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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 14:29

Le samedi 3 mars 1945 le Théâtre des Mathurins "Le Rideau de Paris" donnait une petite pièce qui représentait pour son auteur une sorte de renaissance après son activité pendant la période de la guerre et de l'occupation.

 

La distribution n'est pas négligeable: Maria Casares, Gérard Philippe, Claude Piéplu, le personnage de Federigo tenu par Jean Marchat et aussi René Blancard, André Valtier. Avec une mise en scène de Marcel Herrand, et une musique de Georges Auric, exusez du peu.

 

C'est du programme de la "sixième saison" (où Pierre Crespin jouait Le Prince Blanc en remplacement de Gérard Philippe) que j'extrais cette petite présentation :

 

Cette pièce est tirée d'un conte de Prosper Mérimée qui porte le titre de Federigo. Mais Mérimée lui-même reconnaissait qu'il s'était à cette occasion servi d'un récit du Moyen-âge. Une donnée semblable a inspiré de récents films américains. Pourquoi, à de certains moments, des thèmes s'entre-croisent ils en plusieurs oeuvres? C'est sans doute parce-qu'ils correspondent à un besoin du temps, par exemple celui de fuir le réel, ou, au contraire, celui de le serrer de près.

L'auteur de cette pièce n'a pas, à proprement parler "adapté" le conte très court de Mérimée. En plus du titre, il lui a emprunté certaines données de départ; cependant l'idée dramatique n'a pas de rapport aévec la trame charmante et sceptique du romancier.

Federigo est un joueur. Un joueur dans tous les sens du mot. Joueur avec les cartes, joueur avec la vie_ ou plutôt, comme on le verra, prêt à engager sa vie sur un coup de cartes. Quand le rideau se lève, il touche au plus bas de sa courbe.

Une longue malchance l'a conduit dans une modeste maison de campagne, son dernier bien. Il mord avec agacement dans les jours qui passent comme en des fruits verts. La chance reviendra-t-elle? Et sous quelle forme? Sous celle de l'or, sous celle de l'amour? Et par quel détour. Dieu, qui malgré l'apparence reste charitablement à l'affût de toutes ses créatures, le conduira-t-il à abattre ses cartes et à ramasser, enjeu inespéré, le bénéfice de la sérénité - c'est ce que cet autre jeu, ce jeu en trois actes et plusieurs âges - va essayer de vous apprendre.

L'action se situe en Toscane, au début du XV° siècle. Mais ne soyons pas trop rigoristes - plus que ne doit l'être la poésie - sur la vérité historique? Imaginons que nous nous trouvons en un de ces moments spéciaux où les civilisations ont changé de forme, où les anciennes moeurs, les anciennes croyances n'étaient pas encore dominées ni dissipées par les nouvelles. Dans la campagne de Toscane, Federigo poursuivait le gibier pour se distraire, il pouvait aussi bien rencontrer ddes moines très réels et très pieux qu'entendre parfois, ultime écho païen, le galop sourd et désemparé du dernier centaure.

 

L'élégant petit recueil publié à 125 exemplaires (après les 40 premiers sur Arches) sur un agréable papier Alpha gris aux Editions Nagel au premier trimestre 1945, comporte à la suite du texte de la pièce (en trois actes et quatre tableaux), un court message de René Laporte qui précède l'impression du conte d'origine.

(pour information le programme affiche un prix de 8F et le livre 48F)

Cette pièce a été  inspirée par un conte de Mérimée qui, je m'en suis aperçu, est malheureusement peu connu. Mérimée avait, lui-même, pris l'idée de ce conte dans une légende du moyen âge? Le même thème, où l'au-delà joue le rôle, a été plus récemment emprunté par quelques films américains.

Si j'avoue ici ces parents, c'est moins par crainte d'être accusé de plagiat que par désir de faire constater qu'à de certains moments, certains thèmes se rejoignent en des oeuvres diverses, comme s'ils répondaient à une nécessité du temps, par exemple celle de fuir un réel trop absurde ou trop cruel.

Au reste, je pense que le plus honnête est de demander au lecteur de se faire juge. C'est pourquoi je publie le texte du conte à la suite de la pièce. Le lecteur n'y perdra certes pas: c'est parmi les chef-d'oeuvre de Mérimée, un des plus courts, mais non des moindres.

Mars 1945.

Suivent dans une fine police les huit pages du conte extrait de "Romans et nouvelles de Mérimée".

(Vous pouvez aussi l'écouter lu par René Depasse

laporte-dilettante.jpgRené Laporte, toulousain, poète créateur des Cahiers Libres avait reçu les encouragements de Montherlant lors de la réception de son deuxième volume de poésie, L'An Quarante. Il se fit une spécialité d'éditer les surréalistes ses amis dans la maison du même nom. C'est par son intermédiaire que Mariette Lydis fit l'illustration du premier recueil illustré de Montherlant en 1927, tiage à 100 exemplaires avec 5 gravures. La nouvelle "Lettre sur le serviteur châtier", qui sera reprise comme base de son roman "Moustique" et publier à titre posthume par Pierre Sipriot à la Table ronde en 1986. On peut lire une analyse très éclairante de Pierre Duroisin, sur la réécriture de cette nouvelle.

 Les éditions "Le dilettante" ont reédité en été 2012,  une nouvelle de lecture agréable avec une préface de présentation de l'auteur, par François Ouellet, la  situation à Monte-Carlo pendant l'occupation, est un curieux rapprochement avec Charles Orengo. Laporte lui se trouvait à Antibes, voir à ce sujet mes recherches sur Chadourne.  

  *1/  lien sur Maria Casares

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 07:50

Les conférences sont parfois à suivre, non directement pour leur sujet principal, mais parfois pour leurs incidences.

    celib-cha-couv-1.jpgDans ma collection des ouvrages de Montherlant, une édition de 1948 de Plon des Célibataires, me pose le problème (elle n'est toutefois pas la seule) de son format un peu plus profond qui la fait souvent dépasser sur l'étagère. Fréquemment en la manipulant je m'interrogeais sur les photographies, la personnalité de la photographe dont le nom m'était inconnu.

Lire sur Fabula grâce à l'information de Montherlant.be qu'un exposé était proposé sur le thème de la photographie dans cet ouvrage, ne pouvait qu'exciter ma curiosité, et ce mercredi j'ai assisté à cette présentation de l'Ehess dont je remercie l'organisatrice Madame Kim Timby de m'avoir invité "Vous êtes le bienvenu. Les séminaires de l'EHESS sont ouverts aux particuliers intéressés.Nous vous demanderons simplement de signer le cahier de présence."

Pour mieux me préparer à cette audition, j'ai ressorti mon ouvrage, je l'ai d'ailleurs apporté en réunion, je l'ai reparcouru, vérifié un peu l'édition, et me réservais pour les découvertes à venir. J'aurais aussi bien fait de lire soigneusement le sujet de l'exposé de Monsieur Jan Baetens, mais aussi m'imprégner de l'esprit du séminaire en lisant avec attention l'ensemble du programme.

Le titre de la formation sur le sujet de la photographie était Questionner la photographie imprimée : pour une histoire de ses pratiques et de ses usages à l’ère de sa « dématérialisation ».

de la description j'ai retenu "... Nous étudierons les motivations et les innovations techniques qui ont marqué l’histoire de la photographie imprimée, tout comme les pratiques et les usages qui l’ont structurée, nous intéressant aux notions de reproductibilité et de pérennité de l’image ; aux liens entre textes et photographies ; à la commercialisation de ces objets et à leurs publics (visés ou réellement touchés) ; ainsi qu'à la mutualisation des savoir-faire qui marque souvent la conception et la production des objets photographiques imprimés."
 
Le sujet traité par l'exposé du 16 Janvier
"Jan Baetens, professeur d'études culturelles à l'Université de Leuven, Belgique
 L'édition photographiquement illustrée des Célibataires de Montherlant

En 1948, les éditions Plon proposent une réédition (après tant d'autres) du roman à succès (et à scandale) d'Henry de Montherlant (1ère édition : 1934). Cette édition est la première (la seule ?) à avoir des illustrations photographiques, faites par Georgette Chadourne. Dans notre intervention, on se proposera d'examiner ces images en les rattachant non seulement au texte du romancier mais aussi à certains éléments de la culture visuelle de l'époque." 

 

    Nous avions au séminaire de l'ICP déjà eu une présentation de Mademoiselle  Aleide Vanmol, la source des recherches montherlantienne est donc prospère. J'ai rectifié ici, Monsieur Pierre Somvile venant de Liège.

  Présentation du professeur Baetens ici 

Dès sa présentation par Madame Laureline Meizel, et son début d'information , en se décrivant comme non spécialiste de l'histoire de la littérature, ni spécialiste de Montherlant, j'ai pensé que je ne trouverai pas ce jour les réponses sur ce qui intéresse le modeste bibliophile, pourquoi, comment, avec qui, fut élaboré cette édition.

Effectivement nous sommes restés sur notre faim en ce qui concerne le choix de l'éditeur (pourquoi Plon?) l'origine et le choix de la photographe dont la mère ... qui était d'un milieu semi aristocratique pouvait expliquer les relations dans le milieu artistique, dont Georgette Chadourne semble être la spécialiste: Picasso, Gil Vidal, Nicolas de Staël ... Donc ce ne fut pas sur ce plan, où finalement j'esquisserai ma propre hypothèse en fin de cet article, mais sur le vrai thème du séminaire que je devrai porter mes réflexions et mes découvertes.

C'est par l'analyse des photos, par les remarques sur les échanges entre le texte et les photos, que des éléments nouveaux m'ont fait apprécier cet exposé. La démarche se rattache aux rapports photographie/littérature qu'il nous invite à approfondir sur le site PHLIT et sa réflexion tend à nous habituer à une modification du "canon" littéraire.

 

Défenseur de la relation image et texte (il est spécialiste du roman photos), le professeur Jan Baetens nous guida dans une analyse selon ses critères, il s'opposa au dénigrement des littéraires pour des éditions illustrées qui donnent une connotation populaire culturellement dévalorisante, l'affaiblissement d'un texte par son remplacement par des images.

 

En fait ces photos sont de 2 types: des personnages ou des situations visiblement posées, en correspondance au texte, personnage assis de dos,  agenouillé montrant des semelles usées, personnage dans la foret toujours de dos... D'autres des vues de paysages, légendées avec l'extrait de texte qui s'y rapporte: Boulevard Arago, étendue d'eau avec passage d'oies, façades "croûteuses" de rue...(il y a douze reproductions HT plus la première et dernière de couverture).

    C'est la photo du Boulevard Arago celib-cha-arago.jpg qui est une information nouvelle pour moi, en comparant avec une photo de Brassaï Paris la nuit 1932, le même trottoir le long du mur de la prison de la Santé. Aussi la photo de couverture qui représente le bout du mur, au croisement de la rue de la Santé, là où était installée la guillotine jusqu'en 1939, et le décret de "discrétion" de Daladier. (autorisation ADAGP 751423).

 

      Je n'affiche pas la photo de Brassaï du BD Arago que vous pouvez trouver en cherchant sur internet

tapez: Brassai Arago Santé   sur Bing ou Google  ( droits de RMN. merci Tilly)

 

 

Ce message photographique, explique t'il le texte? En tout cas quels lecteurs l'ont ils perçu, pour lesquels cette précision (le quartier, le boulevard est décrit mais pas ce qui s'y passait) a t-elle changé la lecture? 

 

L'édition de 3100 exemplaires, a paru trop importante pour être une édition de luxe, mais je dirais que luxe ne veut pas dire rare, peut être chère suffisait pour les éditeurs, et 3100 est un titrage relativement modeste pour ce succès d'édition que fut ce livre, souvent réédité même après guerre (il était édité en 1934 chez Grasset et fut largement diffusé).

D'après les recherches de Monsieur Baetens, cette édition ne semble plus être connue par les spécialistes consultés, on la trouve dans le commerce ancien à vil prix. Son hypothèse était peut être une vente par souscription.

En conclusion Jan Baetens nous a laissé sur la question: Quel est l'intérêt de cette édition?

Je laisserai, les lecteurs découvrir dans un article qu'il doit produire l'ensemble de sa théorie, est-ce une nouvelle vision de l'inter-modalité qui était tentée par cette édition? la production de quelque chose de nouveau aux parties "non réconciliées" et qui nous renvoie à la réflexion de Barthes entre Relais et Ancrage.

  Voir ici le témoignage d'un lecteur du roman.

Ma proposition est plus simple: Montherlant à cette époque ne pouvait plus compter sur les revenus de nouvelles éditions dont les droits étaient détenus par Grasset, le procès en cours le lui interdisait. Ce fut donc par des éditions que nous dirions "de luxe" ou "livre d'artiste" que d'autres éditeurs pouvaient servir Montherlant. Flammarion avec une édition illustrée par François M Salvat (directeur artistique chez Grasset) avait commencé dès 1944 avec 1100 ex. et dans un grand format 18x23 cm. Quant à Plon, dont Montherlant connaissait bien le directeur Maurice Bourdel qui l'avait déjà édité dans la collection La Palatine avant guerre, il n'est pas surprenant qu'il se soit positionné sur ce créneau, dans ce format ici de 19x24, dont il y a d'autres exemples avec l'édition du Maître de Santiago avec photos d'artistes et dessins de Mariano Andreu à 3500 ex. en 1950 et La Ville dont le prince est un enfant en 1952 également avec des illustrations photographiques et 1500 exemplaires mais dans des formats habituels. 

Voir les diverses éditions sur le site montherlant détail de l'oeuvre.

 

celib-lld-titre.jpg  Il est remarquable aussi que les illustrations HT dans Salvat soient parmi celles reprises par Chadourne: le mur de la Santé, la boulette que l'on ramasse, le vol d'oies, ...  Montherlant les avaient ils "orientés"? Ce sont d'ailleurs aussi ces gravures qui illustrent l'édition plus populaire des Célibataires produite par Fayard dans la collection Le Livre de Demain, populaire mais élégante et dans les règles de l'édition d'art: Vignettes tete de chapitre, lettrines, cul de lampe et pages Hors texte  avec les bois de Renée Benoit(*1), vendu 3F50 en octobre 1936, dans le même grand format que notre Plon avec Chadourne.  celib-lld-sante.jpg

 

 

 

Qui était Georgette Chadourne? De son nom de jeune fille elle était la fille de Blanche Floriet, artiste comme ses soeurs, qui s'était mariée au 5ème duc de Lodi (Francesco Ludovico Melzi d'Eril) de trente ans son aîné, donc une vraie princesse du Music-hall. Les Floriet était une famille de bijoutiers, orfèvres, ce qui explique peut être que Georgette était la fille naturelle et reconnue en 1911 par Sigismond Porgès  et qu'elle eut comme époux en premières noces Jean Elisée Puiforçat-Tabouret le joaillier des années trente. Enfin son nom est celui de son second mari, Paul Chardourne ami des dadaïstes, resté actif dans l'édition et sûrement resté en contact avec l'éditeur des surréalistes René Laporte replié à Antibes pendant l'occupation, justement là où Georgette pu réaliser les portraits de Matisse, Bérard et Picasso dans les années 50.

On peut aussi émettre l'hypothèse que le journaliste monégasque Charles Orengo créateur des éditions du Rocher, futur directeur adjoint de Plon avec Maurice Bourdel comme patron, pouvait mettre en relation sa parente.

 

Une oeuvre éditée avec des illustrations par photographies, c'était un exercice qui n'était pas nouveau pour Montherlant, on peut se rappeler Il y a encore des paradis, Images d'Alger un petit recueil de nouvelles, tirage de 100 exemplaires produit par P&G Soubiron à Alger en 1935, surtout la Déesse Cypris (Extrait de la Rose de Sable) grand format orné de douze études de nus par la grande artiste de l'époque Laure Albin Guillot, tiré à 250 exemplaires dont 200 avec les photos, édité en 1946 par Henri Colas rue des Gobelins à Paris et imprimé par André Rousseau Maître imprimeur à Bordeaux, celui-ci en prenant rendez-vous pour remettre son deuxième exemplaire de tête en mai 1947 demandait à Montherlant des nouvelles de son récent accident. La typographie par Ducros et Colas , les gravures par Georges Leblanc à Paris. Depuis les premiers contacts de Montherlant avec Matisse en 1938, il n'était que question de faire illustrer la Rose de Sable, le roman n'inspirait pas Matisse qui trouvait que la densité des descriptions laissait peu de liberté d'expression à l'artiste illustrateur, il préféra le conte des Crétois et Pasiphaé. C'est alors en 1944, que Montherlant fort impressionné les nus féminins de la photographe, conçu le projet avec Laure Albin Guillot. 

On peut citer aussi l'ouvrage de 1954 de photos de Brassaï: Séville en fête où le texte de Dominique Aubier est préfacé par Montherlant

 

ce texte modifié le 7/4/2013 sera complété, jusqu'à la suppression de ce bandeau.

 

1/  Renée Benoit d'après Jean Etienne Huret "le livre de demain": soeur de Pierre Benoit.

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 08:07

Je termine ici le résumé de mes notes, prises lors du Colloque Montherlant organisé par Patrick Brunel à l'ICP.

Mes recherches en complément de ces compte rendu me conduisent à compléter ou corriger ces articles au fur et à mesure des lectures, j'effectue également quelques corrections lors de réception de courriels, donc n'hésitez pas à commenter.

Il ne sera peut-être pas juste de moins m'étendre sur certaines conférences que sur d'autres, mais il s'avère que ma prise de notes n'avait pas pour but de faire un résumé, mais de relever des points qui m'ont parus nécessiter soit une réaction, soit un approfondissement, servir de références ou de voies d'exploration. Je compte sur la publication des actes pour entrer dans le détail des exposés.

Lors du colloque de la Sorbonne, le professeur Schaffner, qui avait assuré dans ses locaux une partie de l'intendance, était assisté par certaines de ses étudiantes doctorantes dont Marie Sorel. Elle était présente dans cette séance aussi et continuait par un exposé à nous dévoiler les chemins de sa recherche sur le "Jeu". Après la lecture, comparée de Montherlant et Roger Vailland à la Sorbonne, elle nous entraîne sur la lecture comparée de Henry de Montherlant avec Jean Genet à travers leurs écrits quasi autobiographiques sur leur jeunesse Les Garçons et Miracle de la rose, récits qu'elle a qualifié de confessions fantaisistesPar ces rapprochements en lectures comparées, Mademoiselle Sorel nous fait découvrir une démarche d'écriture, une démarche d'embellissement du souvenir qui redonne de l'intérêt à la relecture des oeuvres, et de la suivre dans la lecture d'autres écrivains. Je n'ai pas relevé de qui était cette citation "Ce n'est pas vrai ce n'est pas faux, ce n'est que de la poésie".

 

(à suivre)

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 10:39

Je poursuis les reprises de notes dans mon article de compte-rendu du colloque Montherlant à l'ICP.

Puisque certaines interventions m'ont poussé à d'autres recherches, j'ai approfondi sur les diverses éditions de Don Juan. 

quichotte-1-w.JPGJ'en viens aujourd'hui à la conférence de Monsieur Guy Dugas, professeur à Montpellier III (Paul-Valéry), où se trouvent des archives précieuses, en particulier une correspondance Montherlant-Etienne Burnet. Dans sa conférence Monsieur Dugas (d'après mes notes et le texte sera bienvenu) nous a parlé de "Montherlant et les femmes", c'est précisément un thème qui est la source de ma collection. Son approche dans l'évolution de la lecture de Montherlant entre 1926, et 1930, se fonde sur les correspondances qu'il a parcourues à la BNF et à Montpellier.  Etienne Burnet dont l'épouse était russe échangeait avec Montherlant depuis leur rencontre à Tunis. Il a été fait mention de l'importance de Tolstoï dans les références de leur réflexion, C'est aussi ce que j'avais retenu des correspondances beaucoup plus tardives (1954) avec Banine, et le hasard m'a porté récemment à lire le récit de la fille de Tolstoï sur les relations de ses parents ( article dans Europe juillet 1928 numéro spécial consacré au centenaire de la naissance de Tolstoï),  en reprenant ce spécial j'y trouve aussi un article sur la mort écrit par E Burnet. Est-ce aussi un hasard si  Montherlant fut chargé de la préface d'un Don Quichotte pour l'édition en 1962 du livre de poche (892-893 et 894-895 avec couvertures par Bernard Buffet), alors qu'Etienne Burnet avait produit un essai "Don Quichotte Cervantès et le XVI° Siècle" en 1954, où en bibliographie il précisait "Nous rappelons que la seule traduction complète, exacte et fidèle, en langue française; des admirables Nouvelles Exemplaires de Cervantès, est celle de Jean Cassou (celle de La Pléiade). L'édition de poche reprise de la version de Francis de Miomandre parue en 1935 aux Unions Latines d'édition, puis chez Stock en 1948, était jugée "fidèle dans un style modernisé et familier, en particulier dans les propos et dialogues de caractère populaire. ... Elle laisse une impression d'élégance et de transparence dans l'exactitude." quichotte-2-w.JPGSaura-t-on si un exemplaire de cet essai fut annoté par Montherlant lors de la préparation de sa préface?

Monsieur le professeur Alain Schaffner, nous a entraîné à une lecture des Jeunes Filles, surtout du premier volume qui donne son nom à l'ensemble. Il utilisa le filtre des critères de l'ironie de Philippe Hamon, et fit quelques comparaisons avec Belle du Seigneur d'Albert Cohen. Costals-Solal même combat?. Mon exemplaire 1959 des Romans de la Pléiade correspond page pour page aux reférences des citations.

Et pour illustrer cette intervention dont seule la lecture du texte pourra nous restituer tout l'intérêt, je glisse ici la dédicace de Montherlant du 3ème tome de sa tétralogie à Jeanne Sandelion évidente victime de son ironie. demon-du-bien-sandelion-w.JPG

Dans la continuité sur l'ironie, le travail de Monsieur de Meeûs dans son allocution, a consisté en une lecture studieuse, de relever les personnages secondaires apparaissant dans l'oeuvre de Montherlant, d'en répertorier les groupes d'appartenance, et de nous citer les phrases à effet comique. Un peu une liste des souffre-douleurs, ou des bêtes noires. Ont ainsi défilés: les femmes, les petit peuple, les médecins, les hommes d'affaires, etc... Certaines notations personnelles de Mr de Meeûs n'ont pas manqué d'attirer des sourires ou des grincements de dents, les effets comiques de Montherlant étaient rarement diplomatiques, et nous le ressentîmes bien. 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 10:48

On joue encore Montherlant, la preuve: à Figeac

 

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 18:32

Octave Fluchaire correspondant de Montherlant, responsable  technicien pour Maximilien Vox chez Grasset en particulier il fit la maquette des cahiers verts, 

 

En 1922, Montherlant avait confié son manuscrit de son nouveau roman Le Songe, à Edmond Jaloux. Celui-ci était favorable à la publication par les éditions Grasset, en recommandant toutefois des améliorations sur certaines faiblesses qui lui apparaissent.  C'est Fluchaire qui reprend le dossier, il écrit une fiche de lecture du manuscrit qui entraîne le rejet de l'édition.

Montherlant réclame le retour de son Manuscrit au plus vite afin de le corriger.

 

On sait que finalement Le Songe sera publié en 1922,  Jean Paulhan dans "les fleurs de Tarbes" dresse un tableau des jugements des écrivains contemporains sur le livre qui n'obtient aucun prix littéraire.

Le manuscrit avait été adressé à Edmond Jaloux, chargé chez Grasset de la collection "Le Roman", qui était aussi membre du jury du "Grand Prix Balzac" fondé en 1922 par Bernard Grasset avec l'aide de la fondation du financier Basile Zaharoff. L'instauration de ce prix qui avait comme but, en plus de concurrencer le Goncourt, en distinguant un "jeune auteur non édité", celui de découvrir de nouveaux talents à l'éditeur. Tant les concurrents  du cercle de l'édition, que les critiques qui se voyaient menacés, lancèrent une grande polémique au Prix Balzac. Ce qui amplifia la notoriété du Prix. La remise des manuscrits prévue au plus tard le 1er mars se prolongea jusqu'à fin octobre. Ce fut finalement  le 28 octobre parmi près de 400 ouvrages, que le jury réunit dans la maison de Balzac autour du président Paul Bourget, désigna deux lauréats ex-aequo Jean Giraudoux pour Siegfried et le Limousin et Baumann pour Job le prédestiné. (*)

  Dans une lettre de Juin 1923 à Louis Artus, Montherlant  se montre douteux de la volonté de (Marcel) Prévost de reprendre l'ouvrage édité depuis par Grasset, pour le présenter à nouveau à un prix (prix Femina?).

Mauriac, François (1885-1970)  Lettre de François Mauriac à Bernard Grasset . - [18 novembre 1936]. - Sévère avertissement de Mauriac à Grasset qui plaide pour la réintégration du collaborateur Octave Fluchaire que l'éditeur vient de licencier. Ms 3379 Bibliothèque de Bordeaux

 Sur la personnalité d' Octave Fluchaire on joint un extrait de "Bernard Grasset précurseur" in "Communication et langages, N° 12, 1971 pp. 81-90. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/colan_0336-1500_1971_num_12_1_3905
 
* Revue d'histoire littéraire de la France 83° année num 5-6 spécial Jean Giraudoux, article de Gabriel Boillat p880 et suivantes.  
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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 19:26

C'est ma troisième participation aux colloques consacrés à Henry de Montherlant.

    Ma première réflexion ira à la reconnaissance que l'on doit à la liberté d'expression de nos amis Belges, à leur ferveur pour la culture et la langue françaises. Si la petite communauté des passionnés de Montherlant peut pratiquer ces analyses scientifiques et ces échanges à fleurets mouchetés, c'est d'abord grâce à leur présence et leur action. A tout seigneur ... je l'ai déjà raconté, monsieur De Meeûs qui eut le bonheur de nous réunir en 2007 à Bruxelles et dont le site montherlant.be s'impose comme "la mémoire" ou la crypte des montherlantiens. Monsieur Duroisin m'étonne par sa gentillesse, la distinction de son expression et surtout sa maîtrise des langues anciennes et des références latines de Montherlant. Mademoiselle Vanmol de Louvain pour sa thèse sur l'origine nobiliaire de grands écrivains se lance à l'assaut dans la langue française des oeuvres de Montherlant et La Varende. C'est aussi de Liège que viendra monsieur Somville pour un superbe décryptage de deux tableaux visités par notre auteur. 

 

    don-juan-mariano-andrieu-w.JPG  La réunion par Patrick Brunel, sur deux jours et demi pour une vingtaine d'exposés, d'une escouade de professeurs, docteurs ou doctorants, qui ont exprimé leur perception des thèmes judicieusement choisis et agencés, sous les feux de quelques amateurs dont je suis et de poètes ou écrivains témoins comme Gabriel Matzneff et Philippe de Saint Robert et bien entendu Jean Claude Barat, nous fit passer à travers l'oeuvre, comme l'a proposé Patrick Brunel dans son programme "Notre colloque se propose-t-il d'embrasser l'oeuvre entière dans une perspective transgénérique". Le but fut certainement atteint. L'imaginaire fut désigné à travers toute l'oeuvre par les citations qui se firent rejoindre par plus d'un intervenant. 

C'est à travers les dissections fines des textes, quelles qu'en soient la forme et les figures que nous avons parcouru une oeuvre construite, solide et conséquente.

Nous sommes passés des oeuvres de jeunesse avec toutes les émotions de la découverte des premières lectures, aux tentatives de diverses expressions, tragiques ou comiques, dans toutes les formes de son art. 

Ceux qui l'ont fréquenté, ont pu témoigner de l'amabilité et de l'intérêt qu'il a pu porter à leurs travaux, ce fut particulièrement ressenti avec la conclusion de Patrick Barriot qui inspira à Monsieur Duroisin la citation comme conclusion, de la dédicace du roman Les Garçons: Aux intelligents et aux sensibles !  l'assemblée, peu modeste, s'est complètement sentie concernée.    

Les actes devraient être édités, peut-être ceux de la Sorbonne (colloque de 2010) devraient ils l'être en début de 2013. Dans la suite de cet article, je vais lister les sujets et reprendre quelques unes de mes notes.

 

 Je commencerai par une présentation des intervenants, (dans l'ordre d'intervention): et comme à la télé, je citerai pour ceux qui publient, leurs derniers ouvrages.

  • Patrick Brunel. Docteur ès lettres (Université Paris IV Sorbonne) Organisateur du colloque, qui nous accueillit et présida la matinée. Interviendra en fin de 4eme demi-journée. 
  • Olivier Soutet. Doyen de la Faculté des Lettres de L'ICP, qui au nom de l'établissement mit à notre disposition les locaux, cette belle salle René Rémond et nous souhaita avec enthousiasme, un bon séjour de travail.  
  • Gabriel Matzneff, Ecrivain à la grande sensibilité, connut Montherlant dans ses années d'étudiant, eu l'honneur de se voir confier la préface du Don Juan dans l'édition Folio thèatre en 1972 sous le titre La mort qui fait le trottoir. Ses derniéres publication (2012):  Monsieur le comte monte en ballon et La Séquence de l'énergumène chez Léo Sherr.
  • Pierre Duroisin Docteur de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège auteur de : Montherlant et l’antiquité, Les Belles Lettres 1987 et divers articles. Aux origines du dernier roman de Henry de Montherlant : Alger dans Un assassin est mon maître dans Lettres Romanes 2007, vol. 61, no3-4, pp. 261-303  
  • Donatien Grau Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, agrégé des Lettres, Donatien Grau enseigne la littérature française et comparée à l'Université Paris-Sorbonne.    
  •  
  • Jacques Lecarme     Professeur émérite de littérature française à l’université Paris III. Dernier livre paru : L’Autobiographie , avec Éliane Lecarme-Tabone (Armand Colin, 2004)et Drieu La Rochelle ou Le bal des maudits PUF 2001. 
  • André Blanc     préside l'après-midi. intervient vendredi apm.
  • Guy Dugas Montpellier
  • Aleide Vanmol Doctorante à l'université de Leuven (Louvain),   
  • Jean-François Domenget présidera la matinée du vendredi. "Montherlant et Les Nouvelles littéraires", « Les Nouvelles littéraires : une idée de littérature ? »  
  • Romain Lancrey-Javal Professeur khâgne et hypokhâgne au lycée Fénelon
  • Claude Coste, U Stendhal de Grenoble III. présidera l'après midi du vendredi
  • Delphine Aebi toute jeune Docteur es lettres de Stendhal de Grenoble III. Déjà présente au colloque de 2010.
  • Alain Schaffner Professeur à l’Université Paris III, Sorbonne Nouvelle Directeur de l’EAC 4400 « Écritures de la modernité » (Sorbonne Nouvelle-Paris 3/CNRS) et de l’équipe « Métamorphoses de la fiction ».   
  • Henri de Meeûs,  Docteur en droit et licencié en criminologie de l'université de Louvain Créateur et gestionnaire du site montherlant.be.http://www.montherlant.be/article-104-demeeus.html
  • Marie Sorel, Doctorante à Paris III Sorbonne Nouvelle (Métamorphoses de la fiction) – Le jeu dans l’œuvre de Montherlant : thème et posture d’écrivain.   
    Article: « Les chevaleries de Monsieur de Montherlant », Revue d'histoire littéraire de la France, n° 4, décembre 2010, p. 953-966.
     
  • Nicolas Le Moigne, DEA Histoire de Mulhouse "le politique chez Montherlant". http://www.montherlant.be/article-103-lemoigne.html
  • Pierre Somville, Docteur en Histoire de la Philosophie (Paris, Sorbonne, 1968), Docteur en Philosophie et Lettres (Université de Liège, 1973), membre de l'Académie royale de Belgique. "Philologue classique"
  • Patrick Barriot, Docteur de Montpellier. Correspondant de Montherlant dans sa jeunesse. "ni écrivain, ni universitaire" mais un homme sensible
  • Clarisse Couturier-Garcia, doctorante en littérature française, à l'Université Montaigne, Bordeaux III, professeur certifiée de lettres classiques.
  •  

Montherlant a publié régulièrement ses carnets (soigneusement expurgés, réécrits souvent, notes de travail et loin d'un journal intime) mais il s'est toujours refusé à la publication des correspondances, même si quelques faveurs furent faites (lettres à Sandelion, à Alice Poirier, ...) quelques échanges transpirent dans les biographies (Philippe de Saint-Robert, Sipriot). Les intervenants à ce colloque en ont mentionnées (avec P Barriot, Etienne Burnet à Montpellier), toutes celles connues se trouvent listées sur le site de M de Meeûs, mais beaucoup restent privées et cachées, quand viendra le jour où la lourde tâche d'une édition commentée sera-t-elle entamée? Ce n'était pas son voeu, et son ayant-droit Jean-Claude Barat le fait respecter, mais ne doit-on pas considérer que la preuve de la vérité est meilleure qu'une mauvaise légende construite sur des rumeurs?

Quelques notes:

Au fil des diverses conférences, et particulièrement celle de Mademoiselle Delphine Aebi,  je me suis aperçu, que la collection des ouvrages ne pouvait se résumer aux éditions originales, aux grands papiers, aux éditions rares illustrées. Gabriel Matzneff m'a décrit sa préface pour l'édition poche collection Folio de Don Juan au titre de La Mort qui fait le trottoir. Cet exemplaire de 1972 que j'ai désormais en main est en soi nouveau puisque "texte revu et corrigé" et "édition intégrale". Ma belle édition Lefebvre illustrée par Mariano Andreu, l'original en Gallimard de 1958 avec envoi ou le relié de Paul Bonet, ont perdu de leur grandeur. Certains livres sont toutefois mythiques pour le collectionneur, c'est le cas du Don Juan "NRF blanche", comme précédemment du petit Malatesta de 1948, car ils étaient pourvus d'une bibliographie "officielle, reconnue" par l'auteur et m'ont servi de guide pour ma quête de bibliophile. (Le Pléiade théâtre n°106 de 1954 1089p, celui de 1965 1110p, ou de 1968 (le mien) ne comportent pas Don Juan, ceux de 1972 et impression de 1995 LIX + 1405p  finalement avec préface complétée par Ph de Saint-Robert, sont complets. Nous attendrons les actes pour relire les détails de cet exposé de Mlle Aebi, mais j'ai noté l'évolution du mythe, les attentes du public, la mauvaise réception à l'Athénée, l'état "excité/enivré" de Pierre Brasseur, la cabale et les excuses tardives de Régis Debray?, l'inconstant être de mouvement, l'alternance, "Souvent homme varie, bien fol qui s'y fit" la relation avec Malatesta pour "le Baroque" qui permet la liberté totale.  On notera que les notes en annexe de Don Juan sont présentes dès la version ordinaire NRF de 1958, sont ajoutés dans les versions 1972 Folio: 3 notes de 1958 à propos du programme, et une note de 1965:

 "Je viens de relire Don Juan, que je n'avais pas relu depuis sa création. Cette pièce qui passa pour grossière ne peut être comprise que par des esprits très déliés et très cultivés: c'est dire que son avenir est sombre. Mais, s'il existait une postérité tout idéale, où les oeuvres d'art fussent jugées selon leur ùérite, Don Juan y occuperait la première place de mes oeuvres de théâtre, à coté de fils de Personne, du Maître de Santiago, de La Ville et du Cardinal d'Espagne." 

  Aussi ajoutées: une liste de "répliques supprimées" et un dialogue "Critiques et réponses", ensuite des appendices: une étude comparative sur "Dom Juan et Don Juan" reprise d'une publication de la table ronde "Montherlant vu par les jeunes de 17 à 60 ans" annoncée dans la bibliographie de 1958, et un extrait d'une thèse sur les relations humaines dans l'oeuvre de Montherlant. On voit par ces divers ajouts que Montherlant l'année de son suicide, soignait dans cette édition "populaire" l'avenir possible de la diffusion de son oeuvre à l'attention des doctes, pour en faire une source d'analyse, ce qui s'est confirmé dans notre réunion du quarantième anniversaire de sa mort. (D'où l'illiustration ce cette note, tirée de l'édition originale datée 1957 par Mariano Adrieu et publiée en 1958 avant la première représentation). 

 

   Cette façon de réfléchir sur son oeuvre dans son oeuvre par la reprise des textes ou sujets dans de nouvelles publications, fut également le thème de l'exposé instructif de Claude Coste: intitulé "quelques remarques sur la réécriture". Nous retiendrons que Montherlant semblant partir d'un nuage, passe du rêve à la maîtrise, que par un travail d'analyse, de réécriture, par le style, la forme, par la réduction pour être plus vrai (coupures) "condenser pour consister", il parfait son oeuvre. Je pensais à sa correspondance avec Matisse au sujet de l'illustration de Phasiphaë, au travail de Matisse décrit par son assistante Lydia Delectorskaya: "Dans le tableau qui progressait lentement, il menait une lutte intelligible par lui seul, trouvant jour après jour, dans ce qui la veille lui paraissait conclus, "par où se glisser dedans , pour aller plus loin". Cette "faille", c'est à dire une retouche ne fut-ce que minime, l'entraînant à nouveau dans des remaniements obstinés de tous les éléments: le dessin, la couleur et la composition." (L'apparente facilité - Henri Matisse - 1935-1939 Adrien Maeght éditeur -octobre 1986)

 Monsieur le Comte de Meeûs avait en mémoire nos récents échanges sur les correspondances avec Mariette Lydis et à son tableau nuages:

nuages-ML-1934.jpg

J'écris lentement cet article, car je reprends mes notes, mais consulte aussi mes livres, voire internet pour quelque documentation. Cela me donne aussi l'occasion de la réflexion et le croisement avec des nouvelles, en particulier celle-ci en regardant "empreintes sur la Cinq" émission consacrée à Edmonde Charles-Roux, celle-ci en parlant de son amitié avec Aragon et Elsa Triolet en 1942 autour de Nice où ils étaient en compagnie de réfugiés, (voir mon article sur René Laporte), elle parle aussi de André Derain dont elle pardonne comme tout à fait dans le contexte du temps d'avoir fait partie du voyage des artistes à l'invitation des Allemands. Ce thème rejoint l'un des reproches faits à Henry de Montherlant (qui lui s'est récusé). Monsieur Nicolas Le Moigne dans son exposé et dans l'échange qui s'ensuivit nous a précisé ne pas avoir trouvé d'éléments dans un maigre dossier d'accusation. La lettre de Montherlant se trouve bien dans les archives en Allemagne sans invoquer aucun empèchement, j'ai émis que la lutte des éditeurs Gallimard-NRF représenté par Jean Paulhan contre Bernard Grasset alors éditeur de Montherlant pourrait expliquer l'amalgame.

 

 

 

(à suivre Colloque 1 Colloque 2)

 

 

 

 

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 16:49

Les revues de prestige remises aux passagers dans les avions ne sont pas une nouveauté.

Les grandes compagnies ne se contentaient pas de remettre quelques journaux, certaines éditaient leur propres publications réalisées avec soin.

L'agenda du PLM, est un support publicitaire, mais aussi une vitrine des paysages et richesses des territoires traversés, la tribune des célébrités des régions, villes et villages, de leurs conteurs et écrivains.

Quand c'est lors de voyages internationaux, par la mer ou par les airs, que les revues doivent meubler et agrémenter le temps des passagers, il est normal de décrire les pays longés ou survolés, présenter les élites des nations croisées. via-couverture-noel-54.JPG

Aussi pour Noël 1954 la Compagnie Générale Transatlantique dans sa revue "FRANCE Via French Line" avait choisi dans la rubrique "Lettres" de présenter en quatre pages illustrées, l'ambassadeur des lettres, fierté de la France: Henry de Montherlant.  

 

    month-antiques.JPGQuai Voltaire, sous la lumière venant du nord, une vieille maison du XVII°, droite et sévère. On entre par une grande porte cochère. L'escalier sombre, usé, fait déjà partie de l'histoire littéraire: Musset l'a emprunté quotidiennement à vingt ans, quand il occupait une chambre de bonne dans la maison. Au premier, un domestique russe ouvre la porte, s'efface et fait attendre dans une grande pièce austère. Pas de tableaux, rien que des bustes, des statuettes de pierre, de bronze ou de bois. C'est ici que reçoit Henry de Montherlant. Les autres pièces, il y en a cinq, sont du domaine secret. "Je n'ai jamais compris qu'un homme montre sa vie privée, son foyer, ses façons de travailler", dit-il. Cette vie privée, c'est aux yeux du monde celle d'un solitaire. Un mur de silence la protège. Les confidences de l'homme sont rares. Quand il en lâche une, ses lèvres se resserrent aussitôt. C'est par exemple: "Merci, pas de cigarette, je ne fume pas". - "Je déteste la campagne; tout ce que je peux y faire, c'est travailler." Pourtant il a écrit La Reine morte en Provence et     Le Démon du bien à deux cent mètres d'altitude.

month-descaves.JPGCet homme qui a dit "Il faut beaucoup de coeur pour aimer un peu" a-t-il jamais aimé? La question reste posée. Tout ce qu'on sait, c'est que le modèle de Dominique, du Songe, était une jeune camarade de sport. Pendant deux ans, il est allé l'attendre tous les jours à la porte du gymnase. Pour une autre jeune fille, il s'est battu en duel à Tanger, en 1927, avec un médecin qui l'avait guéri quelques semaines plus tôt. Ce qu'on sait encore, c'est son étrange passion pour une jeune Bédouine de Tunisie qu'il rencontra à quatorze ans, au Salon de 1910. Mais peut-on aimer un tableau ?

Quinze ans plus tard, cependant, il quitta tout, sa jeune gloire littéraire, sa maison, sa famille et partit courir pendant sept années l'Afrique du Nord à la recherche de l'incarnation de son amour d'adolescent. On ignore s'il l'a retrouvée, mais la petite Bédouine est devenue l'héroïne de L'Histoire d'amour de la rose de Sable, qu'il ne devait publier que vingt-cinq ans après l'avoir écrite.

 

La solitude de Montherlant, c'est plus loin qu'il faut peut-être en chercher la raison secrète:"Je suis né en tuant ma mère", dit-il. En effet, Mme de Montherlant faillit mourir en le mettant au monde et dut, à partir de ce moment - elle avait alors vingt ans,- vivre en recluse allongée sur une chaise longue. Tout son amour pour la vie elle le reporta sur son fils, quifut élevé un peu comme dans une couveuse.

M. de Montherlant, d'origine catalane, était, lui, plus amateur de chevaux et d'objets d'art que père affectueux. Il n'y eut jamais entre eux la moindre intimité. Sa grand mère maternelle, de vieille souche bretonne, eut beaucoup d'influence sur la jeunesse d'Henry de Montherlant. Janséniste de coeur, ennemie têtue des Jésuites, elle fut pour le jeune garçon une alliée efficace. C'est de ces trois êtres que Montherlant a construit son personnage. Il a conservé le caractère taciturne et espagnol du père, la passion de la mère pour l'existence et les tendances jansénistes de la grand-mère.

      

Montherlant a fait de sa vie un acte passionné, un mélange de caprices d'enfant gâté. M. de Montherlant voulait que son fils aille chez les Jésuites. Mme de Montherlant y était hostile. Henry, lui, rêvait du collège Sainte-Croix, parce que deux camarades intimes devaient y entrer. Il se rétablissait à ce moment d'une appendicite et déclara froidement: "Si je n'entre pas à Sainte-Croix, je ne guérirai pas." Le soir, en secret, il détachait les agrafes  de sa plaie qui évidemment, tardait à se cicatriser.Et M. de Montherlant céda. A Sainte-Croix, Montherlant vit la grande aventure de sa vie. C'est là aussi qu'il écrit sa première tragédie. Elle est presque achevée en 1913 - il a  alors dix-sept ans,- quand il est renvoyé de l'école. Cette tragédie, c'est La ville dont le prince est un enfant. Il ne la publiera sous ce titre poétique, emprunté à l'Ecclésiaste, qu'en 1951, mais refusera de la faire jouer.

 

Ce qui frappe, dans l'enfance de Montherlant, c'est son air grave. En classe, il n'est pas un élève brillant. "Mon grand handicap a toujours été mon manque de mémoire", dit-il aujourd'hui. En classe, il est constamment septième ou huitième. Il n'accède pas aux places d'honneur, mais, tenace, se maintient dans la "bonne moyenne". A dix ans, il commence à écrire. Il se lève en secret, le matin, s'installe à son bureau d'enfant et couvre des pages de son écriture précocement adulte. Il rêve d'édition, relie lui-même ses oeuvres, les orne de frontispices et rédige des préfaces. Ces manies, il les a gardées. Il adore encore aujourd'hui les éditions rares et variées de ses oeuvres et ne manque pas d'accompagner chacune d'elles de préfaces, d'avant-propos, de notes d'auteur. Il a peur que sa pensée soit mal interprétée: il explique.

La phrase-clé de sa vie, il l'a lue, enfant, dans Quo Vadis. C'est l'étincelle qui a éclairé les deux thèmes principaux de sa vie et de son oeuvre: "...Le lendemain du festin où Pétrone avait discuté avec Lucain, Néron, Sénèque, la question de savoir si la femme a une âme..."

Le livre de Sinkiewicz révéla à Montherlant la grandeur tragique de l'antiquité romaine décadente et les bestiaires. "La question de savoir si la femme a une âme" frappa l'enfant élevé par des femmes. Elle devait rester le leitmotiv de sa vie de célibataire endurci et d'écrivain. En 1936, la publication de la série des Jeunes filles apporta une réponse négative aux femmes. Par un goût du paradoxe, celles-ci firent un extraordinaire succès de scandale au livre et à ceux qui suivirent.

A quatorze ans, il découvre l'Espagne et les courses de taureaux. C'est l'enthousiasme:"Enfin, les jeux du cirque", écrit-il à un ami. Désormais, il passe toutes ses vacances en Espagne. L'arène, c'est la spectacle grandiose, c'est l'honneur de l'homme lavé dans le sang. Il veut à tout prix affronter la bête. Il court les "ganaderias", combat des vachettes, s'entraîne avec les matadors. Rentré à Paris, il écrit au directeur des abattoirs de la Villette pour qu'on l'autorise à s'exercer à la mise à mort sur des boeufs. Naturellement on ne lui répond pas. Il se rue alors dans les manuels de tauromachie, ce qui est tout de même moins dangereux. A quinze ans, il participe pourtant à d'authentiques courses dans la région de Grenade. Cette passion tauromachique durera plus de quinze ans et manquera de se terminer tragiquement. C'était en décembre 1925; il revenait de Madrid à Paris par le train. Au passage à Albacète, il aperçoit par la portière la grenaderia de don Antonio Flores, qu'il connaît un peu. Il ne sait pas résister, saute du train dans le crépuscule et part seul dans la campagne. Quand il arrive à l'élevage, il fait presque nuit. Les taureaux sont là, mais il na pas de "capa". Il ôte sont manteau, "cite du pied et de la voix", isole une bête et commence à la "travailler". Quelques passes avec le manteau et, soudain, le taureau furieux fonce sur lui, l'encorne et le piétine. Montherlant ne sait pas comment il a pu se dégager et trouver un camion pour le ramener en ville. Montherlant oscilla entre la vie et la mort pendant des semaines. Il ne garde de l'aventure qu'une cicatrice dans le dos et le regret de ne pas avoir été un vrai matador.

 

 

Le "cas Montherlant", c'est celui d'un homme qui a voulu "être tout" dans une époque où tout le monde choisit. Les influences contraires se conjuguent chez lui dans une attitude, dans un refus perpétuel qu'on appelle de la "pose". Si "pose" il y a, elle n'est pas entièrement volontaire."Et si ce n'était que de la "pudeur ?" écrivit un jour un critique. Sans doute approche t-on ici la vérité. Les célibataires endurcis referme leur vie sur leur secret: c'est bien là une forme de pudeur. Comme ses pièces, sa vie touche au tragique. Les statues qu'il aligne dans la pièce où il reçoit ses visiteurs le défendent contre l'inconnu, comme celles qu'il aperçoit de sa fenêtre dans les salles des Antiques du Louvre. Les statues le défendent aussi contre la solitude. Le tragique de Montherlant est là. Et on pense à M. de Coantré, ce personnage de son roman Les Célibataires hurlant sur son lit de mort: "Madame Mélanie, restez! Je ne veux pas mourir seul!". Montherlant ne morra pas seul, le musée de sa vie l'assistera dans le grand voyage. Il a déjà choisi par testament trois objets pour l'accompagner dans la tombe: un masque visière qui fut celui d'un général romain, une statue d'Eros funèbre, et une tête antique de taureau en bronze. L'écrivain Faure-Biguet, qui fut son camarade d'enfance et sans doute l'homme qui l'a le mieux connu, a dit qu'il était un faux solitaire. La mort de Montherlant expliquera peut être sa vie.

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Cet article comme pratiquement tous les autres, n'est pas revendiqué par un signataire, mais connaissant la prudence et l'habitude de Montherlant, il est probable qu'il ait lui même fait parvenir ce texte au comité de rédaction, au moment où la "promotion" de sa pièce "La Reine Morte" était de la première importance. Dans cette même revue, est annoncée la mort de Matisse sous la rubrique "Aux Cimaises de la gloire" en l'associant à Cézanne et Van Gogh.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 09:05

Colloque organisé par la Faculté des Lettres de l’Institut Catholique de Paris

21, rue d’Assas - 75006 Paris 

22, 23 et 24 novembre 2012

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en présence de M. Jean-Claude Barat

et avec la participation de Gabriel Matzneff

 

 

Organisateur : Patrick Brunel 

 

*

 

PROGRAMME

 

 

JEUDI 22 NOVEMBRE

Matinée – Président de séance : Patrick Brunel

9h : Ouverture du colloque, accueil des participants

9h 30 : « Un Jules César entre le rêve et la réalité », Pierre Duroisin

10h : « Le stoïcisme de Montherlant », Donatien Grau

10h 30 : « L’imaginaire du suicide chez Montherlant », Jacques Lecarme

11h : Discussion. Pause-déjeuner

 

Après-midi – Président de séance : André Blanc

14h : « Montherlant, Tolstoï, les femmes, ou l’équilibre désespérant des contraires », Guy Dugas

14h 30 : « L’imaginaire nobiliaire de Montherlant sous l’Occupation », Aleide Vanmol

15h : Discussion et pause

15h 45 : « Le mythe de la guerre dans l’œuvre de Montherlant », Jean-François Domenget

16h 15 : « Figures et formes de l’imaginaire du sport dans l’œuvre de jeunesse de Montherlant », Romain Lancrey-Javal

16h 45 : Discussion

VENDREDI 23 NOVEMBRE

Matinée – Président de séance : Jean-François Domenget

9h 30 : « Théâtre d’idées, théâtre des pensées », Claude Coste

10h : « Théâtre et image : une provocation ambiguë », Delphine Aebi

10h 30 : Discussion

11h : « L’ironie dans Les Jeunes Filles », Alain Schaffner

11h 30 : « Les personnages secondaires comiques dans les romans de Montherlant », Henri de Meeûshttp://www.montherlant.be/article-104-demeeus.html

12h : Discussion. Pause-déjeuner

 

Après-midi – Président de séance : Claude Coste

14h : « Montherlant et le régime diurne de l’image », André Blanc

14h 30 : « Garçonnerie en fleurs dans Miracle de la rose et Les Garçons », Marie Sorel

15h : Discussion et pause

15h 45 : « Les figures politiques dans l’imaginaire de Montherlant », Nicolas Lemoigne

16h 15 : « L’imaginaire démoniaque de Montherlant », Patrick Brunel

16h 45 : Discussion

 

SAMEDI 24 NOVEMBRE

Matinée – Président de séance : Pierre Duroisin

9h 30 : « Montherlant et deux peintres espagnols : Greco et Valdès Leal », Pierre Somville

10h : « Le duende et la douloureuse Espagne dans l’imaginaire de Montherlant », Patrick Barriot

10h 30 : « Montherlant, un poète Belle Époque », Clarisse Couturier-Garcia

11h : Discussion et conclusion du colloque

 

Voir ici mes prises de notes. 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 09:08

Dans les dernières chroniques du site Montherlant.be  une présentation d'un correspondant de Montherlant que je vous laisse découvrir: Patrick Barriot. 

 

 

 

http://www.montherlant.be/article_64_barriot.html

 

 

 

 

 

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