. Résumé par "Cinos":

 

  Il est difficile de suivre, dans un résumé, les multiples évènements qui se brodent autour de l'émouvant amour de Vinicius et Lygie.

Vinicius est un jeune tribun militaire, impétueux et sentimental; il a pour meilleur ami Pétrone, le fameux historiographe de la décadence romaine. Vinicius est enthousiaste, prompt à prendre des partis extrêmes; Pétrone est indulgent et sceptique. Pétrone ne croix pas aux dieux de l'Olympe, mais les respecte parce qu'ils sont amis des arts et de la volupté.

Vinicius s'est épris de Lygie, jeune princesse lygienne qui, faite jadis prisonnière avec son peuple, a été adoptée par l'austère Aulus Plautius. L'amour de Vinicius pour Lygie est d'abord tout païen: pour le tribun, Lygie n'est qu'une jolie femme désirable, - et il la désire de toutes ses forces.

Un jour Vinicius et Pétrone vont chez Aulus Plautius et le jeune homme peut approcher à nouveau Lygie pour lui faire entendre qu'il l'aime. Mais il ne le saura que plus tard, Lygie est chrétienne comme l'épouse de Plautius, Pomponia. Et la religion de Lygie interdit à celle-ci d'écouter les propos empreints de libertinage païen de l'ami de Pétrone.

Que va faire Vinicius? Pétrone, qui se soucie assez peu de la liberté et de l'honneur d'une femme, demande à Néron, qui n'a rien à refuser au poète et au courtisan, accède.

....

....

 

 

Si la grand-mère de Montherlant proposa cette lecture à son petit-fils, c'est aussi à la lecture des recommandations qu'elle pouvait lire dans sa presse: "recommandée par M. de Marolles, le très autorisé président de la corporation des publicistes chrétiens. Elle était depuis longtemps réclamée et attendue. Le succès de Quo Vadis vient de ce qu'on y a vu une magnifique apologie du christianisme."  (Edmond Biré dans le Correspondant).

"Qu'il l'ait cherché ou non, son beau roman aura été pour beaucoup de coeurs le plus persuasif sermon du siècle."  A Baudrillat dans Univers).

 

Le fait est clair que La Revue Blanche, nettement marquée anticléricale et dreyfusarde, voir anarchiste, a fait ôter par Janasz les paragraphes de réflexion chrétienne et du conflit avec le peuple juif, présents dans l'original polonais. La version expurgée même "recommandée" de Lethielleux n'a pas le caractère d'origine qui aurait pu considérablement changer la vision qu'en ressentit Montherlant. (*6).

Si on relie celà à la référence que fait Montherlant de sa lecture de Grandeur et Décadence de Rome édité à partir de 1906 en France en traduction (plutôt mauvaise d'après NRF) de l'historien italien G. Ferrero, lui même fortement contesté pour une  interprétation très personnelle et originale de ces temps, il serait possible de dire que toute l'oeuvre et la vie de Montherlant ont été construites sur des sources faussées.  

 

EDITIONS DE LA REVUE BLANCHE, PARIS 1900. Format in-8°, livre relié 645 pp.,  Traduction de B. Kozakiewicz et J.-L. de Janasz.

 Quo vadis ? est un roman historique de Henryk Sienkiewicz, publié en feuilleton dans la Gazeta Polska à partir de mars 1895, et traduit pour la première fois en France dans la Revue blanche. Quo vadis ? dépeint les persécutions que les chrétiens ont subies sous Néron au Ier siècle en racontant l'histoire des amours d'un patricien, Marcus Vinicius, et d'une jeune femme chrétienne, Lygie, surnommée Callina. Le titre évoque la question qu'aurait posée saint Pierre fuyant Rome et rencontrant Jésus-Christ portant sa croix : « Quo vadis, Domine ? » (« Où vas-tu, Seigneur ? »). Sienkiewicz transpose en fait l'oppression russe sur la Pologne alors divisée, le tsar représenté par Néron voulant convertir les catholiques uniates à l'orthodoxie. Sienkiewicz, lors de ses séjours en Italie, se réunissait en effet avec des résistants polonais à Rome dans une chapelle sur la via Appia, lieu où aurait été prononcé le Quo vadis. Quo vadis ? vaudra à Sienkiewicz de recevoir en 1905 le prix Nobel de littérature . Les sources littéraires du roman se retrouvent dans les actes de Pierre et Acté d'Alexandre Dumas, roman historique sur la concubine de Néron.(*5)

 

Editions Lethielleux. 1901 Nouvelle édition expurgée à l'usage de la jeunesse. Traduction de B. Kozakiewicz et J.-L. de Janasz. Broché. 617 pages.

 

Les Ed. catholiques P. Lethielleux, ont publié en 1901, une étude de Orazio Marucchi pour accompagner sa version "expurgée pour la jeunesse". Cette "sorte d'introduction populaire qui puisse faciliter à la généralité des lecteurs l'intelligence du milieu dans lequel se développe le récit."

 

Aussi Chez Garnier en 1905; bibliothèque verte, Nelson, ...Voir l'album ------>

 

 

 

 Commentaires sur le film version 2001 et le roman ...

 

 

 

  /*1    Pierre Duroisin     Montherlant et l'antiquité Liège 1987 

 

 /*2  Présentation du livre par Janasz l'un des traducteurs dans le numéro 166 de "La Revue Blanche" 1900 qui publiait un extrait.

 

La revue Blanche des frères Natanson    dont le secrétaire était Félix Fénéon  responsable également de la maison d'édition, jusqu'à son transfert en 1903 à Eugène Fasquelle (devenu éditions Charpentier et Fasquelle en 1905).

 

Le livre de Bourrelier sur la revue Blanche 2007

 

 

 /*3  Une étude de Maryline Vogel sur Quo Vadis ? est indispensable pour une synthèse actualisée (2003) sur le sujet.  

 

 

/*4 Wilson Barret

 

 

 /*5  Cette origine des sources proférée par Brunetière est contestée par Daniel Beauvois (poche 1983) en particulier en citant H. Sienkiewicz qui affirme n'avoir lu ni les Martyrs de Chateaubriand  ni Acté de Dumas mais ne nie pas l'Antéchrist de Renan.

 

/*6 L'étude de Marja Kosko "La fortune de Quo Vadis ? de sienkiewicz en France" a la particularité d'être effectuée assez tôt (1934) pour avoir pu contacter une partie des acteurs de l'édition (Félix Fénéon par exemple) et par une étudiante polonaise, qui a comparé ligne à ligne les différentes traductions et l'original.

Repost 0
Published by worlddream - dans Montherlant
commenter cet article
3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 17:09

La lettre de Montherlant à Banine, publiée dans le chapitre Banine de Montherlant.be, figurait parmi les correspondances de Banine de l'année 1952, en réponse à ses réflexions (lettre du 21 juillet 1952)  sur l'article "Pantin-parisien" publié par Montherlant dans le numéro 53 de La Table Ronde de Mars 1952 (*1). Cet article est étrange où il parle de la mort, du bonheur, "notre équilibre intérieur dépend, je pense,lui dit Banine, avant tout de nous même. Vous me répondrez qu'encore faut-il avoir de la volonté ..." 

 

Elle évoque également l'article de François Mauriac dans le même numéro "comme s'il voulait vous donner la réplique - parle de l'acte de volonté qu'exige la conquête de la foi. Il se peut qu'il ait raison" .

 

 En effet Montherlant prétextant une promenade dans les cimetières parisiens plutôt sinistre "Un Parisien qui veut finir à la fosse commune n'en trouve plus qu'aux cimetières "parisiens" (c'est à dire: réservés aux habitants de Paris) des communes banlieusardes de Bagneux, Pantin et Thiais. Plus une fosse commune dans Paris. "Hors du camp!" était la formule du Moyen Age contre les lépreux." y pousse une réflexion sur la fin de vie et la recherche du bonheur. "A partir d'un certain âge, une journée de bonheur éclatant (sous le signe amoureux, il va sans dire) appelle un lendemain de mélancolie, plus que la journée morne." ..."Ainsi votre réaction devant la pensée de votre mort peut varier du tout d'un jour à l'autre." ... "Quant à moi, je ne me décide pas sur ce qui est raisonnable pour une fin de vie." Il se réfère à Pascal, ... et débouche sur une pensée de vie éternelle dans la foi "Ce qui était chez moi vision de la vie sera renforcé par l'approche de mon éclatement individuel. ..."  et finalement "Le vieillard qui a une forte foi religieuse n'a qu'à attendre avec patience la fin de son intermède terrestre, ... ! Mais il faut une foi de roc: tout est perdu au moindre doute."

Dans l'article "Pages de Journal" Mauriac effectivement comme en écho à Montherlant évoque la mort "Mais il faut bien que l'approche de l'éternité comporte quelques privilèges."  appelle aussi Pascal à la rescousse,  et expose ce qui motivera la citation par Banine: "Comment peut on avoir la foi? J'hésite toujours à répondre ce que je crois vrai: qu'elle est affaire de volonté et qu'il faut commencer par vouloir croire."

 

 Puis de Yourcenar: "Je pense avec admiration et beaucoup d'envie à la femme la plus étonnante que je connaisse, à son équilibre intérieur qui semble bâti sur un soc inébranlable - à Marguerite Yourcenar. Vous avez lu sans doute son admirable Hadrien. Encore une rencontre qui ne m'a pas déçue. Cette femme est sympathique malgré des caractéristiques qui auraient pu la rendre odieuse. Elle a fait une très forte impression même à Jünger, ce qui est un tour de force."

 

Dans sa lettre du 24 Juillet Montherlant répondait férocement à la fois au courier de Banine et à l'article de Mauriac de LTR qu'il avait forcément lu: ""Ceux qui, toute leur vie, ont vécu avec une foi religieuse sont ou des esprits débiles, ou de bons esprits, mais avec un coin véreux: ce coin véreux où se loge "Dieu". Pour eux, il me semble qu'on peut avoir l'indulgence que mérite la faiblesse humaine." 

Montherlant semble faire peu de cas de Jünger:"Vous m'avez envoyé un livre de Jünger. Je vous ai répondu, il me semble, que je le lirais cet été, ce qui est toujours dans mes intentions." Quant au sujet principal de Banine, l'article dans le cimetière parisien, juste une allusion: "Merci pour ce que vous me dites de mes pages de la Table Ronde."

 

Banine dans sa réponse du 28 juillet insiste sur les 3 sujets qui lui tiennent à coeur:

1- JUNGER"Ma question ne concernait pas le Journal (*2) de J. mais un petit livre que j'avais déposé à la NRF. Vous m'aviez écrit que vous ne l'aviez pas reçu. J'ai réclamé, et on m'a assurée que vous le recevriez. Depuis ce temps, je ne sais plus rien. Mais - comme je l'ai déjà dit - ce livre n'a pas d'autre intérêt que bibliographique. J. l'avait fait imprimer en 200 ex. à l'intention de ses amis."

2-  La FOI "pour trouver un équilibre intérieur (et non par peur de la mort...)"  "Je n'aimerais pas vous fâcher, mais la certitude des athées me parait pour le moins aussi présomptueuse que celle des croyants. Personne en cette matière ne peut en fin de compte prouver quoi que ce soit. ... Et puis, se tromperaient ils même, il ne me déplairait pas de me trouver en compagnie de Tolstoï, de Bouddha ou de Goethe.   

3- Yourcenar  "En ce qui concerne Hadrien; ce livre n'a rien de commun avec les histoires dites romancées: c'est en quelque sorte la reconstruction d'une âme, faite avec une intelligence, une subtilité et un lyrisme qui mettent M.Y. au rang d'un grand écrivain. ... Je vous assure que vous auriez tord de ne pas le lire."

 

Cette lettre est dactylographiée mais en PS  manuscrit elle ajoute:

"Si je vous disais que M.Y. vous admire beaucoup, vous me diriez sans doute que cela vous est égal. Mais là encore vous auriez tord: l'admiration d'un écrivain comme elle n'est pas chose négligeable."

 

Bien admirativement à vous        Banine"

 

Dans une lettre du 30 décembre 1953, pour ses voeux et en remerciement de la réception du petit livre de "Spiriot" [sic] (*3) elle lui fait part de son admiration avec quelques réserves en le comparant à ses autres préférences: "... ce que j'aime le plus décidément en vous ... c'est votre attitude devant la vie, votre personnage. Que de résonnance il éveille en moi, ce qui m'étonne car enfin comment peut-on être attiré à la fois par Tolstoï et par Montherlant? aux antipodes l'un de l'autre. ...  Et si j'aime moins votre mépris pour l'humanité , je ne le comprends que trop, étant littéralement ravagée de mépris et m'en défendant en vain. ... "Il faut toujours combattre la tentation de mépriser" dit Jünger dernière manière. Je suis de raison avec lui, de coeur avec vous.: l'humanité est beaucoup plus méprisable qu'admirable. Mais là devrait intervenir  cette charité dont vous parlez aussi beaucoup"...(*4)

 

En marge cette annotation de Montherlant: "Connaître les hommes et ne pas les mépriser"

 

  /*1   Repris dans chapitre XVIII de Fichier Parisien.

  /*2  Tome 2 du Journal 1941-1945 chez Julliard, dont un extrait figure dans LTR 70 d'octobre 1953

  /*3 Montherlant par lui même Seuil , Pierre Sipriot première édition 1953

  /*4 Montherlant n'était pas en reste sur son admiration de Tolstoï , il écrivait dans ses carnets (années 60 de Garder tout en composant tout gallimard 2001) "Hommage à Tolstoï, Tolstoï est un des écrivains étrangers qui ont le plus compté pour moi. Bien plus que Dostoïevski. Je ne pense à lui qu'avec une admiration affectueuse, bien que sachant tout ce qu'on peut lui reprocher. J'insiste sur ce mot "affectueuse". ...  "C'est donc non seulement comme écrivain, mais comme homme, que j'ai une gratitude véritable pour Tolstoï."

 

 

Repost 0
Published by Dreamer - dans Montherlant
commenter cet article
25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 17:39

C'est sous le nom de Hyacinthe Azaïs que Julien Guadet, professeur de Mathématiques au lycée Hoche de Versailles s'était engagé dans le réseau de résistance "Ceux de la Libération".

 

Lors de l'inauguration le 18 septembre 2010, d'un pont en mémoire de Pierre Delahaye  à Fontaine-Fourches moulin de Tasuble,  en Seine et Marne, le maire Monsieur Xavier Lamotte (*1) a donné la parole à Madame le Maire(*1) de Soignoles-en-Brie Madame Annie Lavot , fille de l'instituteur et résistant Monsieur Tétrot. http://www.fontaine-fourches.com/627.Histoire.annexe.3.2.famille.Delahaye.discours.html Celle ci dans son discours explique que depuis un terrain d'atterrissage nommé "Abeille"  le 24 Octobre 1943 s'envolaient 3 hommes pour Londres. Parmi ces derniers, le délégué du mouvement« Ceux de la Libération » à l’Assemblée Consultative d’Alger, M. Julien Gadet, alias "Yacinthe" Azaïs, qui a été caché une dizaine de jours chez M. Tétrot. […] (extrait allocution de Mr Christian Triché, maire de La Louptière-Thénard). Dans le convoi ferroviaire du 27 avril 1944 qui conduisait 1.700 hommes de Compiègne à Auschwitz-Birkenau, il y avait avec Pierre Delahaye, un homme dont le nom est Robert Desnos. (extrait allocution de Mr Balas). Voir l'association des tatoués ici http://27avril44.org/transport.html

 

C'est ensuite à Alger où siégeât Hyacinthe Azaïs dès le 3 Novembre 1943, dans la commission de la jeunesse et de l'éducation, comme délégué dans l'Assemblée Consultative Provisoire du 5 Novembre 43 au 27 Juillet 1944. 

Par le témoignage [*2] d'un ancien élève de 1941 à 1950 contacté par l'amicale des anciens du lycée Hoche, j'ai appris qu'il avait repris ses cours à Versailles en 1946, il est entre autres l'auteur d'une table de logarithmes diffusée par Vuibert.

Les tables ici edition Librairie Vuibert 1931 - imprimerie Paul Brodard à Coulommiers 6911-8-1931. Elle furent présentées et l'auteur félicité en séance de l'Institut en 1931.

guadet-julien-logarithmes.jpg

 

*1/ Maire jusqu'aux élections de mars 2014

 

*2/  message de Michel R.

 

J'ai été au Lycée Hoche de nov 1941 à juin 1950 mais c'est seulement pendant l'année scolaire 47/48 que j'ai eu monsieur Guadet comme professeur de mathématiques. Il me semble qu'il s'appelait Jules mais je n'en suis pas sur car, à cette époque, les relations professeurs - élèves étaient très distantes et donc, nous ne connaissions en général pas les prénoms des professeurs, et eux mêmes devaient consulter leurs fiches pour connaitre nos prénoms qu'ils n'utilisaient pas !

 

J'ai assez peu de souvenirs donc; A cette époque Guadet me paraissait un vieil homme mais j'avais 15/16 ans et je pense maintenant qu'il ne devait pas être aussi vieux que nous le pensions: son vêtement ( longue redingote noire toujours tachée par la craie) ses cheveux et sa barbichette (à la Napoléon III) poivre et sel n'étaient pas fait pour lui donner une apparence de jeunesse, mais cependant je me souviens qu'il était très grand, très mince et d'autant plus qu'il se tenait très droit et avait une démarche très rapide. Je le revois monter les escaliers par 2 marches à la fois et bien sur ce n"était pas la démarche d'un vieil homme !

Il était très connu de tous les élèves, même de ceux qui n'avaient pas eu cours avec lui et si certains ne connaissaient pas son nom, ils connaissaient au moins son surnom QQ', un sigle que nous inscrivions très souvent sur le tableau .... avant qu'il n'entre dans la classe !

 

...   je peux vous assurer que la plupart des élèves de seconde .. . et après, possédaient dans leur sac la fameuse table ; Ce n'était pas un livre comme celui de Bouvart et Ratinet mais un simple bristol plié en 2 ( ou 3 ??) de couleur marron clair , facile à transporter du fait de ses dimensions et, si ma mémoire est encore bonne, autorisé aux examens !

 

 

Repost 0
Published by worlddream - dans Guadet
commenter cet article
23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 09:38

A la suite de ma visite à la Bibliothèque MD, j'ai eu la curiosité de connaître l'origine de ce centre de documentation.

 

La biographie récente de Madame Coquart est une étude agréable à lire, particulièrement claire et précise et qui fait passer à travers la vie fantastique de cette femme, un message de la perséverance féminine mais pacifiste.

 

La fin du 19eme siècle,  la troisième République, le boulangisme et la revanche, l'affaire Dreyfus , Zola, vécu de l'intérieur, par les gens de presse et de justice, qui face aux militaires pesaient sur la politique, c'est un panorama issu d'une étude des carnets de Marguerite Durand et des articles de presse. Permet aussi une appréciation de l'édition et de la presse dans cette période (droit, financement, liens politiques, ...)

 

La frondeuse : Marguerite Durand, patronne de presse et féministe,  PAYOT 2010

 

http://www.amazon.fr/frondeuse-Marguerite-Durand-patronne-f%C3%A9ministe/dp/2228905003/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1319374361&sr=8-1

 

Repost 0
Published by worlddream - dans Blogage
commenter cet article
27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 06:53

Entrer à l'asile est dorénavant comme aller à une villégiature pour retrouver des amies où toutes les clientes sont en plus sont des modèles. Toutes ces figures déformées, ou inertes, d'une laideur si inhumaine à première vue sont devenus des visages à réaction sûre. Un bonjour, un sourire, transforme ce tas sale et dépossédé en un être humain. Qué tal Leonor, qué tal Mechita, qué tal Señora et une joie éclate dans cette existence terne, désespérée qui éveille en même temps une si grande compassion en moi, beaucoup de réflexion, une chaude affection. Les salles hautes de plafond sont propres aujourd'hui car c'est une journée de visites. Je songe beaucoup à toutes ces familles de ces 800 femmes parquées ici qu'on a débarrassées de ce qui leur pesait comme une dépense, un fardeau, une honte. Je m'avance, l'odeur fétide est un peu diminuée par la propreté hebdomadaire et la fraîcheur de l'automne. Sur des chaises sont assises des toutes vieilles, toutes sales. Elles sont affaissées, quelques unes bavardent toute seules, la plupart sont muettes, le regard vague. Elles ne s'aperçoivent pas de la visite inaccoutumée, c'est rare qu'elles donnent un signe de curiosité. La vie est retranchée pour elles à un tel point que rien ne les réveille de leur néant, de leur obsession, de leur souvenir, de leur hallucination. Quelles variations infinies y a t-il entre les fous plus qu'entre les gens soi-disant normaux, soumis tous à des règles uniformes, à des conventions apprises, à des manières générales. Ne pas choquer, ne pas susciter des critiques, sont les lois des personnes normales. Chez les folles aucune limite n'existe: ni honte, ni timidité, ni médisance, rien ne les arrête! La ligne est imperceptible entre le possible, l'admis, le raisonnable est aboli. Tout est admis, tout est accepté, ou mieux encore, peut être, rien n'est écouté. C’est comme si un de nous, ceux de l'autre coté criait dans la jungle, dans le vent ou sur les vagues leurs pensées les plus absurdes, les rêveries les plus secrètes, les plus brûlantes. les plus obscènes fantaisies sexuelles. Les arbres, le vent, les vagues sont aussi insensibles, aussi complaisantes que ces infirmières, aussi sourdes, aussi muettes que si elles parlaient une autre langue. Cette haute chambre est occupée par des vieilles dames sur des chaises, les trois mourantes dans leur lit et Mechita. Les mourantes se reconnaissent par le fait d'être recouverte d'un tulle, comme si les mouches avaient ici l'interdiction de circuler. Do not disturbCar sur les autres elles ont tous les droits les plus étendus. Aussi grouillent-elles dans cette journée d'automne presque froide, sur ces draps sales, sur ces mains pâles, sur ces figures qui se livrent à elles, ne se défendent plus. Sur une des chaises est assise Mercedes, qu'on appelle Mechita, une jeune fille au pâle visage, aux longues mains, joliment coiffée, en robe bleue, je m'approche d'elle - un sourire d'ange se répand sur sa figure, un sourire enfantin et charmant. Elle a l'air d'une voyageuse de première classe déchue en troisième sans s'en apercevoir. Como esta? Muy bien, Señora y usted? Es mucho tiempo que esta aca? Yo no sé, dit elle. Elle réfléchit et elle questionne en regardant l'infirmière. Un año? Elle semble une de ces petites saintes dociles, d'une si grande innocence prête à tout ce qui leur est demandé ou d'un animal confiant et faible. Elle est diaphane, elle est d'une si grande faiblesse que lorsque l'infirmière lui demande de se lever elle obéit - essaye de dresser, mais ses longues jambes minces fléchissent et doucement elle s'effondre par terre en souriant et en se tenant par les deux mains aux mains de l'infirmière. Elle rassemble ses forces et arrive à se tenir debout, haute et mince, pareille à une de ces jeunes filles visionnaires. Je m'imagine voir sur ses pâles mains les stigmates, et je pense avec effroi de la voir, à table, à coté de ces de ces folles déguenillées et puantes, de penser aux nuits innombrables, innommables. Je pense à sa famille, comment ont-ils pu se débarrasser de cette jeune fille. Si elle déraisonnait, peut être sa présence dans la maison de ses frères et sœurs trouvaient des difficultés à se marier. Il fallait dissimuler devant les voisins la présence de la démente de laquelle il fallait à tout prix se défaire comme d'une chaise défoncée, d'un meuble qui ne servait plus, pire: d'une charge, d'une bouche en plus, d'une dépense sans retour - jamais elle ne rapporterait rien. Ici elle est une des meilleures - peut-être (j'aime à ma figurer) est elle plus heureuse ici qu'elle ne l'était là-bas. Un vent froid déplace les saletés sans déranger les mouches dans les vastes cours parmi les groupes de femmes incolores, et immobiles, voici que s'approche El Toro, cette folle née à l'asile qui parait 60 ans et qui en a 24, sa tête congestionnée et violacée aux yeux minuscule repose sur un corps difforme et incompréhensible. Sa tête semble posée à l'envers comme ces têtes au cou en carton posées sur des bonbonnières anciennes. Elle ne parle pas, dans ses cheveux crasseux elle tient nattés des os. De temps à autre elle beugle avec une force si grande que sa figure en reste violette en permanence. Une des portes de la vaste cour est en permanence surveillée par elle. Dès qu'elle la découvre ouverte, elle court à toute vitesse et la referme avec fracas, chose qui se répète 100 fois par jour à la grande joie des autres malades. Pourtant, même cet être est aimé par un autre. Une autre vieille, une millénaire, toute ratatinée, Agrippina, l'aime comme une fille, l'embrasse, la peigne à sa manière, l'appelle "mi nena". El Toro ne reconnaît personne, elle existe comme une pierre, comme un taureau dont elle porte le nom. Éloignée du monde et des êtres, aliénée au vrai sens du mot. Car le mot "folle" dans cette ambiance prend un sens multiforme. C'est le seul mot que je n'aurais jamais cru pouvoir entendre dans cette ambiance, mais il est prononcé continuellement. Combien de fois j'entends l'infirmière réprimander une malade intraitable en lui disant, si tu ne fais pas cela je croirai que tu es folle ou une malade jeter le mot fatal à une autre. Ce qui me fait penser à cette maison de rendez-vous dont me parlait G. où la sous-maîtresse, lorsque les filles étaient trop bruyantes, tapait dans ses mains en leur criant: mes demoiselles, mes demoiselles, tenez-vous correctement, vous n'êtes pas ici dans un bordel...

C'est parler corde dans la maison d'un pendu.

  

  

Alfonsa a de grands yeux reconnaissants pour lui avoir permis de rendre des services, de traverser avec moi et l'infirmière toutes les salles et être ainsi transportées vis-à-vis des autres malades sur un autre plan, un plan supérieur, puisqu'elle a sur elles comme des décorations visibles et pesantes, pliants, sac de travail et appareil photographique m'appartenant. Ainsi aura-t-elle à l'avenir le prestige d'avoir été élue et distinguée, la pauvre Alfonsaen noir, qui, la première fois que je la vis se débattait sur un lit d'hôpital, la figure bleuâtre, en convulsion, retenue par 3 infirmières dans une de ses crises épileptiques. La tête était renversée, on ne voyait que le blanc des yeux, de sa bouches sortaient des râles. Lorsque les 3 infirmières eurent enfin terminé la lutte pour la retenir elle était exténuée d'une extrême faiblesse.Elle pouvait à peine marcher. Aujourd'hui tout celà semble oublié, elle est mentalement saine, d'une grande politesse, fraternelle et bonne pour les plus misérables qu'elle. Je voyais sa joie lorsque de temps à autre me retournant pour voir qui était derrière moi pour me regarder dessiner et en la voyant j'étais tranquille, tandis que d'autres m'effrayaient ou me dérangeaient. à me protéger de la curiosité des autres malades qui se réunissaient autour de moi pour me regarder dessiner. J'ai toujours un grand public admiratif: que lindo, que ricco, qué mano tiene para dibujar! Arrivé en bas de mon dessin, aux pauvres souliers, une spectatrice s'écrie que c'est ceux-ci qui sont le plus ressemblant. Les modèles eux-mêmes sont, comme les normaux, presque toujours un peu froissés, mécontents, trouvent que leur portrait est peu ressemblant, mais que le portrait de l'autre est identique... Dans la salle des excitées il y a une ancienne maîtresse d'école dans sa camisole de force. Elle parle beaucoup, elle dit pour me recevoir qu'il y a déjà assez de folles dans l'asile qu'il n'y a aucun besoin de nous y ajouter, elle continue sur la politique, elle dit qu'elle est militaire, elle a des yeux mauvais et étincelants dans une figure blême, son chaleco (camisole de force) est dénoué, ce qui lui fait des mains comme des avirons chiffonnés prolongés par des bandes que traînent par terre. Elle parle sans cesse, se met en colère, se tranquillise, change de sujet en regardant ailleurs, reprend le thème de la politique, prononce un mot qui déclenche en elle une fureur subite et terrifiante. Elle se met debout, hurle, ses yeux sont effroyables, des yeux de serpent. Julia ne s'effraye pas, la fait reculer, se rasseoir. Il commence à faire sombre, à faire froid. Il y a à présent à coté de moi, cette jolie jeune femme d'abord si insolente qui a pris confiance et qui raconte gaiement de son mari auquel elle a fendu le crâne et de sa nona de 6 ans - je l'imagine dans sa vie antérieure, sa vie à laquelle elle retournera peut-être, bien habillée, froide, câline, indomptable, sensuelle. Je demande à l'infirmière de voir ma vieille connaissance, celle que je vis le premier soir, alors que l'été battait son plein, qu'il faisait une chaleur tropicale, humide, torride et qu'une nouvelle lune mince et renversée était couchée dans un ciel bleu foncé. Dans la salle 10, celle du fond, derrière un soupirail, il y avait une figure pointue de tuberculeuse aux immenses yeux cernés, au nez pointu et aux joues creuses. Elle était en chemise, elle regardait ce ciel d'été et elle chantait à tue-tête d'une belle et forte voix. Une autre fois une conversation s'était engagée, amicale et sans façon, mais un peu plus tard elle était devenue bruyante, grossière et obscène. J'avais demandé à l'infirmière de l'éloigner et ceci avait fait monter en elle une rage fascinante à observer, comme de voir monter le liquide d'un thermomètre. A vue d'œil son nez devenu plus pointu et toute  sa personne plus maigre, elle avait commencé par vociférer pourquoi je ne lui avait pas demandé de partir à elle, directement où elle avait raison, pour ensuite s'attaquer à l'infirmière. Je voyais qu'

au début dans une de ses furies, elle devait certainement frapper, jeter des objets, essayer d'assommer son adversaire. Cette envie lui avait été enlevée, mais rien ne limite son langage sans contrainte et elle lui donnait libre cours. L'infirmière habituée à tout la laisse dire, ne se fâche pas et obtient d'elle qu'elle s'éloigne sans employer de la force. Je lui fis visite aujourd'hui. Elle dormait sous une couverture recouverte de mouches, mobiles et immobiles, mais dès que l'on l'appelât, elle se réveilla, semblait contente de me voir, sautait sur ses pieds, demanda: quiere aver el mi nuevo sombrero? Oui, j'étais très désireuse de voir son nouveau chapeau, et, soulevant son mince et sale matelas, elle en tire un vrai et authentique bonnet phrygien rouge, qu'elle se pose sur la tête, l'arrange bien, se met un manteau vert et nous suit dans la cour. Non, non, pourquoi - comme une dame qui fait mille façons - me fatiguer pour la dessiner? Mais plus tard quand je reviens le lui demander elle accepte. Elle s'assied sur une chaise en face et très près de moi, le plus je me rapproche de mon modèle, le plus il me semble le posséder. Un de ses immenses yeux dans lesquels nageaient les pupilles noir était contusionné par une lutte, une chute, un coup de poing d'une infirmière? - Son nez très pointu, avec au bout ce petit plateau carré - une grande bouche garnie d'assez belles dents, des joues creuses tout en plans et perché sur sa tête ce bonnet de la liberté - Tout de suite, assise, elle commence à parler - bien parler, d'un grand intérêt, d'un niveau tout à fait inattendu. Je sais que ce débit est pour impressionner et qu'elle sait faire de l'effet, mais je défie la plupart des gens, intelligents et cultivés à pouvoir déclamer ainsi sans y être préparés pendant une demi-heure. Voici son monologue. Elle se saisit et un peu farouche et déclamatoire, elle dit:

 

Monologue de Maria del Germond:



J'ai eu un père qui était tout pour moi - el mejor del mundo - il était pour moi mon père, mon frère, mon ami, mon camarade, mon guide, tout. Je ne suis pas née de deux personnes mais d'une, car mon père était ma mère et ma mère était mon père et tout ce que je suis je l'ai acquis de cette personne unique qui était mon père et ma mère. Mon père était un animal, il était un chat, ma mère était la lumière. Car elle était une vivante morte, une morte vivante. Encore aujourd'hui je vis entièrement avec elle. - Passe la Hermana. - C'est elle ma mère depuis que moi-même je suis morte (peut être à interpréter depuis qu'elle est à l'asyle). Elle est la mère de l'ombre, l'autre, la vraie était la mère de la lumière. Elle n'est pas devenue religieuse parce qu’elle avait commis des fautes ou parce qu'elle voulait échapper à des tentations ou à des vices, c'est parce qu'elle me cherchait moi - son enfant. Il y a aussi, mon frère que j'ai beaucoup aimé, qui était plus pour moi que mon père, il est mort à 24 ans, j'en avais à ce moment 22 (réflexion) non, 21 ans!

Tous nous sommes pareils, ceux qui ont de l'intelligence, ceux qui n'en ont pas, les pauvres, les riches, les bons, les mauvais, les mal habillés, les bien habillés - tous nous sommes égaux.

Je dis cela et bien d'autres choses parce que je suis entièrement libre. Je ne suis pas enfermée et je n'ai besoin de rien, j'ai tout ce qu'il me faut, je fais ce qui me plait, je suis toute puissante, je suis libre.

Pendant que vous faites mon portrait, je fais le votre. Je regarde en vous comme vous regardez en moi.

 

Quelle que chose d’étonnant que même dans un asile d’aliénées, chaque femme y emporte son atmosphère, son climat  de ce bien-être relatif, d’irritabilité ou de dispute pour un rien. Combien peut-on ici faire d’études sur le rythme, la technique de la dispute. Celle qui par une parole formulée par elle-même comme un auto vaccin se met en colère, en profère des autres qui augmentent cette furie qui va en augmentant, ne peut plus être arrêtée comme une digue par laquelle les flots se précipitent dans un espace. Les eaux montent, grimpent, rien ne les arrête, elles débordent tumultueuses, démontent tout cet être. Ainsi l’arrivée de cette autre en natte, riante et brune sortie d’un tableau de Breughel. L’éclat de voix l’a attirée. La première est en train de vociférer contre les étrangers, la politique, l’injustice. Les yeux de serpent deviennent en acier, un point d’acier avec sa lumière dans une fente. Elle gesticule avec ses mains encapuchonnées, elle est menaçante, on sent ses poings qui savent taper dans leur gaine. L’autre s’approche, discute d’autre chose et ce n’est que le ton agressif qui fait éclater la dispute entre elles. C’est le ton, c’est l’intention d’être blessant qui blesse, qui incendie, qui fait éclater les colères, les furies. Vite commencé et vite éteint. Détourner son regard suffit à détourner son esprit. Un peu plus loin se trouve une autre qui semble un jeune indien très brun aux grands yeux noirs trop rapprochés en camisole de force aussi. Je commence à la dessiner et je vois avec étonnement qu’elle me prête son visage sans difficulté, et sans bouger ses yeux fixés sur les miens, son regard ne divulgue rien, mystérieux comme tout de ces êtres dont les mobiles et les conséquences sont incalculables, imprévisibles. Il s’établit cependant quelques minutes plus tard un lien, un contact débile entre nous ; Elle ouvre la bouche et en découvrant de grandes et belles dents blanches, tout en souriant, elle émet des sons. Ha, he, hi, ho – ho hi ha ho – je ne puis m’empêcher à l’imiter et ainsi nous vocalisons ensemble.

 

Dans la steppe appelée jardin, il y a une forme habillée de chiffons incolores en paquet sur un banc qui est appuyé contre un arbre. Cet arbre est fonctionnaire aussi. Grand garde malade impassible et invincible : la folle en camisole de force est attachée à cet arbre par deux fortes bandes – elle a la figure grossière d’une prostituée slave et en lui adressant la parole je découvre qu’elle ne parle pas la langue du pays, qu’elle est donc doublement aliénée : pas seulement mentalement, mais aussi par l’idiome. Peut-on bien être plus seule, plus séparé du monde ? C’est comme ce symbole de la solitude auquel j’ai souvent pensé : un cheval. Il est attelé, il tire, il travaille, il rentre au logis. (je parle ici d’un cheval européen), il est attelé, il tire, il travaille, il rentre au logis. Jamais il ne parle de ses affaires chevalines avec aucun de ses compatriotes – il ne fait que les voir de loin quelques fois pendant son travail. C’est cela la vraie, la grande solitude, la terrible aliénation.

.--------

.

On comprend à cette lecture, les sentiments et les obsessions qui n'ont jamais quittés Mariette Lydis. Souvent expansive dans ses discours, elle a aussi toujours été discrète sur sa situation personnelle. Ainsi les photos rangées dans ses albums étaient-elles corrigées, par quelques traits d'encre de chine pour amincir le cou, ou un peu de gouache blanche pour améliorer un bras dans un souvenir de son 80ème anniversaire. Elle explique avoir été mariée 2 fois, mais elle à changé trois fois de nom! Pour l'exposition de New York en 1936 comme dans le Crapouillot en 1951, elle a donné de fausses dates de naissance, d'où cette incertitude 1887, 1890, 1893? son certificat de décès seul nous confirme 1887. Mais ici cette phrase où elle réfléchit sur la famille, les frères et les sœurs... que l'on peut rapprocher de son texte dans sa monographie de 1945 (p 15): "Je me demande si mon intérêt, mon inclination pour tout ce qui est infirme ou malade d'esprit ne vient pas de deux impressions que j'ai reçues, toute petite, l'une d'un être qui a eu une grande influence sur ma formation spirituelle, que j'aimais tendrement et douloureusement. Elle avait un défaut physique qui transforme une existence. (*1) ... L'autre impression, d'une toute autre nature, était celle d'un frère, beaucoup plus agé que moi, arriéré et difforme. Le souvenir que je garde de lui me remplit encore d'anxiété. Il m'effrayait par son aspect, on le tenait séparé de moi. Je me souviens qu'il écrivait des poèmes enfantins, héroïques et religieux. Un peu plus tard mes parents décidèrent de l'éloigner, de l'interner et on évitait de parler de lui devant moi. Quelquefois, ma mère partait pour toute la journée. Elle ne disait pas où elle allait, mais je le savais très bien en voyant ses yeux tristes... J'ai travaillé dans beaucoup d'asiles d'aliénés, dans beaucoup de pays différents: à Monbello, près de Milan; en Grèce; à Fez, au Maroc; à Sainte Anne, à Paris. Je prenais des notes assise à côté d'un pauvre lit, luttant contre une odeur nauséabonde qu'on retrouve dans tous les asiles du monde. En général, mes modèles ne s'apercevaient pas de ma présence."

La confirmation du décès en 1932 de son frère interné, ne lui viendra qu'en 1968, par une lettre d'une parente restée en Autriche.

*  Probablement sa soeur Edith Ronsperger.

 

 

Repost 0
Published by worlddream - dans Mariette Lydis
commenter cet article
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 08:57

C'est une aventure étrange et un grand hasard, qui m'a fait rencontrer Henri de Meeûs.

 

Mon épouse circulant en voiture dans la campagne seine-et-marnaise, le son de sa radio s'est échappé, elle a cherché la station audible, et après quelques instants musicaux, entendu une annonce au sujet d'un colloque Montherlant en Belgique. Connaissant mon intéret depuis la lecture du livre "Les Garçons" pendant mon service militaire en 1969, pour cet auteur que j'ai depuis exploré, elle m'a parlé à son retour de cette information. Faute de date et de références, je me suis mis à la recherche sur l'écran de mon ordinateur, par une question sur alta-vista (je suis vraiment allergique à Google) j'ai instantanément eu la réponse par un programme et une adresse mail, comme la réunion était proche je sollicitais les moyens d'y assister, le Colloque était gratuit mais à l'inscription l'organisateur, le Comte De Meeûs me répondait que sauf désistements, l'assemblée était complète. Ma passion pour l'écriture de Montherlant, la documentation et les correspondances que j'avais collectionnées, m'avaient déjà poussé à rencontrer Saint-Robert qui figurait parmi les intervenants à cette journée, cela me donnait aussi une raison pour y assister. Enfin un nouveau message m'informait de la disponibilité de deux places, mon épouse et moi avons pu nous embarquer par le TGV pour une journée bruxelloise.

Malgré la vitesse du taxi, entre l'heure d'arrivée et le début de la conférence, il nous fut impossible d'entendre le discours d'accueil de l'ambassadeur de France.  Dans cette grande salle, où pas un fauteuil n'était libre, nous avons assisté aux conférences dans une pénombre impressionnante, aux lectures et représentations, aux débats. Au lunch de la pause de midi, j'ai pu faire dédicacer le livre de Philippe de St Robert que j'avais apporté, discuter avec un couple d'amateurs belges qui m'ont expliqué avoir été en retard, car de la banlieue de Bruxelles, ils avaient mis plus de temps pour venir que nous depuis la gare TGV de Marne la Vallée. J'ai glissé quelques mots de félicitations à Henri de Meeûs, et l'ai encouragé à publier les textes des intervenants, il m'a exposé que le financement seul pouvait être un problème, mais qu'il faisait effectivement tout pour y aboutir, les auteurs devant lui confier leurs essais.

 

montherlant_profil.jpgNous avons depuis établi quelques échanges, sur des trouvailles de documents, sur des réflexions à la sortie de tel ou tel ouvrage, mais surtout le site que Monsieur de Meeûs avait créé pour supporter le document d'inscription à cette fameuse journée, avec la détermination d'un Belge pour communiquer sur un auteur qui fit l'honneur de la France dans les années 60 par la diffusion de ses ouvrages dans les ambassades du monde entier, devenait un rassemblement d'informations et une mine à ciel ouvert, qui devenait incontournable. Nous avons reçu l'information de la disponibilité des actes du colloque de septembre 2007,j'ai dès réception de mes deux exemplaires, l'un pour la collection, l'autre pour les annotations et l'encouragement, apprécié la clarté de l'impression et reconnu dans sa présentation la simplicité et la fierté qu'entraîne la passion du comte de Meeûs.

 

J'ai toujours eu plaisir à communiquer des documents de mes recherches, des achats en vente ou chez les libraires, quand je trouve une lettre, il est rare qu'on ne trouve une explication par la consultation du site ou, par un échange de mails on partage nos impressions. Nous nous sommes évidemment revus lors des journées de la Sorbonne, dont il fut heureusement le premier à me faire connaître l'existence.

Son projet depuis quelques temps, (à mes sollicitations il me répondait quelquefois être très occupé par une mise en page délicate), surtout après la lecture de quelques ouvrages récents sur Montherlant plutôt décevants, était de rassembler les textes (et images) de son blog sur un support papier, car ce qui se manipule facilement sur l'écran, est plus "solide", matériellement représenté sur le papier.

 

J'ai donc un grand plaisir à communiquer qu'aujourd'hui il est possible d'acquérir l'un des rares exemplaires, de cet opus de 450 pages, qui présente "enfin" le Montherlant que nous aimons, tel que l'on doit se représenter un auteur à  percevoir dans son oeuvre, parce que c'est la construction et non la façon de construire qui compte. Je partage en cela la vision de Monsieur de Meeûs, comme celle qu'en avaient Mariette Lydis et Montherlant sur leurs oeuvres.

Je m'aperçois que nous sommes le jour anniversaire de cette fameuse journée, où tout a commencé avec le symbole tant du site, que des ouvrages des actes et de ce "Pour Montherlant"  est toujours ce portrait qui figurait seul éclairé sur la scène à Bruxelles.

 

http://www.montherlant.be/images/photos/Souscription_Pour-Montherlant.pdf

 

 

Repost 0
Published by worlddream - dans Montherlant
commenter cet article
22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 14:41

Une note dactylographiée de Mariette, avec des corrections et ne se trouve pas dans un état définitif.

Ces réflexions sont habituelles dans les commentaires lors de ses conférences ou divers écrits. Mariette a publié une première série de dessins dans Criminelles en 1928 avec un texte de présentation de Mac Orlan d'après des études à Sainte Anne. Souvent ses expositions contenaient des gravures, ou peintures de personnages perturbés. Sa soeur Edith s'est suicidée en 1921 à Florence, son frère était interné, et en 1937 à l'exposition Colnaghi de New York ses folles ont fait l'objet d'une présentation par Marie Bonaparte. Ici sa description d'un asile (Asyle) en Argentine où elle s'était installée en 1940. 

 

L'ASYLE

 

 

Une sonnette d'hôpital où de couvent tinte, la garde malade ouvre la porte et regarde avec précaution, avec curiosité le nouvel arrivé. A peine entré dans cette cour plantée de rares arbres chétifs de quelques buissons poussiéreux on est dans un autre monde, terrible et pitoyable. On se sent captif, fasciné, écoeuré, plein de pitié, de peur, de dégoût. C'est cela la fascination de l'asile d'aliénés mélangé de beaucoup d'autres sensations. On est saisi au nez par des odeurs putrides, fades et fortes identiques dans les manicomios du monde entier. La même odeur nauséabonde partout, mais la quantité de mouches varie. Leur présence est invariable. Immédiatement apparaissent des femmes, grandes, petites, surtout vieilles, toutes décoiffées, la majorité d'une pâleur terreuse dans laquelle brûlent ou meurent des yeux.

 

J'avance avec une sensation de peur, mélange de compassion et de discrétion que les asyles éparpillés de par le monde où j'ai travaillé n'ont pas pu diminuer. La petit asyle près d'Athènes et celui au Maroc à Fez,(*1) où les fous sont attachés à des carcans à l'aide de grosses chaînes au plafond comme du bétail, une très ancienne institution à laquelle on ne peut rien changer parce que pour les arabes le fou est sacré. Jamais d'ailleurs je n'ai pu comprendre pourquoi cette vénération se manifeste d'une si singulière façon.

 

Des femmes passent, affairées comme celles de dehors, à quelque mystérieuse affaire. Le blanc sale des vêtements domine comme couleur. Ce qui frappe le plus c'est cette singulière différence d'attitudes, abandonnées. De l'autre coté du mur les humains s'efforcent par leur tenue, leur vêtement, leur mouvement de ne pas se singulariser. Ici tout est permis, la plus vaste fantaisie règne. Voici une dame avec sa petite valise. Toujours pressée, elle ne part jamais. Elle ne partira jamais que pour le grand voyage où une valise n'est plus de rigueur.Personne ne s'étonne de cette voyageuse. En somme si nous regardons bien en quoi consistent nos déplacements à nous? La voyageuse se croise avec une autre qui court, qui va et vient sur 20 mètres, en gesticulant en parlant fort, sans cesse, sans relâche. Le son de sa voix a le timbre d'une bouche appliquée à un arrosoir, d'une resonnance métallique et creuse. Elles passent, elles repassent sans cesse, beaucoup d'entre elles nu pieds et en haillons d'une allure moyenâgeuse. Elles se croisent, le regard lydis-1966.jpgabsent. Mais voici, grande et mince avec des lunettes sur sa noble figure, une soeur de charité. Superbe, juste, impassible, pure et sans émotion, sans passion, elle représente l'ambassadrice du bon Dieu. Chaque fois que je lui tends la main et qu'elle la serre, je me sens un peu honorée. La puanteur fade dans la salle immense du grand réfectoire semble la gare pour le chemin de fer de l'enfer. Elle est remplie en ce moment de femmes inimaginables, déguenillées, hagardes, perdues, tordues, penchées de tous cotés, asymétriques, désordonnées? A coté, dans la vaste cour on respire mieux. Voici la mince et brune aux cheveux bouclés. Les malades qui ont conservé les restes de leur permanente  ont l'air un peu moins folles que celles dont les mèches décoiffées tombent sur leurs yeux, leurs épaules. Cette mince et brune, j'ai fait son portrait quoi qu'elle est peu typique de ce que l'on s'imagine d'une folle. Il n'y a que ses yeux brûlants et son sourire un peu figé, un peu artificiel. A part les yeux brûlants et très brillants elle a dans sa mince figure un très long nez, une bouche fine, un peu méchante, elle a en plus d'être folle, la tuberculose. Comme si ce ne suffisait pas qu'une personne soit folle, non, elle est en plus sourde, muette, bancale, difforme. Rares sont les démentes qui n'ont aucun défaut apparent.

 

Anjèla est caressante et courtoise, elle s'intéresse à tout, elle est serviable, mais dès qu'une autre malade s'approche et veut attirer l'attention sur elle, une flèche de méchanceté part et transforme innenarablement son regard.

 

 

Toi on te connaît, dit-elle, l'autre soir tu m'as égratignée, mauvaise; et son regard cherche un appui dans le mien. Elle se met du coté des normaux, elle cligne de l'oeil aux bruits désobligeants, aux paroles disparates ou grossières, elle critique la tenue de celle-ci ou de l'autre. Et évidemment elle a raison, elle appartient à une autre catégorie que toutes celles assises autour de ces longues tables qui ont depuis longtemps oublié leur visage, leur apparence, leur corps et son enveloppe. Elles n'existent plus depuis longtemps, elles sont penchées de tous cotés, collées les unes sur les autres, la tête tombée en avant sur la table.

 

On s'étonne d'apercevoir ici cette dame qu'on croit connaître, tellement on a l'impression de l'avoir vue dans ce modeste hôtel de province ou de ville d'eau. Elle bavarde sans cesse comme à la table d'hôte, ici c'est dans le vide. Toute sa conversation agitée soulignée par beaucoup de gestes s'adresse à celle d'en face qui ne s'aperçoit de rien, regarde dans le néant, ne répond jamais. Mais aussi elle n'attend aucune réponse, il lui suffit de parler.

Il y a à cette même table deux soeurs.Il est difficile de les bien regarder, tellement elles sont terribles, hideuses, pitoyables, toutes deux atteintes de la danse de saint Guy. Elles ne peuvent pas rester tranquille une seconde, elles se dandinent, se balancent, se contractent, se détendent, rient, tirent la langue dans un mouvement perpétuel. L'une était maîtresse d'école et je me figure rapidement la joie des élèves en apprenant la nouvelle, mademoiselle est devenue folle!  Elle est toute molle comme une de ces poupée en chiffons, elle se dandine comme elles, et malgré sa bonne volonté de rester un peu tranquille lorsque je la dessine, elle n'y arrive que très peu. L'autre soeur édentée, entre temps, tourne et retourne ses yeux bleus déteints qui louchent, tire la langue, semble vouloir attraper des objets invisibles qui flotteraient autour d'elle et qu'elle n'attrape jamais. Les mains couleur rose hygiénique sursautent, se crispent en arrière se replient. Oh! ces deux demoiselles et leurs mains!

Voici une nouvelle arrivée, une toute jeune, le teint boutonneux des adolescents avec des longues boucles blondes soignées, elle a un regard sain et intelligent. Elle doit être guérie ou presque, à moins qu'elle ne soit ici -pour quelques mois- par erreur ou par méchanceté. Non, elle a perdu sa mère il y a trois mois, et après cela elle a cessé d'exister, elle ne mangeait plus, ne dormait pas , elle n'avait plus de volonté de vivre. Mi nervios dit elle y la cabeza. Mais bientôt elle va sortir.

 

Et en voilà une autre qui est encore dans son manteau a carreau dans lequel elle a été amenée. Elle a la tête tombé en avant si complètement qu'on ne voit que les longues mèches de cheveux déteints qui cachent sa figure. Elle à une figure d'enfant, d'enfant désespéré, inerte, sans vie. On l'a posée là, elle reste. Je lui demande de lever la tête, docile, elle la lève et son regard tombe sur moi, vide, vide de tout - effrayant - ce regard ne contient rien - mes ses mains! ces blanches mains d'adolescente infirme, transparentes, diaphanes, limpides, propres et sèches. Elle joue avec une mince bande de toile. Elle la lisse, court son doigt le long de la lisière, la retourne, la replie,la roule, l'enroule autour d'un doigt, la déplie, la repasse, la pose sur une main, dessus, dessous, sur la paume - la ramasse toute, la chiffonne dans sa main, la plie en petit paquet, indéfiniment, inlassablement. L'a-t'elle trouvée par terre, ce trésor, cet intérêt unique, cette occupation concentrée? Doucement, lentement elle le tourne, ses longs doigts frôlent le bord effiloché, le plient et en fait un de ces rubans pris d'une image sainte du moyen âge. Parfois une main se repose tandis que l'autre tient le bien précieux. Rien n'est resté à cette fille que ce mince bout d'étoffe. La beauté de ces gestes me retient longuement. Une démente s'adresse à une autre, lui jette un mot, n'obtient que rarement une réponse. Souvent il y a une insulte jetée au hasard, un geste qui, rapidement se développe en bataille qui n'émeut personne. Les conversations d'ici sont un peu ce que sont les conversations mondaines. Rien ne reste, ne pénètre, c'est tout en superficie, presque entièrement et uniquement un interchange vocal. Voix caressantes ou voix mauvaises. Accoudée dans son lit en voilà une qui vocifère contre sa voisine le poing menaçant, crie, hurle, bave de fureur. Celle sur laquelle se précipite toute cette avalanche reste impassible, sans aucun geste, sans aucune réaction même visuelle.

 

Un coté de la grande cour est inondé d'un soleil brûlant. Sur les restes de nourritures jetées n'importe comment et des liquides suspects, grouillent les moches, se dérangent au passage, quelques unes se détachent pour se poser sur le coin de mon oeil, mes bras ou sur une bouche tuméfiée, une joue syphilitique. Cette petite fille monstrueuse en est couverte mais ne les sent pas. Elle a une figure qui me plaît, nez un peu retroussé, yeux clairs, très grosses lèvres charnues. Elle ne tient pas bien sur ses jambes frêles, mais elle est un petit animal plutôt gai. Elle ri beaucoup et sans motif avec de grandes dents saines, elle fait pipi sur place comme les chevaux. Il y a toujours une autre qui lui remplace sa mère. Où est-elle sa vraie mère qui a caché comme une honte cette pauvre chose mal venue?

 

Il y a cette fais ci  aussi Maria del Carmen, cette figure diabolique, nez mince et retroussé, aux yeux noirs et durs, décoiffée, intelligente et éhontée, indomptable et dangereuse. Elle est la en conversation aujourd'hui. La dernière fois elle elle était en chemise derrière des barres de fer et de toutes ses dents trop grandes dans sa figure osseuse elle chantait des chansons napolitaines, sentimentales d'une voix forte et bien plantée à une petite lune mince comme une lame dans un ciel tropical. Elle chantait, accelerando, ne voyait rien n'écoutait rien que sa voix qui voguait dans ce bleu intense, couvrait tous les bruits, dominait la nuit bleue. Aujourd'hui elle est sociable, ironique. Elle regarde Rosita lui jette :"toi tu es belle, toi", et elle rit, un rire mauvais. Rosita, très jolie, s'amuse, moi je lèvela tête, tellement son accent me frappe.No te gusta? je lui demande. No, no, es muy fea, elle répond méprisante. Moi, avec une figure comme celle-là, je ne me montrerais pas dans la rue. Tu sais, je lui dis - tout le monde ne pense pas comme toi - elle a un mari qui la trouve à son goût. ...C'est qu'il la connaît de l'autre coté répond elle, et tout le monde s'amuse.

 

Un peu plus tard l'infirmière veut la faire partir. Cela l'irrite beaucoup, elle crie contre l'infirmière et rapidement elle se met dans une colère noire, commence à vociférer et montrer les dents. Sa figure devient la haine, la méchanceté, l'horreur, le danger, le poison et l'assassinat personnifié. Les yeux lancent des éclairs mauvais, sa voix entraînée aux grands espaces est toute à son aise dans ce paroxysme de fureur. Sa figure pour mieux crier est penchée en avant, ses yeux lui sortent de la tête, ses dents paraissent comme celles d'un loup.Une demie heure plus tard elle est en chemise à sa fenêtre à chanter des chansons d'amour napolitaines derrière les barres en fer de son soupirail. La lune blanche dans le ciel tropical est à sa place, banreux, la guerre, les bombes, les incendies et les morts. implacable, impassible.

 

[Notes

/*1  Probablement le Maristan  décrit ici en 1922         

 

 

 à suivre ....

Repost 0
Published by worlddream - dans Mariette Lydis
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Dreamer
  • Le blog de Dreamer
  • : Mes recherches, mes collections, mes rencontres, et surtout la démarche à partir d'un rève: vivre des passions sans limite. Les pages comme les articles seront modifiées en fonction des nouvelles trouvailles. Les documents présentés et les textes, sont ma propriété et tout usage ou publication doit obtenir mon autorisation, à demander par contact. Copyright "WorldOfDream"
  • Contact

Profil

  • Dreamer
  • Collectionneur qui mène son enquête. Avec plein de surprises, de découvertes et de rencontres qui parfument l'existence.
  • Collectionneur qui mène son enquête. Avec plein de surprises, de découvertes et de rencontres qui parfument l'existence.

Recherche

Catégories