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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 09:26

 

[ double de lettre dactylographiée, inscrit M. Henry de Montherlant de la main de EI secrétaire de ML]

 

EI

Buenos Aires

Marzo 27 de 1970

 

Mon très cher ami,

 

Vous ne savez pas la joie que j’ai eue
 de voir votre écriture que je n’avais pas vue
 depuis si longtemps. Pour vous dire la vérité,
 cette joie, votre lettre, a été un des peu de
plaisirs que j’ai pu ressentir pendant les trois
mois de ma maladie. Je vous dirai même que
votre lettre est là, sur ma table de nuit, et je
ressens chaque fois que mon regard la rencontre
 le même plaisir intense que lorsque je l’ai reçue ;
d’abord de voir votre écriture, ensuite que vous
me félicitiez pour la série d’heureuses coïncidences
qui a fait que j’ai laissé la France en échange de
l’Argentine, qui m’a concédé tant de joies, de
triomphe et de récompenses.

 

Mais avant tout votre phrase finale,
si affectueuse, qui m’est allée droit au cœur.

Vous êtes à Paris le seul ami qui me manque et
dont j’éprouverai la nostalgie toujours.


Cette lettre est la dernière adressée à Montherlant , Mariette Lydis décédait le 26 avril. 

 

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 09:20

 

25    Quai Voltaire, VII°

16 oct. 1945

 

Chère Mariette Lydis,

 

Je viens d’avoir des nouvelles de vous par votre amie anglaise (celle qui vivait chez vous)[*1]. Combien de fois j’ai demandé de vos nouvelles depuis cinq ans à Lefebre, à Mornand,etc…  Et de celles de M. Govone[*2]. En gros , on m’avait renseigné assez exactement. Je suis bien heureux d’apprendre que vous et Govone vous allez bien, et même projetez de revenir au printemps à Paris.

 

En 1940, j’ai fait trois semaines de campagne militaire comme correspondant de guerre de Marianne, et ai été très légèrement blessé, puis un an dans le midi, puis retour à Paris, où j’ai eu deux pièces jouées, au Théatre français et au th. St Georges. Et depuis suis resté à Paris, où vous devez savoir que l’édition ordinaire est en veilleuse, faute de papier, mais que l’édition de luxe est florissante (et n’a jamais cessé de l’être depuis cinq ans), ce qui, je l’espère, promet de beaux jours à Govone et à vous. J’espère que nous nous retrouverons encore sur les mêmes pages, et vous dis un amical à bientôt

 

Montherlant


Notes par moi :
 
*1/ Probablement Erica Marx, avec qui elle s'est réfugiée en Angleterre en 1939, avant de partir seule pour l'Argentine en Juillet 1940

*2/ Giuseppe Govone, Comte italien éditeur d'art à Paris, réfugié en Italie pendant la guerre, qui a rejoint Mariette à Buenos Aires en 1946, est décédé à Turin en 1948. 

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 09:16

14-9-48

Chère Mariette Lydis,

Vous devinez avec quelle peine j'ai appris la triste nouvelle. Il y a deux mois, votre mari m'avait paru fatigué et rongé. Mais je ne pensais pas sa fin fût si proche. Vous savez mieux que quiconque tout ce qu'il y avait en lui de racé, d'élégant moralement et physiquement, de délicat. C'était un homme d'une autre époque. Comme je regrette de ne l'avoir pas rencontré davantage pendant son récent séjour à Paris! Comme je voudrais l'avoir regardé en sachant que c'était la dernière fois! Peut être aurais-je su mettre dans mes paroles un écho de la sympathie et de l'estime véritables qu'il m'inspirait. Mais la vie passe et ce qui est important nous échappe, distraits que nous sommes pour des demi-futilités.

Je m'exprime bien dans mes livres, mal dans mes lettres, plus mal encore en paroles. Mais je pense que, même sans cette lettre -ci, vous auriez vu la part profonde que je prends à votre chagrin, et le souvenir pénétrant que je garde de votre mari.

Croyez-moi votre amicalement dévoué.

Montherlant

[Le mari de Mariette Lydis , le ComteGiuseppe Govone, est décédé à Milan le 27 Aout 1948, il est inhumé au cimetière de Menaggio] 
 


[carte à Loveno supra Menaggio, lago di Como.] 

 

 


17-12-49

Chère Mariette Lydis,

Où êtes vous? En Italie ou Amérique? Je voudrais le savoir pour vous faire envoyer une revue qui reproduit un de vos dessins de moi de cet été, et ausssi pour vous écrire plus longuement et vous envoyer mes voeux.

Bien à vous

Montherlant 

 

Comtesse Marina Luling Buschetti Villa Maser Trevise

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 09:14

15-3-47  [annoté  "répondu 15 mai 1947"]

Chère Mariette Lydis,

Vous me demandez gentiment de vous parler de moi, m'étant fait préter à nouveau votre récent album, que j'avais eu trop peu de temps entre les mains, j'aime mieux vous parler encore de votre préface. Ce que j'en aime? Voici, au courant de la plume. "J'ai tout ce que je désire". Moi aussi, cette constatation simple et innocente du bonheur, et n'en avoir pas honte. Votre amour pour votre travail. Vous l'appelez "refuge". Je l'ai souvent appelé "drogue". Seriez-vous assailli des préoccupations les plus pressantes et les plus graves, ilo peut arriver que ce qui soit bien soit de tout cesser - en apparence, une folie - pour se donner deux heures de travail: ces deux heures suffisent à vous rendre votre équilibre, comme une piqûre rend son équilibre à un malade. "Travailler à mon goût , c'est travailler toujours".
Moi aussi, encore une fois. (Barrès à écrit: "je voudrais travailler 24 heures par jour".) J'ai travaillé dans toutes les circonstances, et , dans la guerre, à des moments où raisonnablement j'aurais dû n'avoir d'autre souci que de sauver ma vie. Et quand vous terminez, pensant à la mort, par "j'aimerais tant peindre un peu encore", je songe à ce que je me dis souvent, ces temps ci: "je demande quatre ans".

A propos du travail et de l'amour, connaissez vous la phrase de Gobineau: "Il y a le travail, puis l'amour,  puis rien? Combien de fois je me la suis répétée, car il me semblait que c'était moi qui l'avais écrite!
Mais autrefois, dans cette phrase, j'intervertissais les mots amour et travail.
"Donner un coté humain et émouvant à ce que je fais". Voilà, je pense, la clef de votre art, et voilà pourquoi il me touche. J'ai de plus en plus horreur de l'art "intellectuel", "abstrait". de la déformation, etc... qui constituent ce qu'on appelle aujourd'hui la peinture moderne. Moi aussi dans mon art (et le théâtre m'y a incliné plus encore), je ne cherche que l'humain, et j'avoue sans masque que je cherche aussi à émouvoir.
     ***
Je ferai les deux ou trois pages que vous me demandez pour Serge Sandrier. Ou du moins je donnerai plus d'unité à ces pages. Mais je crois qu'il vous faut trouver vos motifs d'illustration dans les seules pages que vous avez déjà.
     ***
Et voici pour mon "projet de collaboration". J'aurais voulu ne vous en parler qu'à Paris, mais , hélas je pense que vous ne viendrez jamais. - Je me suis occupé pendant plusieurs années, sous l'occupation, de la Croix-Rouge suisse - assistance aux enfants éprouvés par la guerre: colonies scolaires, départ des enfants pour la Suisse, convois en Ch. de fer et camions, goûters dans les écoles,etc.
J'ai écrit là dessus 80 pages, dont, picturalement, le thème est : enfants français des deux sexes, du peuple, plus ou moins marqués par la guerre (je veux dire: les uns souffreteux et hagards, mais les autres parfaitement sains). En somme, un album de visages d'enfants. Cette petite oeuvre, terminée depuis trois ans, est restée inédite, simplement pcq. je ne voulais en donner l'originale qu'illustrée, et que je n'ai jamais trouvé d'illustrateur (que des "déformateurs"). Je sens bien que pour illustrer cela il vous faudrait des visages français.... Voulez-vous malgré tout que je vous envoie le texte? Mais dites moi,  alors, , (à quelle adresse) en calculant que (le temps de le faire dactylographier à nouveau) je pourrais vous l'envoyer , par la voie postale, dix jours environ après après avoir reçu votre réponse. Donnez-moi des nouvelles de votre mari et croyez-moi votre très amicalement.

Montherlant




[au dos d'une page tapuscrite annotée par ML derniere page du manuscrit de "Serge Sandrier"]


16 Juillet 47

Cher Mariette Lydis,

Je vous envoie - les pages ci-contre - deux pages qui sont à ajouter à la fin du manuscript de Serge Sandrier. C'est tout ce que je puis ajouter. Il m'a été impossible, malgré mon grand désir, de trouver autre chose.

Je vous ai envoyé le 27 Mai le ms. les Mahoms, - l'oeuvre sur les enfants ...  pendant les années d'occupation. L'avez-vous reçu? - Je ne reçois jamais de nouvelles de vous?

Amicalement vôtre

Montherlant

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 09:11

[lettre dactylographiée, signée]

 

Paris, le 29 décembre 1969.

25, quai Voltaire.

 

Madame Mariette Lydis

Cerrito 1278

Buenos Aires.

 

Chère Amie,

Je reçois votre lettre de vœux, ainsi que les très beaux documents que vous m’envoyez, qui me montrent à quel point
 vous êtes appréciée en Amérique du Sud.

 

Vous avez raison de me dire à ce propos un mot un peu amer sur la France. Vous savez quels sont les peintres qui sont
exaltés jusqu’à l’apothéose en France. Il vaut mieux que nous n’en disions pas plus, car c’est un jugement général sur la
France qu’il faudrait porter et que je ne veux pas porter. Mais je n’en pense pas moins.

 

Je n’ai pas pu poursuivre l’idée d’une collaboration avec vous pour Les Garçons à cause des complications vraiment terribles
 qu’auraient causées l’envoi des pierres et aussi toute la correspondance à échanger au sujet d’un pareil projet, et en passant
quelquefois par un intermédiaire. Vous savez bien que si vous aviez été à Paris la chose aurait été faite tout de suite.
Les garçons  paraitront dans une édition à 350 exemplaires, en deux volumes sous même emboitage, avec soixante lithographies
 originales en pleine page d’Edouard Mac’Avoy, éditées par un pool, étant donné la mise de fonds nécessaire, quarante millions
d’anciens francs, paraît-il. Le volume sortira à l’automne 1971.

 

Je suis actuellement dans les répétitions de Malatesta, qui sera donné à la Comédie française le 28 janvier, et d’une Tournée
Karsenty de La Ville dont le prince est un enfant, pendant qu’une autre troupe continue d’interpréter la pièce à Paris, où elle a
atteint sa 750° représentation. Jean Meyer en a tiré aussi un film, que vous verrez peut-être à Buenos-Aires, mais pas avant 1971.

 

Je regrette beaucoup que vous ayez quitté l’Europe, et vous n’avez cessé de me manquer ; nous aurions continué de collaborer
 ensemble, et nous aurions dit entre quatre murs ce que nous pensons de la peinture que l’on impose aux Français.

 

Je vous envoie mes meilleurs vœux et mes meilleures amitiés.

 

Henry de Montherlant

Signé Montherlant

 

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 14:39

19-9-51

Chère M.L.

Vous me déroutez un peu en me disant que vous allez vous servir d'une phrase d'une de mes lettres. Car je vous écris au courant de la plume, c'est à dire sans cette attention qui est nécessaire pour qu'une phrase colle exactement sur le sentiment ou sur la pensée. Faites-le si cela vous est agréable, bien entendu. Mais pourquoi, lorsque j'ai écrit quelque 25 livres dont je prends l'entière responsabilité, citer de préférence une lettre écrite à la va-vite? Vous me répondrez sans doute: "Elle a quelque chose de plus personnel". Réponse de femme, à une position d'homme.

Je vous ai envoyé la traduction américaine de ma pièce qui porte votre dessin sur la couverture "rempliée". Je pense que c'est decela que vous parlez, et non du livre de J. Sandelion, Mt et les femmes, qui vous fut envoyé vers nov-bre dernier, et portait ce même dessin sur la couverture brochée, reproduit avec votre autorisation.

Je vous fais envoyer aussi, aussitôt qu'ils auront parus, C.à D. incessamment, les disques Festival (de moi). 

Le testament est une chose qui porte à réfléchir. Il y a treize ans que je tripote le mien. La question essentielle qui en sort - pour un artiste - me semble être: pourquoi avoir non seulement fait, mais maintenu avec tant de fermeté, pendant toute une vie, une oeuvre, - pour qu'elle aille à vau l'eau aussitôt que vous aurez disparu? Car nul ne peut vous remplacer dans le soin à donner à votre oeuvre: légitimes et illégitimes, les héritiers ne réunissent jamais, je crois, les deux vertus indispensables: le dévouement et la capacité. C'est ou l'une , ou l'autre; et alors...

Votre désir d'illustrer ma pièce *(1) va au-devant du mien, car elle est précisément l'oeuvre "lydienne". Et puis, il vous suffira de l'entrouvrir pour voir qu'elle vous appartient déjà. Je crois que c'est une des meilleures choses que j'aie jamais écrites, pour la construction, la compression (concentration), la pureté de la ligne, l'émotion, la richesse et aussi la noblesse dans les sentiments (ne croyez pas que je m'admire à ce point ds tout ce que j'écris! Loin de là.) Mon programme de publications ne permet pas de vous la donner en originale (elle parait en novembre chez Gallimard), mais je suis sûr que, avec votre nom, une post-originale sera commercialement heureuse. Je ne l'ai fait lire encore qu'à deux personnes (en dehors de l'éditeur), deux femmes (mères). L'une m'a dit que c'était ce qui la touchait le plus dans toute mon oeuvre. Dites-moi oui, et je me mettrai alors en rapport avec Mme Jaubert.*(2)

Affect. M.

Il n'y a qu'un visage un peu marqué par l'âge: le Supérieur. L'abbé de Pradts a 30 ans et vous pouvez le rajeunir.


1/La ville dont le Prince est un enfant, le tapuscrit d'une première version se trouve joint à la correspondance.
2/Carmen Jaubert, était l'agent de Mariette Lydis en France, elle s'occupait des droits et des expositions de Mariette.

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 14:37

25-1-50

Chere Mariette Lydis.

Vous n'avez pas digéré "vous et vos maisons". Et moi je n'ai pas digéré la lettre que vous m'avez écrite à ce propos. Je préfère ne pas la relire avant de vous écrire. Il y a maléfice sur toute correspondance. - Toujours source de malentendus - et il me parait incroyable que vous ayez pu être blessée par une phrase qui signifie simplement : ce qui me différencie de vous, c'est ... C'est à peu près comme si je vous avais dit: "Ce qui me différencie de vous, c'est que vous aimez les perroquets, et moi, non". J'en viens à me demander si, malgré votre excellente connaissance du français, vous ne mettiez pas dans ce mot "sépare" une nuance morale "péjorative", qui n'y existe absolument pas en français.

Evidemment, je serais enchanté que vous vous interessiez à ma petite infante. Je vous envoie le livre, mais me doutant que quelque haut intéret international empèchera qu'il ne vous parvienne.

Il y a un an, j'avais eu l'idée de vous suggérer de faire le portrait d'une petite actrice, Daniele Delorme, qui m'avait frappée comme très "Mariette Lydis". Aujourd'hui la voici star, célèbre, et elle va jouer ma nouvelle pièce "d'amour", avec Victor Francen, au cours de la saison prochaine.

Peut -être vous la ferai-je connaitre en avril.

Il me semble que, du temps que je me déplaçais, il y avait toujours beaucoup de cafard à retrouver mes anciennes demeures. L'avez-vous éprouvé à B.A. ? 

votre Montherlant

[en marge page 1]L'album Baschet a fait beaucoup d'effet autour de moi. La reproduction de mon portrait ma paru bonne.

Notes

*1  Présentation de son livre "Demain, tout commence" Robert Lafont 2008: 

Danièle Delorme : " une petite gueule marrante ", disait d'elle Colette, lorsqu'elle tourna Gigi en 1949. En soixante ans de carrière, cette enfant de la balle s'est imposée comme l'une des héroïnes préférées des Français, à la fois fraîche, sensible et combative, sur les planches comme à l'écran. Au travers d'elle, de son parcours, ce sont autant de figures aimées que nous retrouvons : celle de Gérard Philipe, son premier amour à Antibes durant la guerre, quand ni lui ni elle n'étaient acteurs, mais aussi celles de ses deux maris, Daniel Gélin puis Yves Robert, auprès de qui elle a vécu un demi-siècle. Privilège rare, Danièle Delorme a créé des pièces d'Anouilh ou de Salacrou. Elle a tourné sous l'œil de Clouzot ou de Duvivier et fréquenté des écrivains majeurs : Suarès, Genet ou Ionesco. De portrait en portrait, nous retrouvons aussi ses partenaires de jeu, qui forment une classe d'amis au talent fou, tous singuliers : Jean Gabin, Louis Jouvet, Simone Signoret, Bernard Blier, Jean Carmet, Antoine Bourseiller, Philippe Noiret ou Jean Rochefort... De Colombe à La Guerre des boutons, de Maison de poupée à Un éléphant, ça trompe énormément, sans oublier la saga du Grand Blond ou celle de Pagnol, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, Danièle Delorme n'a jamais cessé de s'engager, comme comédienne, comme productrice et comme femme, pour un répertoire populaire et de qualité. Femme de cœur et d'action, elle livre un récit qui regarde en arrière - pour mieux aller de l'avant. Un livre pudique devant les douleurs, toujours tendre et joyeux.
Elle décrit sa jeunesse, fille d'André Girard qui, "fait du hasard", fut le premier à exposer Mariette Lydis en 1925 à Paris. Galerie remise en fonction par sa fille.
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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 14:28

Ce texte est la préparation de l'édition par Mariette Lydis des correspondances quelle préparait en 1960, jusqu'à une lettre où  Montherlant lui demandait de n'en rien faire. Cinquante ans après,  il serait temps de donner ces informations pour rectifier bien de mauvaises interprétations de la conduite de l'un comme de l'autre.




                                                             MONTHERLANT

 

 

Comment est Montherlant ?

Combien de fois m’a-t-on posé cette question, car Montherlant est invisible, inaccessible, entouré de légendes, de mystère.

Son téléphone est dressé, il a des journées interdites – il n’est pas un moyen de communication – plutôt le contraire. Montherlant habite une forteresse.

Montherlant m’invite à dîner. J’arrive Quai Voltaire à huit heures. Le domestique m’introduit dans la pièce que je connais, froide, pleine de statues romaines, vide de tout confort. Mon préféré un masque troué de guerrier.

 

Le domestique est un long type qui s’appelle de Monthéri malgré qu’il soit russe. Il se qualifie au téléphone comme « Ordonnance de M. le Comte ». Montherlant commente : « et voilà les gens qui me détestent qui doivent dire « il a dressé son domestique comme s’il était général ». Au début, il y a dix ans, à peine entré à son service, il demandait « M. le Comte moi pouvoir faire pipi ? » à la suite Montherlant l’engage de le faire sans autorisation.

 

Quelle vue noble celle de ses fenêtres sur le Louvre au-delà de la Seine ! Quel calme, cette fin de journée au mois d’Août !

Montherlant ne ressemble à personne, ni physiquement et encore beaucoup moins dans sa personnalité. Les soirées avec lui – car grands travailleurs lui et moi, nous ne nous permettons le luxe de nous rencontrer qu’à la fin du jour.

 

Je sens avec lui une liberté de parole dans tous les domaines comme avec personne. Son grand esprit libère des restrictions que l’on a besoin de s’imposer généralement. La qualité multiforme de son esprit étonne toujours à nouveau. Sa conversation produit une étincelle, une vibration inégalable ; on devient plus intelligent à son contact. C’est comme si des régions en vous s’éclairaient, qui, généralement, étaient restées dans l’ombre. Tout cela malgré une apparente sécheresse, une distance qui le font paraître rêche et infléchissable. En plus, lui, que l’on appelle cynique, ce qui devrait être traduit par pudique, pudeur du sentiment de ceux qui sont ultra sensibles, ultra-vulnérables, lui, que l’on appelle égocentrique et Dieu sait qu’il l’est, cependant est le seul être, qui sache écouter avec respect, intérêt, concentration et mémoire.

 

Combien de fois l’ai-je entendu dire : je me souviens de ce que vous m’avez raconté il y a dix ans. Qu’elle est la personne qui se souvient de ce qu’on lui a dit, il y a dix ans ?


Espèce de déité en acier, indépendant de tout contact humain, il n’a besoin de personne.

Sa franchise, sa clarté de jugement sur le monde et sur lui-même sont désarmantes.

Pour tous ceux qui aiment ce prestigieux auteur, écrivain de première ligne, je transcris ici des passages de notre correspondance, suivi de deux lettres qui lui ont été adressées par des inconnues.

 

 

 

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Published by worlddream - dans Mariette Lydis
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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 14:32
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Mariette Lydis faisait régulièrement ses cartes de voeux, ici années 30
Je lui emprunte cette carte pour vous présenter mes meilleurs voeux de santé et de réussite, au moins dans nos contacts blogophiles.
N'hésitez pas à poser des commentaires.  
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Published by worlddream - dans Vie privee
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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 13:00

J'aime bien les analyses de Monsieur de Meeûs sur son site Montherlant.be.
Une nouvelle série d'articles, bien instructifs, sur Jeanne Sandelion, Mariette, Alice Poirier.

Voir en particulier les rubriques "Articles" les numéros 28, 37, 116 ...
 

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